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Septembre 1998
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Conseil Municipal
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10 - Communication de M. le Maire de Paris sur l'opération " En ville sans ma voiture "

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 1998


M. LE MAIRE DE PARIS. - J'ai, mes chers collègues, décidé d'associer la Ville de Paris à l'opération menée par le Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement : " en ville sans ma voiture ".
La lutte contre la pollution est une préoccupation permanente des Parisiens et c'est ma première priorité.
Je vous rappelle que notre premier débat, en juillet 1995, a été consacré à la lutte contre la pollution. Depuis lors, il n'y a pas un mois, une séance du Conseil de Paris, sans que d'une manière ou d'une autre, je n'ai abordé ce sujet et ne l'ai fait progresser.
Les Parisiens nous apportent leur appui. Un récent sondage fait apparaître que trois Parisiens sur quatre sont pour l'organisation de cette journée et surtout, ce sondage montre que les Parisiens apportent un soutien massif à la politique en matière de lutte contre la pollution et en faveur des déplacements que nous poursuivons.
Ils apportent leur soutien au programme de création de ligne de bus en site protégé que nous avons engagé et souhaitent la réalisation d'un tramway.
Paris compte 153 kilomètres de couloirs bus dont 20 en site protégé.
Je me suis engagé à porter ce chiffre à 70 kilomètres sur la mandature. En particulier, j'ai décidé que la ligne d'autobus de la Petite Ceinture sur le sud des boulevards des Maréchaux, puisse bénéficier de couloirs de bus protégés dans les deux sens, en attendant qu'arrive le tramway que nous souhaitons ; je répète que je demande la réalisation d'un tramway à Paris.
Les Parisiens sont pour l'extension du service des autobus. La Ville soutient sans relâche le programme de modernisation " Bus 2001 ", lancé par la R.A.T.P. et je programme régulièrement les investissements qui sont nécessaires.
Ils sont pour la création de quartiers tranquilles.
La création d'un réseau de quartiers tranquilles dans Paris est indispensable. C'est l'accompagnement naturel de notre politique en faveur d'un urbanisme à visage plus humain. Nous en avons lancé 10 l'an dernier et deux nouveaux cette année ; et j'ai décidé d'en programmer 3 supplémentaires dès cette année dans le 12e, le 18e et le 19e arrondissements.
Enfin, le programme " Vélo " connaît un réel succés ; le nombre des usagers est en constante progression.
J'ai annoncé un plan de 150 kilomètres. 126 seront réalisés à la fin de l'année. Ce plan continue et sera terminé.
Le réseau cyclable de la Ville de Paris est devenu une référence nationale.
Vendredi dernier, la Ville de Paris s'est vu décerner le prix du Vélo d'Or par le Ministère de l'Environnement.
Ma volonté est inébranlable. Tout est mis en oeuvre et sera poursuivi pour que Paris gagne la bataille de la pollution et que la place de la voiture dans Paris diminue.
J'ai fixé un objectif de 5 à 10 % entre avril 1997 et avril 1998. Déjà, la diminution a été de 2 %, périphériques inclus.
Vous le voyez, il y a encore à faire et nous devons faire et ferons, mais déjà, notre politique porte ses fruits.
C'est aussi l'explication que l'on peut donner à ce que Paris soit la seule grande ville française à participer aujourd'hui à la journée sans voiture.
M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement des citoyens, maire du 11e arrondissement. - Et Marseille !
M. LE MAIRE DE PARIS. - J'ai noté que des villes importantes dont la sensibilité vous est proche, Monsieur SARRE, n'y avaient pas participé.
Nos efforts forment un tout, notre politique d'urbanisme, en faveur des déplacements, de l'environnement, des parcs et jardins, mais aussi, ces mesures simples prises mois Après mois qui accompagnent l'évolution des mentalités, comme l'ouverture des berges aux cyclistes et aux promeneurs le dimanche, que j'ai décidée maintenant depuis deux ans, ou la promenade le long du canal Saint-Martin - je souhaite d'ailleurs, avec l'aide des services de M. le Préfet de police, que je remercie, que d'autres promenades de ce type soient ouvertes dans Paris - comme les dispositions que nous avons prises concernant les automobiles, notamment pour mieux défendre l'environnement de la Butte-Montmartre, comme notre soutien apporté à la R.A.T.P. pour l'utilisation de carburant propre, la mise en oeuvre sur Paris d'une fiscalité écologique avec l'exonération de la vignette automobile pour les véhicules propres, la création du club des véhicules électriques, mais aussi la Fête de la Seine, la journée du vélo, des jardins de Paris. Les Parisiens redécouvrent leur ville et ont une autre manière de la vivre.
C'est mon objectif. Paris est la plus belle ville du monde. Nous n'en resterons pas là, ma résolution est entière, il faut aller plus loin, les Parisiennes et les Parisiens attendent des mesures toujours plus concrètes, qui s'inscrivent dans la durée.
Dès les prochaine semaines, avec l'annonce des décisions que je prendrai, en particulier Après étude avec le Préfet de police et l'Etat pour la place de la Concorde, la reconquête des quais de la Seine, la Ceinture verte, pour le Paris de l'an 2000, je souhaite pouvoir, avec le soutien de votre Conseil, en apporter la totale démonstration.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
Chacun va intervenir.
Je donne la parole à M. le Préfet de police.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, je voudrais vous faire le point sur l'opération " Paris sans ma voiture " qui constitue un appel à la décision individuelle en ce domaine.
Lorsque vous m'avez fait part de votre souhait, Monsieur le Maire, de participer à cette opération lancée par Mme Dominique VOYNET, j'ai aussitôt tenu à ce que la Préfecture de police s'associe pleinement à cette initiative.
Depuis plusieurs années, en effet, la protection de l'environnement et la maîtrise de la circulation automobile figurent au premier rang de mes priorités.
Dans ce domaine comme dans bien d'autres, la Ville de Paris et la Préfecture de police ont développé une concertation dont la journée du 22 septembre constitue une illustration.
Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, je vous ai fait parvenir le dossier de presse qui présente de manière détaillée le dispositif réglementaire et des opérations mises en place par la Préfecture de police.
Je me bornerai donc à en rappeler ici brièvement les grandes lignes.
Nous avons un cadre juridique défini par un arrêté du 14 septembre dernier, que j'ai pris, qui détermine les périmétres réservés aux piétons et aux véhicules peu ou non polluants.
D'autre part, afin d'assurer le bon déroulement de cette journée, j'ai fait déployer un millier de fonctionnaires de police sur le terrain qui ont pour mission de contrôler les barrages filtrants qui sont tenus aux différentes entrées des secteurs concernés - il y a 148 points - et qui ont pour mission aussi de gérer la circulation de contournement de ces sites, de garantir la sécurité des déplacements sur les itinéraires de liaison, de faciliter la circulation des autobus et des vélos, de réguler la circulation et de fluidifier les flux sur l'ensemble de la Capitale.
J'indique que sur ces mille fonctionnaires de police engagés dans l'opération, 600 sont chargés de la surveillance des périmétres " interdits " et 400 sont affectés à la régulation de la circulation proprement dite.
Je ne manque pas aussi de souligner que mes services effectueront des mesures qui permettront d'évaluer l'impact de l'opération sur la qualité de l'air, le bruit, la circulation dans la Capitale. Ce sont des informations qui seront pleinement utiles pour dresser le bilan de cette première expérience.
Mais où en sommes-nous dans ce domaine-là au moment où nous parlons ?
Le premier bilan qui pouvait être fait à 9 heures montre que cette journée a commencé dans de très bonnes conditions pour les automobilistes qui n'auraient pu renoncer à utiliser leur voiture ce mardi et pour les autres usagers de la voie publique. Le message de civisme et de convivialité que la Préfecture de police a demandé à l'ensemble de ses fonctionnaires sur le terrain de faire prévaloir au cours de cette journée a d'ores et déjà, me semble-t-il, été bien compris, ainsi que le montrent les premiers résultats très positifs. Je reviendrai dessus dans un instant.
A Paris, à 9 heures, les premières estimations faisaient apparaître une baisse du niveau global de la circulation qui se traduisait tout simplement par des conditions de circulation générales très satisfaisantes, en dehors bien entendu des périmétres réservés.
Ces périmétres réservés aux piétons, aux vélos, aux véhicules peu ou non polluants, ont pu être mis en place, me rendait-on compte ce matin, dans des conditions très normales, les habitants des quartiers considérés ayant fait preuve d'une très grande compréhension pour l'intérêt de cette journée.
Enfin, le dispositif de fluidification de la circulation aux abords des périmétres réservés jouait pleinement son rôle, et il n'était pas observé, à 9 heures, bien au contraire, de problèmes particuliers aux abords de ces périmétres.
Nous avons, à 11 heures, eu un deuxième bilan que je vais vous lire très brièvement. Il est très positif également et il démontre que cette opération se poursuit dans de très bonnes conditions dans Paris.
Une diminution sensible de la circulation est constatée. Elle est d'environ 15 % en zone centrale, ce qui se traduit par des conditions de circulation très satisfaisantes en dehors des périmétres concernés. Ce sont des conditions de circulation qui, d'Après les premières données disponibles, font comparer la journée d'aujourd'hui dans certains secteurs de la Capitale à celle d'un jour de semaine au mois d'août !
Sur le boulevard périphérique, les difficultés qui avaient été constatées en début de matinée, à la suite d'un certain nombre de petits accidents matériels, ont été résorbées. Les conditions de circulation sont redevenues normales.
Le dispositif de fluidification de la circulation aux abords des périmétres réservés joue toujours pleinement son rôle et, dans les périmétres réservés, les Parisiennes et les Parisiens se sont largement emparés de la voie publique pour l'utiliser soit à pied, soit à vélo.
Voilà, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, le point que je souhaitais faire de cette journée à mi-parcours.
(Applaudissements sur les bancs de l'Assemblée).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet de police.
M. MALBERG a la parole.
M. Henri MALBERG. - Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs, avant de revenir à la journée sans voiture, permettez-moi une remarque générale que je ne suis pas seul à faire.
Considérant que vous avez gagné la partie de bras de fer avec vos amis de droite, vous multipliez, Monsieur le Maire, les déclarations de tous ordres afin de faire penser que votre majorité écoute les Parisiens et tient compte de la difficulté à vivre dans notre ville.
Certains de vos accents sentent l'improvisation. C'est le cas quand vous annoncez que la place de la Concorde va être interdite aux automobiles. Effet garanti !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je n'ai jamais dit cela !
M. Henri MALBERG. - Puis, le lendemain, on nous précise que l'on en est à l'étude, que ce sera peut-être seulement partiel, que la place vide, c'est peut-être triste... faisant ainsi allusion aux questions qui vous ont été posées, notamment par les élus communistes.
Ceci dit, le ralliement de Paris, Après pas mal de péripéties à la position du Gouvernement de faire du 22 septembre une journée sans voiture a notre appui.
En effet, le problème de la voiture dans la ville est de plus en plus posé. Et chaque fois qu'on le peut, il faut faire des signes forts qui montrent qu'on peut vivre en ville sans cette place maintenant exorbitante de l'automobile.
Il n'y a aucune fatalité au gâchis économique et humain que représente la situation actuelle, aucune fatalité à la croissance de la pollution, à la paralysie des embouteillages.
Le débat sur la question de savoir que faire, comment faire, et qui doit payer ? est sur la place publique.
Inventer un nouvel espace urbain, une nouvelle façon d'organiser la vie, le travail, l'environnement des hommes est maintenant au coeur du débat politique qui est d'ailleurs mondial.
Tous les sondages montrent que ce que j'appellerai l'intelligence politique et citoyenne dont font preuve les habitants de Paris et de la Région parisienne est manifeste.
L'expérience du 1er octobre de l'année dernière, à l'occasion du pic de pollution numéro 3, a stupéfié. Ainsi donc les Parisiennes et les Parisiens, les banlieusards ne sont pas ces gens absurdes, égoïstes et bêtes qu'on nous a parfois présentés le nez rivé sur leur volant !
En vérité, vous l'avez remarqué, les Parisiennes, les Parisiens et les Franciliens plébiscitent les transports collectifs dans toutes les enquêtes d'opinion. Nombreux disent qu'ils seraient prêts à les adopter si leur qualité grandissait et leur prix diminuait.
Le tramway, les pistes cyclables, le transport fluvial sont massivement réclamés. Tout indique donc, Mesdames et Messieurs, qu'il y a comme un tournant en cours et qu'on peut inverser la tendance. Tout montre que les Parisiens et franciliens y sont prêts.
En vérité, le débat public et des mesures sûrieuses peuvent donc maintenant prévaloir avec l'accord du plus grand nombre.
Je vous demande d'ailleurs, Monsieur le Maire, Après le trop bref échange d'aujourd'hui, de programmer un débat au Conseil de Paris, très vite, tirant les enseignements de la journée sans voiture et contribuant à définir une politique souhaitable en matière de déplacement et d'utilisation de l'espace public.
Comme contribution à un tel débat, au nom du groupe communiste, je veux pointer des pistes et des propositions précises. Celles-ci partent d'une idée de base : se déplacer à Paris et dans la Région parisienne pour travailler, mais aussi pour se distraire et se cultiver ne doit pas devenir un luxe ou un privilège, ni une activité qu'on devrait payer lourdement, et on ne peut plus accepter la dégradation de la vie en ville, la pollution et le bruit nés de la situation actuelle.
Comment agir ?
Il n'y a plus désormais de vie concevable sans une complémentarité nouvelle entre l'auto et les autres moyens de déplacement dans l'espace public. La Ville et la Région ont besoin d'un grand service public des transports en commun combinant tous les modes de déplacement : métro, R.E.R., bus, train, tramway, voie fluviale accessible avec un titre de transport unique incluant le stationnement dans des parkings en tête de ligne des trajets collectifs.
Il faut reconquérir une partie de l'espace accordé à l'automobile et la redistribuer au profit des transports en commun, des piétons, des vélos.
Des mesures simples peuvent être prises :
- la suppression des axes rouges, véritables aspirateurs à voitures ;
- l'interdiction de la circulation des cars à Paris et l'aménagement des aires de stationnement en relation avec les transports en commun existants ou à créer ;
- un véritable métro de surface avec de nouvelles lignes d'autobus ; le prolongement de certaines, de Paris à banlieue et de banlieue à Paris, en accroissant le nombre de bus et leur vitesse commerciale par la multiplication de couloirs en site propre ;
- l'achévement de la rocade orbitale ;
- réaliser " METEOR " de Tolbiac à Maison-Blanche et jeter les bases du tramway au sud de Paris ;
- des mesures pour le transport du fret marchandises, pour éviter l'entrée dans la ville des norias de camions.
Je conclus sur les problèmes de financement.
Nous avons fait des propositions pour financer de tels choix. Aujourd'hui, Mesdames, Messieurs, l'Etat, la Région, la Ville contribuent au financement des transports collectifs de la Région capitale. En revanche, nous ne nous lasserons pas de le dire, les grandes entreprises et le grand commerce, qui bénéficient du flux quotidien des usagers (usagers et clients : 4 millions de voyages), ne participent pas à cet investissement. Ils doivent le faire et la Ville doit consacrer une part plus importante de son budget à cette question sinon la journée d'aujourd'hui restera un coup d'épée dans l'eau.
Nous allons en discuter au moment du budget.
Je vous remercie, Mesdames et Messieurs.
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Bien.
Monsieur DELANOË, vous avez la parole.
M. Bertrand DELANOË. - Monsieur le Maire, à vous entendre parfois, on a l'impression que vous venez d'être élu Conseiller de Paris.
M. LE MAIRE DE PARIS. - J'ai fait un discours au mois de juillet 1995. Je vous renvoie à ce discours.
M. Bertrand DELANOË. - Ne commencez pas à m'interrompre.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Il ne faut pas dire de contrevérités.
M. Bertrand DELANOË. - Ne commencez pas à m'interrompre. Si vous m'interrompez chaque fois que je dis quelque chose qui ne vous plaît pas, vous allez beaucoup m'interrompre.
Moi, j'ai l'impression que vous venez d'être élu à Paris parce que Jean TIBÉRI, Maire de Paris, découvre qu'il y a un problème de la voiture à Paris. Il ne fait pas partie de l'équipe qui a voulu adapter cette ville à l'automobile. Et d'ailleurs, je vous informe que Jean TIBÉRI a organisé une journée sans voiture à Paris.
Je voudrais simplement vous rappeler, Monsieur le Maire, que c'est une initiative de Dominique VOYNET pour faire appel à la créativité et parce que, surtout, elle est consciente, elle, qu'il y a une aspiration à une nouvelle culture urbaine qui est à l'opposé de tout ce que vous avez fait jusque-là.
Et, Monsieur TIBÉRI, c'est tellement vrai ce que je dis que vous avez eu un mal fou à obtenir le label.
M. LE MAIRE DE PARIS. - On l'a obtenu.
M. Bertrand DELANOË. - Soyez patient.
Vous aviez commencé par prévoir quelques toutes petites choses. Moi-même, Monsieur le Maire, je vous ai écrit le 3 septembre. Le 3 septembre ! Et nous sommes le 22.
Eh bien, il lui a fallu quand même trois semaines pour nous déposer un voeu aujourd'hui, en réunissant la 3e Commission, dans des conditions un peu limites.
Monsieur le Maire, ce que je dis est tellement vrai que vous avez trouvé quelques espaces à Paris, 62 kilomètres sur 1.600 kilomètres de voirie ; que vous avez refusé la proposition que je vous avais faite d'un grand axe de Paris, du bois de Vincennes au bois de Boulogne en passant par la rue de Rivoli, qui serait sans voitures.
D'ailleurs, vous étiez sans doute, Monsieur TIBÉRI, ce matin, aux abords de l'Hôtel-de-Ville et vous pouviez constater à quel point il aurait été pertinent de mettre la rue de Rivoli sans voitures, aujourd'hui.
Je regrette que vous n'ayez pas saisi l'opportunité de cette journée sans voiture pour jeter les bases d'un nouveau modèle d'aménagement urbain afin de donner à cette journée non pas seulement un caractère pédagogique mais un caractère inaugural.
J'avais dit, la semaine dernière, que les Parisiens seraient en avance sur vous et, effectivement, il y a eu ce sondage de B.V.A. qui montre que les Parisiens, dans leur très grande majorité, sont favorables à une nouvelle donne dans l'aménagement de l'espace urbain.
Mais quelle leçon en tire le Maire de Paris ?
Il écrit, dans ce voeu bâclé, déposé à la va-vite, que " le soutien manifesté par les Parisiens à la nouvelle politique en matière de déplacement... ".
Lorsque 75 % des Parisiens disent qu'ils souhaitent un nouvel aménagement de l'espace urbain, est-ce que vous croyez que cela signifie qu'ils approuvent votre politique ?
Vous avez l'air, Monsieur le Maire, de vivre Paris d'une manière très différente de celle des Parisiens.
Je crois que vous sous-estimez leur capacité d'innovation, de changement et d'inventivité et d'ailleurs, dans le programme que vous avez présenté aujourd'hui, j'ai constaté qu'il y a quelques espaces sans voiture à l'Est de Paris et dans le Centre de Paris, comme je l'avais souhaité (et je m'en réjouis) mais qu'à l'Ouest, un certain nombre de Maires d'arrondissement de votre majorité municipale ont été beaucoup plus timides dans leurs propositions que les Maires de l'Est parisien.
Et pourtant l'occasion était belle pour donner un contenu concret, durable à ce qu'il faut bien appeler votre " campagne de communication " mais, une fois encore, vous préférez cette position édifiante qui mêle annonce médiatique aux polémiques politiciennes.
De ce point de vue, vos propos sur le tramway sont caricaturaux. En effet, jusqu'à ce que la gauche devienne majoritaire et que le Gouvernement soit de gauche, M. TIBÉRI ne demandait rien au Gouvernement en matière de tramway.
Lorsque, pendant des années, la majorité du Conseil régional...
(Mouvements à droite).
Je dois reprendre l'exemple de M. PONS ?
M. PONS est membre du Conseil de Paris, était Ministre des Transports. Je n'ai jamais remarqué que M. TIBÉRI se battait contre lui pour avoir un tramway à Paris.
La majorité du Conseil régional a changé, il y a quelques mois mais avant qu'elle ne change, M. TIBÉRI n'interpellait pas M. GIRAUD pour lui demander le tramway.
Figurez-vous, Monsieur TIBÉRI, que les Parisiens n'ont rien à gagner de cette polémique politicienne.
Nous, nous sommes pour.
Monsieur le Maire, nous sommes pour que la Petite Ceinture dans sa totalité soit mise en site propre (sur tous les boulevards des Maréchaux) pour que le projet puisse devenir effectivement un tramway sur pneus.
Monsieur le Maire, au lieu de découvrir qu'il y faudra une participation de l'Etat et de la Région comme la gauche y est majoritaire, il faut que vous découvriez plutôt qu'il y a trois parties qui doivent financer ce projet : la Ville de Paris, la Région d'Ile-de-France et l'Etat.
Je poursuis parce que je ne veux pas être trop long. L'épreuve de vérité, nous l'avons, Monsieur le Maire... alors là, si vous me reprenez sur le temps, vous me tendez une perche. Monsieur le Maire, le 3 septembre je vous ai écrit sur ce débat. Lundi, en conférence d'organisation, je demande ce débat qui est refusé, et il y a deux Présidents de la majorité municipale qui expriment leur point de vue pour qu'on ne parle pas de cela aujourd'hui.
Moi, je prends la peine de déposer un voeu à la 3e Commission jeudi, parce que je respecte les élus et que je respecte la majorité municipale.
Et vous, prévenu depuis des mois, vous découvrez qu'il faut réunir, à 11 h 30, la 3e Commission, et vous déposez un voeu maintenant !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous tournez autour du sujet.
M. Bertrand DELANOË. - Je suis donc obligé de commenter, en plus, le voeu que je viens de découvrir.
M. LE MAIRE DE PARIS. - N'essayez pas de polémiquer.
M. Bertrand DELANOË. - Vous savez très bien que j'ai raison.
Il y a donc deux voeux soumis au Conseil de Paris : un déposé normalement, en respectant tous les élus, et l'autre qui vient d'être déposé il y a quelques minutes.
Du fait que vous vous contentez d'une campagne de " pub "...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Cela a l'air de vous embêter beaucoup et de vous contrarier, tout cela !
M. Bertrand DELANOË. - Non, Monsieur le Maire, et si vous me donnez un peu plus de temps je vais vous dire pourquoi cela ne me contrarie pas. Vous me donnez deux ou trois minutes de plus ?
Cela ne me contrarie pas, Monsieur le Maire, parce que comme l'a très bien dit M. MALBERG tout à l'heure, vous avez mis un ordre apparent dans votre majorité, mais culturellement vous n'êtes pas convaincu de la rupture qu'il faut établir avec tout ce que vous avez fait depuis vingt ans !
J'en reviens aux voeux - mais si vous m'interpellez je suis tenté de vous répondre... - le nôtre, présenté dans des délais normaux, et le vôtre, présenté il y a quelques instants.
1) Sur les axes rouges que vous avez créés, vous proposez des adaptations là où nous demandons des suppressions et, pour l'un d'entre eux, nos amis du 19e ont consulté la population.
2) Nous vous proposons de mettre en site propre les 300 kilomètres de lignes principales à l'intérieur de Paris et nous vous demandons de créer aujourd'hui même - ce serait symbolique et fort - à la proportionnelle - la commission de préfiguration d'un véritable réseau vert à Paris. Voilà qui aurait un sens, alors que vous vous contentez de quelques considérations politiciennes et autosatisfaites, si je peux me permettre ce jeu de mots, avec, comme d'habitude, quelques tout petits remèdes, qui démontrent bien, Monsieur le Maire, que vous n'avez pas compris ce que veut culturellement une majorité de Parisiens en termes de conception de la ville.
C'est la confrontation de votre voeu avec le nôtre qui, effectivement, montre bien que, pour vous, il y a quelques " coups " médiatiques, et que pour nous il y a une rupture avec tout ce que vous avez fait depuis vingt ans. Et ce ne sont pas quelques mots, quelques opérations, qui cacheront cela aux Parisiens.
Il faut changer à Paris. Hélas, je constate que vous n'y êtes pas prêt.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur DELANOË, c'est vous qui n'avez rien compris ! J'ai bien compris, moi, que tout cela vous contrariait beaucoup et vous essayez, par des phrases, de dire : " Mais nous... etc. ", en affirmant (je suis prudent dans l'expression) des contrevérités...
M. Bertrand DELANOË. - Lesquelles ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous dites notamment que Paris n'a pas participé, etc., que cela a demandé du temps, etc.
D'abord, je constate que le Gouvernement a donné le label. Cela a l'air de vous contrarier aussi !
Ensuite, vous nous reprochez que cela ait pris du temps.
Eh bien oui ! Et pourquoi ?
Parce que, Monsieur DELANOË, il fallait faire la concertation !
(Mouvements divers sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens)
Cela a l'air de vous surprendre... Vous, vous en parlez, et nous, nous la pratiquons !
(Rires sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens)
Eh oui ! Il faudra vous habituer à cela !
(Rires sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens)
Il a donc fallu qu'il y ait concertation entre la Mairie de Paris, le Ministère de l'Environnement, le Préfet de police et tous les Maires d'arrondissement. C'est cela, la concertation - Ministère, Mairie, Préfet de police, mairies d'arrondissement - et c'est donc pour cela qu'il a fallu du temps. Mais nous l'avons fait et, dès le premier jour, j'avais donné mon accord.
D'autre part, vous dites que Paris n'a pas fait assez...
M. Bertrand DELANOË. - Presque rien.
M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est une des rares villes à avoir participé ! On me signale qu'une grande ville comme Lille n'a pas participé... on est surpris !
Je sais que cela vous ennuie. Or, que Paris, Capitale de la France, avec 2 millions d'habitants, ait participé, est un des éléments les plus importants sur le plan quantitatif, mais lorsqu'on connaît les difficultés cent fois supérieures d'une ville comme Paris par rapport aux autres villes, on mesure bien l'engagement total que nous avons eu.
En effet, Paris n'est pas seulement une grande ville avec 2 millions d'habitants. La circulation ne vient pas seulement de Paris, elle vient de la banlieue, elle vient de la province et vous savez très bien que les millions de déplacements résultent en majorité de ceux qui n'habitent pas Paris.
Cela veut dire que nous avons pris une responsabilité particulièrement importante.
Quant au tramway, Monsieur DELANOË, j'ai dit dès le début que je souhaitais le tramway. Je ne fais de procés d'intention à personne dans ce domaine et j'ai noté que vous étiez favorable à ce projet. Je m'en réjouis...
M. Bertrand DELANOË. - Je l'ai dit avant vous.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous avez dit... Le débat n'est pas là. Le débat, c'est que vous savez mieux que quiconque - et je le répète pour l'Assemblée - que la décision appartient au Gouvernement sur le plan juridique et sur le plan financier. Nous attendons tous que le Gouvernement - le Ministre des Transports, le Ministre de l'Environnement et le Premier Ministre - disent : " Nous voulons un tramway à Paris ". Jamais cela n'a été dit...
M. Bertrand DELANOË. - Pas plus par le Gouvernement précédent.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Attendez... Vous, qui y êtes favorable, usez de votre influence auprès du Gouvernement pour qu'il prenne sa responsabilité.
M. Bertrand BRET. - Est-ce que vous êtes prêt à vous engager financièrement ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - Cela vous ennuie ?
M. Pierre CASTAGNOU. - Vous jouez au ping-pong !
M. Bertrand BRET. - Est-ce que vous êtes prêt à vous engager financièrement ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - Attendez, ne renversez pas les rôles !
M. Michel BULTÉ, adjoint. - Arrête de faire de la provocation !
M. Bertrand BRET. - C'est trop facile de critiquer et de ne jamais payer !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je sais bien que ce sujet vous gêne, Monsieur BRET...
(Brouhaha)
M. Bertrand BRET. - Prenez vos responsabilités ! Vous l'avez fait pour METEOR, pourquoi pas pour le tramway ?
M. Patrick TRÉMÈGE, adjoint. - Cela suffit ! Allons !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je sais que vous voulez m'empêcher de parler, mais vous n'y arriverez pas.
J'ai dit que sur ce sujet lacompétence principale, juridique et financière, est celle de l'Etat exclusivement. Vous pouvez dire n'importe quoi, ce que vous dites est faux !
1) Le Gouvernement doit dire s'il veut le tramway et s'il est prêt à le financer...
M. Bertrand BRET. - Et vous ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - Attendez...
2) Lorsque l'Etat a décidé de tenir son engagement, la Région et le Syndicat des Transports doivent dire s'ils sont prêts à intégrer ce plan dans le programme.
3) A ce moment-là la Ville, qui n'est pas juridiquement compétente pour payer en matière de transport, devra dire son engagement.
Je dis au préalable que, lorsque l'Etat aura pris sa décision juridiquement et financièrement, lorsque la Région se sera engagée, la Ville est prête à s'engager financièrement, même si ce n'est pas de sacompétence.
On ne peut pas être plus clair.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. BOULENGER de HAUTECLOCQUE a la parole.
M. Jean-Marc BOULENGER de HAUTECLOCQUE. - Merci.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, qui aurait cru il y a bien peu de temps encore qu'une opération telle que celle à laquelle participent Paris et les Parisiens puisse être mise en oeuvre ?
Et pourtant, nous y sommes. Certes, il est trop tôt pour tirer un bilan de cette journée, mais si l'on se rappelle du civisme dont ont fait preuve les Parisiens lors de la Journée de circulation alternée, on peut être raisonnablement optimiste.
On a d'ailleurs noté une baisse de 18 % du trafic automobile dans le centre de Paris à 10 heures tandis qu'on notait 60 % de vélos en plus sur deux points de mesure. Et vous nous indiquiez, Monsieur le Préfet, tout à l'heure, qu'on relevait 15 % de baisse à 11 heures dans le même centre.
Il est un fait, et le groupe " Rassemblement pour Paris " s'en félicite, que les Parisiens ont beaucoup évolué sur les sujets qui touchent à leur environnement, et plus particulièrement sur la place de la voiture dans leur ville. Ils sont aujourd'hui convaincus dans leur majorité que l'espace public étant trop largement consacré à la voiture, ses autres utilisateurs sont pénalisés. Ils sont aujourd'hui persuadés qu'une politique de dissuasion de la circulation automobile procure plus d'avantages que d'inconvénients. Il faut d'ailleurs garder à l'esprit que 46,5 % des ménages parisiens intra-muros ne possèdent pas de voiture, alors que seulement 23,5 % de l'ensemble des Français sont dans le même cas.
Certes, ce n'est pas une journée, si réussie soit-elle, qui réglera tous les problèmes. Chacun en est bien conscient. Mais c'est un geste fort, symboliquement important, qui démontrera et fera prendre conscience que oui, il peut exister une vie sans sa voiture. C'est une étape au sein d'un processus engagé depuis plusieurs années à Paris qui contribuera à accentuer encore la prise de conscience de nos concitoyens. Car c'est eux et eux seuls qui assureront le succés ou l'échec de cette reconquête progressive de la part excédentaire prise par la voiture dans l'espace urbain.
C'est bien pourquoi il importe, plus encore qu'en tout autre domaine, d'être audacieux sans être provocateur. En somme d'être pragmatique et non idéologue. Rien ne serait plus néfaste à ce combat qu'il faut à tout prix gagner que de provoquer une réaction de rejet en se laissant aller à la tentation facile du toujours plus. et le voeu que vous nous soumettez reflète bien ce souci de réalisme.
A cet égard, le dispositif retenu nous paraît respecter cet équilibre. 26 secteurs, définis en étroite concertation avec les maires d'arrondissement, constituent un ensemble plus que significatif. Ainsi, on a retenu le centre historique de Paris, comme l'on fait les 35 autres villes participantes mais on n'a pas voulu pour autant négliger les quartiers périphériques et l'on notera que tous les arrondissements ont joué le jeu.
Cela témoigne d'une évolution des mentalités et l'on ne peut qu'être surpris, mes chers collègues, de constater qu'une telle évolution ne semble pas se produire dans les communes de notre région qui ne sont que trois à participer alors qu'elles connaissent pourtant des problèmes similaires.
Certains ont qualifié le dispositif d'insuffisant et prônent des mesures telles que la fermeture totale de grands axes ou de ne pas limiter au stationnement résidentiel la gratuité en ce jour. C'est oublier que l'effort fourni par la Capitale est nettement plus important que dans les autres villes participant à l'opération.
Par ailleurs, on ne le répètera jamais assez, on doit d'évidence mener ce type d'opérations avec les Parisiens et non contre eux. Ce n'est ni en bloquant tout Paris, ni en faisant un vain coup médiatique, ni en incitant les automobilistes résidant en banlieue à venir plus nombreux, par une mesure qui défie le sens commun, qu'on continuera à faire évoluer les mentalités. A ce propos, nous relevons avec intérêt la distribution aux éléves de CM1 et CM2 d'une mallette pédagogique. C'est aussi en associant à ce type d'action les plus jeunes que l'on fera bouger réellement les choses.
Nous avons entendu à l'instant des propos agressifs, des querelles de procédure et des commentaires désobligeants qui ne devraient pas avoir leur place dans un tel débat, qui mériterait plus de sérénité. Ils illustrent bien le dépit de ceux qui n'ont pas, ne leur en déplaise, le monopole du souci de la protection de l'environnement des Parisiens et qui ont oublié que la loi de l'air a été votée sous le Gouvernement d'Alain JUPPÉ.
En conclusion, mes chers collègues, - je voudrais conclure pour ne pas dépasser mon temps de parole - ce n'est pas tant d'une journée sans voiture dont nous avons besoin, mais d'une ville qui vive au rythme de la vie de chacun, qu'il soit automobiliste par contrainte ou par choix, piéton, cycliste, handicapé, roller. En cela, la journée sans voiture, action hautement symbolique, est un formidable moyen de communication qui s'adresse à l'opinion. Or, nous savons bien que notre démocratie est aujourd'hui une démocratie d'opinion. Sachons lui parler, et non la heurter.
Merci, Monsieur le Maire.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur BOULENGER de HAUTECLOCQUE.
Nous allons interrompre nos travaux. Je vous propose, pour que chacun ait le temps de s'organiser, que nous reprenions à 15 heures par les questions d'actualité et que nous reprenions à 16 heures le débat sur ce point en toute sérénité, puisque nous ne pouvons le terminer maintenant.
Je souhaite que tout le monde soit présent, c'est un sujet important.
Je voudrais montrer, pour ceux qui ne l'ont pas vu, le Prix de la Ville de Paris qui a été décerné par le Ministère de l'Environnement.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").