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Mai 2011
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24 - 2011, DDEEES 41 G - Signature d'une convention avec l'association Aurore (15e) visant le versement d'une subvention destinée à l'achat d'un autobus pour le Carré des Biffins. Montant : 50.000 euros. Vœu déposé par les groupes "Europe Écologie - Les Verts et apparentés" et Communiste et élus du Parti de Gauche demandant le développement de "Carrés aux Biffins" à Paris. Vœu déposé par l'Exécutif.

Débat/ Conseil général/ Mai 2011



 

M. Christian SAUTTER, président. - Nous arrivons à l'examen du projet de délibération DDEEES 41 G, sur lequel un v?u n° 12 G a été déposé conjointement par les groupes "Europe Écologie - Les Verts et apparentés" et Communiste et élus du Parti de Gauche. Il y a aussi un v?u n° 12 G bis de l'Exécutif.

Il s?agit d?une convention avec l'association "Aurore" visant le versement d'une subvention destinée à l'achat d'un autobus pour le Carré des Biffins, soit 50.000 euros.

Il y a quatre intervenants : Mme Katia LOPEZ, à qui je vais donner la parole, M. BAUPIN, Mme SIMONNET et M. Sylvain GAREL. Dans la mesure où il y a un v?u, M. GAREL n'aura droit qu'à trois minutes, mais les trois autres orateurs ne sont pas obligés de consommer leurs cinq minutes. Ils peuvent imiter M. GAREL, ce qui est parfois souhaitable.

Mme Katia LOPEZ. - Monsieur le Président, aujourd'hui nous votons un projet de délibération permettant l'achat d'un bus chauffé pour les biffins de la porte de Montmartre, dans le 18e arrondissement.

Nous sommes, dans le 20e, à Belleville et à la porte de Montreuil, mais aussi dans les arrondissement limitrophes - 10e, 11e et 19e - confrontés au même phénomène des travailleurs précaires, des chômeurs, des retraités contraints, pour survivre, de déballer leurs marchandises à la sauvette dans les rues.

La répression voulue par ses maires n'est pas une bonne réponse ni la bonne manière de régler ce problème. Nos compétences, vos compétences, Madame, Messieurs les Maires, c?est d'alerter, de prévenir, de proposer des réponses et des stratégies équilibrées.

Le Préfet de Paris a clairement répondu, je le cite : "La question de la présence policière ne suffit pas, même si elle a accepté qu'elle soit renforcée, mais il faut également que l'on aboutisse à une forme de régulation. Faut-il déterminer de nouveaux emplacements réservés à ces activités ?", s'est-il aussi interrogé.

Les habitants attendent de nous une solution. Au lieu d'être une force de proposition et de raison, vous amplifiez le mal-être autour de cette question en jouant sur les peurs que peuvent susciter la misère qui occupe des espaces publics.

Je regrette pour ma part, en tant qu'élue du 20e, terre d?asile et de solidarité, que son édile, lors d'un récent conseil de quartier, ait cru habile de souffler sur les braises, en contradiction avec le plus élémentaire sens de justice et de paix sociale, et appelle à une manifestation "Belleville, ville morte" qui ne ferait qu'aggraver les tensions et altérer la physionomie et la réputation de nos quartiers.

Il faut réfléchir à des projets et permettre par exemple l'autorisation, les jours de marché, d'un carré dédié aux biffins. Il faut être plus lucide sur ces marchés de la misère et monter des projets pour les aider socialement plutôt que de les réprimer.

Le Carré des Biffins du 18e est un exemple à suivre et un modèle de vivre ensemble. À Toulouse s'ouvre ces jours-ci un marché solidaire de la récup?.

Alors, continuons à créer des espaces légaux pour les biffins et redonner une dignité à ces gens.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame Katia LOPEZ.

Monsieur Denis BAUPIN, vous pouvez imiter la brièveté?

M. Denis BAUPIN. - Je crains que non, Monsieur le Président.

Je voudrais à mon tour exprimer ma forte préoccupation en ce qui concerne la situation des marchés de biffins dans l'Est parisien.

Comme c?était prévisible, et comme nous vous avions averti à de nombreuses reprises ici en Conseil de Paris comme au Conseil du 20e arrondissement, rien de bon ne peut résulter de la stratégie du pourrissement.

Jour après jour, semaine après semaine, on ne peut que comprendre l'exaspération des riverains devant l'inaction des pouvoirs publics. Aux nuisances engendrées au quotidien, vient s'ajouter le sentiment, au mieux d'une impuissance du politique, au pire d'une volonté délibérée de laisser monter l'exaspération pour mieux l'instrumentaliser.

Face à la montée de la misère, qui peut croire qu'il suffirait d'appliquer des réponses simplistes ? Cette misère ne cesse de monter dans notre propre pays, non seulement à cause des politiques injustes et de casse sociale du Gouvernement, mais aussi parce que nous avons trop longtemps laissé perdurer cette misère dans le reste du monde et que notre égoïsme de pays riche nous revient aujourd'hui en boomerang.

Face à cela, il y a deux politiques possibles : la première est d'opposer les uns aux autres et de faire monter les populations les plus fragiles les unes contre les autres. C'est ce qu'a fait un ministre la semaine passée en stigmatisant les personnes qui en sont réduites à dépendre du R.S.A. À ce moment-là, toute la gauche s'est élevée contre ces déclarations scandaleuses.

Eh bien, c'est la même chose en ce qui concerne les biffins : eux aussi ont droit au respect qu'on doit à tout être humain. Ils n'ont pas à être stigmatisés et humiliés, même si pour l?instant ils en sont réduits à survivre sur les marchés de la misère.

Que penserait-on d'un élu qui déclarerait publiquement aux personnes concernées que ce n'est pas digne de vivre de ce que l'on trouve dans les poubelles, qu'il n'y a aucune dignité dans la misère, ou encore que les chiffonniers sont le rebut de la société ?

J'imagine que toute la gauche s'élèverait immédiatement face à cette humiliation publique de personnes qui n?ont en rien choisi d'être réduites à la misère. Pourtant, rien de tel ne s'est produit, peut-être parce que ces propos n'ont pas eu le même écho que ceux du Ministre, peut-être aussi parce que l?élu qui les a prononcés est maire d'arrondissement, maire du 20e arrondissement, lors du dernier conseil de quartier à Belleville.

Franchement, quand on m'a rapporté ces propos, j'ai eu du mal à y croire. Nous avions été élus ensemble, sur la même liste, porteuse de valeurs de solidarité et je me souviens que la Maire de notre arrondissement s'est longtemps engagée dans une O.N.G. de solidarité internationale présidée par Danièle MITTERRAND, à laquelle elle se réfère souvent en conseil d'arrondissement.

Malheureusement, tous les récits de cette réunion concordent et le site d'information 75020.fr les a publiés pour une bonne part ce matin.

Mon malaise est d'autant plus grand que si j'en crois toujours et les propos rapportés et le souci de l'information, la Maire de l'arrondissement aurait aussi proposé de prendre la tête d?une manifestation, non pas pour réclamer justice et solidarité, mais pour réclamer plus de renforts policiers pour lutter contre la misère.

En sommes-nous vraiment arrivés là ? Est-ce vraiment tout ce que nous pouvons proposer, nous, politiques, qui plus est municipalité de gauche, nous qui dénonçons la dérive sécuritaire de ce Gouvernement, nous qui avons dénoncé la criminalisation de la misère dans la loi L.O.P.P.S.I. 2, nous qui, à juste titre, vantons les moyens que nous consacrons à la politique sociale et de solidarité de Paris, n'avons-nous rien d'autre à proposer face au marché de la misère que des réponses démagogiques, répressives et policières ?

Ce n'est pas ce que nous pensons, nous, élus écologistes, et nombre d?autres élus de gauche de notre arrondissement. Nous ne nous leurrons pas sur la difficulté de l'exercice, nous ne doutons pas qu'il soit difficile de gérer la misère, plus difficile en tout cas que de la nier ou de tenter de la repousser ailleurs, mais nous ne manquons pas d'outils, d'exemples plus ou moins probants, de dispositifs qui, certes, ne résolvent pas à eux seuls tous les problèmes, mais qui permettent d'ouvrir la voie vers un mieux, vers une meilleure organisation, et il n'y a pas besoin d'aller chercher très loin, puisque sur Paris même, dans le 18e notamment, ce type d'expérimentation a été lancé.

Pour cela, le premier pas, c?est d'accepter de reconnaître le droit des principaux intéressés à s?exprimer, c?est d?accepter qu'émerge la parole des biffins, afin qu'il puisse y avoir des interlocuteurs. C?est ce que tente de faire un collectif sur place, essayant de contribuer à l'apaisement et à la médiation et plutôt que de saper ce type d'initiative, il serait largement préférable de permettre son développement.

Un second pas serait d?ailleurs de dialoguer au sein même d'une majorité municipale et d'élaborer collectivement nos réponses face à des situations nouvelles.

Je l'ai déjà dit ici, nous ne prétendons pas que nous avons réponse à tout, nous ne prétendons pas que toute solution valable ici réussira là, mais si nous n'essayons pas, si nous nous contentons de la politique de l'autruche, nous sommes sûrs de ne pas y arriver.

Je redis ma conviction, notre conviction, qui est celle que face à la montée de la misère, nous avons à inventer, à permettre de nouvelles formes d'économie solidaire, de nouvelles formes d'économie informelle, qui soient non seulement capables de prendre en compte la misère des vendeurs, mais aussi, on l'oublie trop souvent, des acheteurs, encore bien plus nombreux. Il en va de notre responsabilité. Si nous ne le faisons pas, alors qui le fera ?

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur BAUPIN.

Je donne la parole maintenant à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, puisque ce projet de délibération parle d'abord de l'association "Aurore", disons tout de même que le travail réalisé vis-à-vis des biffins de la porte de Saint-Ouen est extrêmement important et j'invite vraiment tous les collègues à regarder tout le travail que fait l'association "Aurore" sur le Carré des Biffins et, bien évidemment, le groupe Communiste et élu-e-s du Parti de Gauche soutient pleinement ce projet de délibération, mais soyons conscients qu'on ne peut pas limiter notre action en faveur de la régulation des "marchés de la misère" à l'unique Carré des Biffins de la porte de Saint-Ouen. D'abord parce que la répression de la revente d'objets usagés à Belleville, à la porte de Montreuil et à la porte de Vanves provoque un tel afflux à la porte de Saint-Ouen qu?elle met en péril un projet qui marche et, vraiment, allez sur la porte de Saint-Ouen pour comprendre, discutez avec l'association "Aurore", discutez avec les militants de l'association "Sauve qui peut", rencontrez également les policiers qui sont là-bas présents, ils vous diront, comme ils me l'ont dit, que la création de nouveaux espaces autorisés à Paris pour la biffe est nécessaire et urgent.

Ensuite, parce qu?il est urgent de sortir du statu quo à Belleville comme à la porte de Montreuil. Oui, la situation est devenue invivable pour les riverains et les commerçants. Le nombre de revendeurs et d?acheteurs est devenu très conséquent, même s'il ne sert à rien non plus de grossir les chiffres et ce chiffre va, par ailleurs, augmenter du fait de l'aggravation de la crise.

Bien sûr, vous retrouverez peu de biffins revendiquant la tradition historique que la commémoration de la Commune de Paris ferait bien de se rappeler aux bons souvenirs. Oui, dans ces marchés, on retrouve des retraités aux trop faibles pensions, des travailleurs si précaires qu?ils ont besoin de compléter leurs revenus, comme d'autres font des vide greniers de façon plus épisodique, et puis il y a également des sans-papiers, des Roms, qui se retrouvent exclus, discriminés, sur le marché du travail.

La situation est devenue invivable, car la répression comme unique solution proposée par la Préfecture de police, saluée hélas par les quatre maires socialistes de Belleville, ne résout rien. Reconnaissez-le, mes chers collègues, c'est un échec total !

La Brigade spécialisée fait bien des interventions, confisquant les maigres objets proposés à la vente par certains. Elle fait fuir la foule d'acheteurs et de revendeurs pour une heure au plus, et puis, dès que c?est possible, ces derniers reviennent et se réinstallent, avec toutes les tensions, avec la dégradation de la propreté sur la voie publique que cela engendre, avec aussi toute l?humiliation et toute la violence symbolique sur l'ensemble, à la fois des revendeurs et des acheteurs.

Alors oui, comme cela a été dit précédemment, la maire du 20e, devant l'exaspération légitime d'une partie des habitants, a cru bon d?en rajouter, d'inciter la population à partir en manif devant la Préfecture pour revendiquer cette fois-ci des C.R.S. en grand nombre. A-t-on conscience de l'impact de tels discours si méprisants des plus pauvres que soi, de cette incitation au rejet, de cet encouragement à revendiquer toujours plus de répression ?

Sauf erreur de ma part, mes chers collègues, nos trois groupes de la majorité sont opposés à la loi L.O.P.P.S.I. 2 qui prévoit par ailleurs 3.750 euros d'amende à l'encontre des revendeurs et aussi des mois d'emprisonnement avec sursis. Nous y sommes tous opposés.

Alors si on demande que les C.R.S. viennent et que cela ne marche pas, l'étape d'après, ce sera quoi ?

Bien sûr, elle a eu dans ce conseil de quartier que l?on m?a raconté un écho très favorable des présents, mais sur quoi jouons-nous ? La peur du déclassement des classes populaires qui, face à l'aggravation de la crise, ont peur de se retrouver dans des situations plus dégradées et précaires encore ? Oui, le mécanisme réactionnaire exploité par la droite et l'extrêmedroite pour encourager le racisme, la peur de l'autre et le souhait de mesures autoritaires et liberticides jouent justement sur les ressorts de la peur du déclassement des classes populaires.

Alors, mes chers collègues, sortons de cette engrenage ou ceux qui les encouragent porteront la responsabilité de la montée du vote FN dans les quartiers populaires et personne ici ne le souhaite, personne ! Mais surtout, parce que cette fuite en avant sécuritaire ne donnera rien, c'est ce statu quo qu'il faut changer, en se mettant enfin à travailler et à réfléchir avec tout le monde aux solutions alternatives qui existent.

J'avais demandé en 5e Commission qu'une réunion sur le Carré des Biffins soit organisée, elle avait été programmée, puis annulée du fait d'une réunion entre les maires d?arrondissement et des associations triées sur le volet ; pourquoi ?

Nous pouvons et nous devons créer des espaces régulés, Carré des Biffins ou autres, de petite taille, mais en plusieurs endroits, afin de limiter les dégradations de l'espace public provoquées par l?inorganisation et l'afflux trop nombreux et concentré. Nous devrons utiliser les moyens débloqués par le Département et la Région pour des expérimentations différenciées et permettant un vrai travail social sur chaque catégorie concernée.

Il est de la responsabilité des élus d?organiser, de réguler, d'encadrer, d'accompagner ce qui se passe sur le territoire qu'ils ont en responsabilité.

Nous soutenons, bien sûr, les projets de ressourceries, mais ils ne peuvent constituer l'unique réponse.

Des villes comme Toulouse, mes chers collègues, viennent de suivre l'exemple du 18e, donc il est temps que les arrondissements de Belleville et communes de l'Est parisien s'en inspirent enfin.

Alors, pour terminer, sachez qu'il y a un collectif de soutien aux biffins qui a été créé, qui regroupe des biffins, des habitants, des conseillers de quartier, des partis ; évidemment, comme ceux de notre majorité, mais également des chercheurs, des travailleurs sociaux et des associations, et ce collectif travaille déjà à des propositions concrètes ; étudions-les.

J'aurais aimé m'adresser au Maire de Paris ; je sais qu'il approuve l'expérience du 18e, je sais qu?il y tient. Il est urgent que nous puissions ensemble convaincre les maires de Belleville de sortir de cette impasse, de ce statu quo et qu'on mobilise enfin l'ensemble des acteurs concernés, de toutes les composantes de la majorité, les différents territoires concernés, y compris des villes limitrophes, pour se mettre enfin à travailler aux solutions concrètes.

Je vous remercie.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame SIMONNET.

Le maire du 11e arrondissement, arrondissement qui est cité dans le v?u, a demandé la parole.

Je donne la parole à M. Patrick BLOCHE.

M. Patrick BLOCHE. - Merci, Monsieur le Président.

J'ai souhaité prendre la parole sur la base de l'article 18 du règlement du Conseil de Paris, puisqu?il s'agit à la fois d'un projet de délibération et d'un v?u concernant tout particulièrement deux arrondissements parisiens, le 11e et le 20e arrondissement, même si je n'ai pas été mis en cause personnellement, au contraire de ma collègue Frédérique CALANDRA, maire du 20e arrondissement, et je considère, je le dis de suite, que le procès d'intention qui lui est fait n'est pas acceptable.

Ma conception du débat politique, ici comme ailleurs, c?est que le débat politique ne doit pas se nourrir à la fois de la surenchère et de la provocation.

Nous sommes face à une situation extraordinairement difficile, avec, incontestablement, un marché de la misère - c?est la réalité, ce n?est pas un marché des biffins, comme cela est dit injustement, c'est un marché de la misère, un marché à la sauvette, un marché sauvage.

Oui, c?est différent, ce ne sont pas des chiffonniers, ce n'est pas un marché qui existe historiquement et qui se régule plus ou moins lui-même au fil du temps. C'est un phénomène tout à fait nouveau, qui traduit une détresse humaine incontestable.

Je ne voudrais pas que, dans cette affaire, il y ait une vision manichéenne des choses, qui amènerait à ce qu'il y ait les bons ou les mauvais, ceux qui sont solidaires et ceux qui ne le seraient pas. Nous essayons de traiter concrètement cette situation.

C'est d'ailleurs l'objet du projet de délibération en tant que tel. C'est l'engagement qu'ont pris à la fois la Mairie de Paris et le Conseil régional d'Ile-de-France en responsabilité de traiter l'aspect social de cette question. Si je m'exprime à ce moment, au cours de ce débat, c'est effectivement pour parler à la fois en mon nom et en celui de Frédérique CALANDRA.

Effectivement, nous assumons notre responsabilité d?élus de relayer l'exaspération légitime des riverains et commerçants qui n'en peuvent plus. Ce marché sauvage existe depuis le mois de septembre dernier. Il a bougé, il était surtout très présent dans le haut de la rue du Faubourg du Temple. Ce n'est plus le cas aujourd?hui : il s'est déplacé sur le terre-plein du boulevard de Belleville, d'abord vers le métro couronne et maintenant au-delà.

Nous avons à Belleville, que l?on soit dans le 10e, le 11e, le 19e ou le 20e arrondissement, une population qui rend compte elle-même des difficultés sociales, qui souvent reproche aux pouvoirs publics de ne pas assez s'occuper d'elle, et nombreux sont les habitants de ce quartier qui se considèrent comme étant abandonnés ou laissés-pour-compte.

Combien de fois ai-je été interpellé par ces habitants, ces riverains, ces commerçants qui m'ont dit : Monsieur le Maire, si ce marché sauvage était installé sur le parvis de la mairie du 11e arrondissement, en trois heures, il aurait été enlevé !

Donc, en l'occurrence, notre responsabilité d?élu, parce que le suffrage universel nous a donné cette légitimité, c'est de trouver les solutions, les bonnes solutions.

Je le dis, comme je m'exprime depuis vendredi à travers un document auprès des habitants, des riverains et des commerçants du 11e arrondissement, et en cela Frédérique CALANDRA tient le même discours que moi, en responsabilité, nous le disons, ce marché sauvage ne peut continuer à subsister sur le terre-plein du boulevard de Belleville. Il doit progressivement se réduire et disparaître.

Pour cela, il faut que chacun assume ses compétences. Il n'est pas de la compétence du Maire de Paris et des maires d'arrondissement de déployer des moyens qui permettent effectivement à ce marché sauvage d'avoir, si j'ose dire, une fin.

Parallèlement, par rapport à l'objet même du v?u présenté, je crois par les élus du groupe "Les Verts", la solution de développer un certain nombre de carrés aux biffins nous apparaît, je le dis très clairement, totalement inadaptée à la géographie urbaine du quartier de Belleville qui, je le rappelle, est le quartier le plus dense de Paris.

En l'occurrence, je me satisfais pleinement du v?u de l?Exécutif, qui évoque des solutions diverses. En tout cas, des carrés aux biffins sur le terre-plein du boulevard de Belleville et du boulevard de Ménilmontant, voire du boulevard de La Villette, ce n'est vraiment pas la solution, je vous le dis.

Surtout quand on sait, et j'en aurai terminé, que ce qui est cité en référence, c'est-à-dire le Carré aux Biffins de la porte Montmartre, n'est en rien un espace régulier : il y a effectivement un espace réglementé et tout autour des espaces totalement déréglementés. Et se servir du Carré aux Biffins de la porte Montmartre pour en faire un exemple qu'il faudrait développer à un certain nombre d'endroits de Paris nous apparaît vraiment la mauvaise solution.

J'en ai terminé et je vous remercie, Monsieur le Président, de m'avoir donné aussi longuement la parole.

En cette affaire, prenons nos responsabilités. Nos responsabilités sont, premièrement, de traiter le problème social posé par ce marché de la misère. C'est de prendre en compte l'exaspération et la vraie colère des riverains et des commerçants du quartier de Belleville, quel que soit l'arrondissement, qui attendent des pouvoirs publics des solutions pérennes et qu'enfin l'espace public soit à nouveau partagé dans ce quartier populaire de Paris.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur BLOCHE.

Monsieur CHERKI, en votre qualité de maire du 14e arrondissement, arrondissement qui est aussi cité dans le v?u, je vous donne la parole, peut-être un petit peu plus brièvement ?

M. Pascal CHERKI. - Oui, parce que je suis très surpris que l?on ait cité le 14e arrondissement dans ce v?u. Je pense, pour les auteurs du v?u que c?est une méconnaissance totale de la réalité de l'arrondissement et de ses quartiers populaires. Nous avons des biffins de l'arrondissement qui ne vont pas se livrer à des activités de nature commerciale ou para-commerciale, sur le Carré des Biffins de Belleville au motif qu'il y aurait des problèmes dans le 14e arrondissement. Faire cela, c'est méconnaître la réalité.

Mais c?est ce que vous dites dans le v?u. Si, vous le dites ! Ils ne vont pas à Belleville.

Le problème que nous avons sur ces marchés, c'est la confusion qu'il y a entre quelques habitants, des riverains, notamment parfois des vieux chibanis, des habitants qui vivent avec soit le minimum vieillesse, soit l?allocation adulte handicapé ou autre et qui, à un moment donné pour s?en sortir et joindre les deux bouts, font un petit travail de biffin, et ce qui se glisse au milieu : le recel, le trafic, y compris des activités qui n'ont rien à voir avec des marchés de la misère et qui posent problème.

Qui posent problème à ces biffins, qui posent problème aux riverains et qui posent problème aux autres commerçants quand cela se situe dans la continuité d'un marché, qui est comme celui des puces de Vanves ou autres.

Nous travaillons à des solutions. Ce n'est pas une question simple parce que cela mêle des problèmes sociaux et d'ordre public. Je trouve ce v?u complètement inapproprié et je demanderai à ses auteurs de le retirer ou alors d'aller expliquer à la population quelle est leur politique.

Et j?attends avec beaucoup, non pas de gourmandise parce que je ne veux pas faire de surenchère dessus mais avec beaucoup d'intérêt comment ils seront reçus par les riverains quand ils viendront leur proposer d'expliquer ce v?u.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur CHERKI.

Je donne enfin la parole à Sylvain GAREL pour présenter le v?u n° 12 G et ensuite Mme TROSTIANSKY pourra répondre à l'ensemble des orateurs et présenter le v?u n° 12 G bis.

M. Sylvain GAREL. - Merci, Monsieur le Président.

D'abord, une chose avec laquelle nous sommes d'accord : c'est pas simple. C'est un problème compliqué, complexe, on l'a vu et on l'a vu dans le 18e. Ce qui est très étonnant, c?est que les débats que l?on a aujourd'hui ici, on les a eus il y a trois ou quatre ans dans le 18e, avec la même configuration : les élus écologistes et communistes d?un côté qui disaient : il faut trouver une solution ; puis, au départ, le maire socialiste de l'arrondissement qui disait : la seule solution est d?envoyer la police, de mettre une benne, de jeter tout ce que vendent ces chiffonniers et de faire de la répression.

Puis, on a vu que cela ne fonctionnait pas. Là, je dois rendre hommage à Daniel VAILLANT, qui a été très pragmatique dans cette affaire : quand il a vu qu'au bout d'un an ou deux ans de répression, cela ne fonctionnait pas, il a commencé à dire : pourquoi on n'essaye pas autre chose ? Nous avons proposé, sur le modèle du carré des artistes de la place du Tertre, où ce sont des peintres à cet endroit-là, mais qui ont aussi une activité semi légale d?un point de vue réglementaire au départ, d'essayer de faire un carré des biffins.

Et on a vu que cela a amélioré grandement la situation. Ce n?est pas parfait. Personne ne dit que c'est parfait, mais je pense que, dans ce domaine comme dans d'autres domaines très difficiles, comme la gestion des Tunisiens, comme celle des toxicomanes, quand on gère des problèmes comme ceux-là, rien n'est parfait : il n'y a pas de solution où il y aura tout au carré et pas une tête qui dépasse, pas un problème.

Oui, il y a toujours des problèmes, mais le problème qui se pose au Carré des Biffins à la porte Montmartre, le principal problème est que comme c'est le seul carré qu'il y a, non seulement à Paris mais dans toute la proche banlieue, il y a une accumulation de personnes et le Carré aux Biffins, qui arrive à gérer 200 ou 300 biffins, ne peut pas en gérer 1.000 ou 1.500.

C'est pour cela qu'il faut créer d'autres lieux, que soit des carrés aux biffins et que cela s'appelle autrement, peu nous importe mais en tout cas il faut créer d'autres lieux à Paris et en proche banlieue, dans des endroits où il y a à la fois des vendeurs mais, comme le rappelait Denis BAUPIN, aussi des acheteurs.

Pourquoi il y a des gens qui vendent dans ces marchés de la misère ? C'est aussi parce qu'il y a un certain nombre de nos concitoyens qui ne peuvent plus acheter dans les réseaux commerciaux normaux et qui ne peuvent pas acheter autrement que des babioles qui valent 50 centimes ou un euro parce qu?elles ont déjà été utilisées.

Quand au fait qu?il y ait du recel, du trafic, mais il n'y en a plus dans le Carré aux Biffins. Dans le Carré aux Biffins, on a réussi à ce que - je l?ai encore visité avec Seybah DAGOMA il y a quinze jours - il n'y a plus de produits alimentaires, il n?y a pas de médicaments et il n?y a quasiment plus de produits neufs. Donc, on arrive avec un système de charte, géré très bien par "Aurore" qui a une très bonne action. Ce que fait "Aurore", avec cette charte et ces biffins, c'est de permettre de réguler ce marché et de faire en sorte qu'il soit accepté par les riverains.

Bien sûr, les riverains ont été pris en compte. Dans le 18e, le principal problème que posait le marché sauvage, au départ, c'était qu'il se situait à l'entrée d'une immense tour, l'une des plus grandes du 18e, sans doute l'une des plus grandes de Paris, et que les riverains ne pouvaient plus sortir de leur cour d'immeuble, parce qu?ils étaient obligés de traverser les étals des biffins qui étaient là.

On a déplacé le marché de quelques mètres et maintenant cela se passe bien. Je ne dis pas que les riverains sont super contents d'avoir cela sous leur fenêtre, mais aujourd'hui il n'y a plus de conflit.

Par contre, il y a conflit dans les endroits où le marché sauvage se perpétue. C'est pourquoi il faut créer d'autres lieux de régulation dans plusieurs arrondissements, dans plusieurs villes de banlieue. C'est ainsi que l'on arrivera à gérer ce problème, ce n?est pas par la répression, cela ne fonctionne pas et c'est moralement et politiquement condamnable.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur GAREL.

Je donne maintenant la parole à Mme Olga TROSTIANSKY pour répondre au nom de l'Exécutif et présenter le v?u n° 12 G bis.

Mme Olga TROSTIANSKY, vice-présidente, au nom de la 6e Commission. - Monsieur le Président, mes chers collègues, le développement des marchés de la misère dans le Nord et l'Est parisien nous mobilise tous depuis de nombreux mois.

Plusieurs v?ux, déposés à ce sujet, ont permis d'exprimer clairement ce que nous entendons mettre en ?uvre pour résorber ce phénomène, générateur de nuisances pour les riverains et révélateur de la paupérisation croissante d'une partie de la population, oubliée des politiques sociales de l'État.

Il faut une nouvelle fois le souligner, ces personnes très démunies devraient relever de la solidarité nationale pour leur hébergement et leur insertion.

Le constat est sans appel, la défaillance de l'État contribue à faire peser sur des quartiers déjà en difficulté le poids des marchés à la sauvette.

Avec Frédérique CALANDRA, Patrick BLOCHE, Roger MADEC et Rémi FÉRAUD, nous partageons avec nos collègues du groupe Vert et du groupe Communiste la certitude que le problème des marchés de la misère ne sera jamais résolu sans un soutien à cette population dans son accès au droit et dans son insertion professionnelle.

Il est important d'entendre les maires de ces arrondissements, qui ont aussi à tenir compte des problèmes de propreté et de sécurité sur leur territoire.

Conformément aux engagements pris devant notre Assemblée, nous travaillons avec des associations, depuis le début de cette année, à une meilleure connaissance de ces publics et à la mise en ?uvre de réponses innovantes et adaptées à leurs besoins.

Cette réflexion, menée en étroite collaboration avec les acteurs locaux, tient compte des caractéristiques des territoires dans lesquels ces actions seront déployées. Compte tenu de la multiplication des marchés, toutes les sources de solutions seront envisagées et notamment, nous y travaillons avec Seybah DAGOMA, celle de l'insertion "via" l'économie sociale et solidaire pour conjuguer l'aspect social du phénomène et la réhabilitation de l'espace public.

La Région Ile-de-France a pour sa part lancé un appel à projet visant à mieux connaître les publics.

Nous devons aussi assurer aux habitants un usage serein de l'espace public, ce qui implique une présence policière et l'intervention de la Brigade spécialisée de terrain, la B.S.T., qui est en lien avec les associations, les habitants et les commerçants du quartier.

Cette présence régulière est d'ailleurs indispensable au bon fonctionnement du Carré des Biffins, dont d'ailleurs Daniel VAILLANT est à l'origine du projet de la porte de Montmartre, qui présente un bilan positif, aussi bien en termes d'insertion des vendeurs que de la tranquillité retrouvée dans le quartier.

Néanmoins, comme nous l'avons rappelé à de nombreuses reprises, cette expérimentation qui est fondée sur des critères locaux n'est pas duplicable telle qu'elle dans tous les autres arrondissements.

C'est pour ces raisons que je vous propose, Mesdames et Messieurs les élus des groupes "Europe Ecologie - Les Verts et apparentés", Communiste et parti de Gauche, de retirer votre v?u et de voter le v?u de l?Exécutif.

Je ne vais pas le représenter, tout le monde l?a sous les yeux, mais, peut-être pour aller encore plus loin par rapport aux interventions que j'ai entendues, pour tenir compte de ces interventions, je propose deux corrections par rapport au v?u tel qu'il est présenté :

- que "la Ville poursuive les études de plusieurs solutions, avec des activités fonctionnant sous la forme d'un chantier d'insertion et d'autres solutions issues d'expériences menées à Paris ou dans d?autres villes", en lieu et place de "ou d?autres solutions",

- que "la Ville recherche plusieurs sites permettant d'accueillir ces activités" en lieu et place de "cette activité".

Je voulais dire à Mme SIMONNET que je suis disponible pour cette réunion en 5e et 6e Commissions. Effectivement, il y en avait une qui était organisée, mais j'étais la seule présente et disponible à cette réunion. C'est pour cela qu'elle a été annulée.

Evidemment, réunion des 5e et 6e Commissions, quand vous voulez pour travailler sur cette problématique avec l'ensemble des élus qui participeraient à cette réunion.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame TROSTIANSKY, pour votre disponibilité.

Je me tourne vers M. GAREL, qui a présenté le v?u de son groupe, pour lui demander s'il maintient le v?u n° 12 G.

M. Sylvain GAREL. - Nous allons le retirer parce que nous souhaitons trouver des solutions, et en particulier, ce qui nous intéresse le plus dans le v?u de l'Exécutif, c'est la première partie qui parle d'une réunion qui doit avoir lieu très prochainement pour essayer de trouver des solutions, ce qui est ce que nous cherchons.

Je précise que, dans le v?u de l'Exécutif, ce que nous votons, c'est bien la partie v?u. Dans la partie des considérants, il y a des choses avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord, mais nous en parlerons lors de cette réunion et essaierons de trouver des compromis, ce n'est qu'ainsi que nous pourrons avancer sur ce dossier.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur GAREL.

Le v?u n° 12 G est retiré.

Si Mme SIMONNET veut dire quelques mots sur le v?u de l'Exécutif, je lui donne la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Très rapidement.

Le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche votera la proposition de v?u de l?Exécutif avec les mêmes arguments expliqués précédemment, c'est-à-dire que nous ne votons pas les considérants sur lesquels nous émettons plus que des réserves.

Par contre, nous votons les propositions étant donné qu?elles permettent enfin d'organiser une réunion qui va permettre d'étudier les propositions et que, dans les propositions, enfin, pour une fois, la question des solutions alternatives comme celles expérimentées dans le 18e ou à Toulouse ne sont pas exclues des alternatives à étudier.

Voilà la raison pour laquelle on votera ce v?u.

M. Christian SAUTTER, président. - Parfait. Merci, Madame SIMONNET, de cette explication de vote.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u bis de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le v?u est adopté. (2011, V. 26 G).

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DDEEES 41 G.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2011, DDEEES 41 G).