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Mars 2011
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49 - 2011, DPVI 345 - Communication de M. le Maire de Paris : "Une politique de la ville innovante au service de la cohésion sociale".

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2011



 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous abordons maintenant la question consacrée à la politique de la ville.

Parmi les priorités de notre action figure, depuis 10 ans, l'unité de Paris.

C'est dans cet esprit que je vous présente ce matin une communication qui porte spécifiquement sur 14 quartiers de notre Capitale, appelés selon une terminologie officielle un peu hermétique, "quartiers politiques de la ville".

Ils sont répartis dans 8 arrondissements, les 10e, 11e, 13e, 14e, 17e, 18e 19e et 20e.

330.000 Parisiens y habitent, soit 15 % de la population de notre Ville.

Le nombre de personnes vivant sous le seuil dit de bas revenus, c'est-à-dire 942 euros par mois y est deux fois plus élevé que dans le reste de Paris.

Le taux d'allocataires du R.S.A. y est de 9 % contre 5 % dans l'ensemble de la Ville.

Ce sont des quartiers en somme relativement pauvres, qui abritent une vraie souffrance sociale.

Mais ils sont aussi pleins de potentialité, notamment parce qu'ils sont les plus jeunes de Paris.

L'enjeu pour ce qui concerne ces quartiers tient donc en un mot : l'égalité.

Or, mes chers collègues, nous le savons, l'égalité commence toujours par l'école.

Et au-delà du plan que nous avons voté le mois dernier en faveur des collèges défavorisés, nous impulsons très fortement les dispositifs de soutien scolaire.

Des équipes prennent en charge individuellement des enfants en voie de décrochage, et nous nous fixons l'objectif de doubler dès l'année prochaine, le nombre de jeunes concernés.

De plus, trois lieux d'accueil pour les collégiens exclus temporairement de leurs établissements sont désormais ouverts dans notre ville.

La suite logique et hélas souvent inéluctable du décrochage scolaire, c'est le chômage, et l'emploi est l'une des priorités assumée de notre politique.

C'est d'abord comme employeur que notre collectivité prend sa part de cette responsabilité collective.

Elle proposera chaque année à 100 jeunes issus des quartiers populaires, une préparation à ses concours.

D'autre part, avec la fusion des 5 missions locales en une seule structure, nous pourrons coordonner et professionnaliser la prise en charge de 22.000 jeunes de ces quartiers, et contribuer à les amener vers l'emploi.

J'ajoute que le Plan local pour l'insertion et l'emploi dans le Nord-Est parisien donne des résultats très encourageants, avec un taux d'entrée sur le marché du travail qui atteint 50 %.

Ce dispositif, qui est actuellement installé dans les 18e, 19e, et 20e arrondissements, sera étendu d'ici la fin de l'année aux 11e et 12e.

Mais faire vivre les quartiers les plus populaires de Paris, cela passe aussi bien sûr par le cadre de vie.

Chacun de ces quartiers a son identité propre et nous entendons qu'elle s'inscrive harmonieusement dans le paysage parisien.

C'est dans cet esprit que nous avons conçu le grand projet de renouvellement urbain sur 11 sites de la couronne, du Nord et de l'Est.

Nous voulons que ces quartiers soient beaux, agréables, mais aussi que l'habitat insalubre ne puisse plus s'y développer.

Et nous faisons en sorte que les conditions de vie soient vraiment changées dans les zones les plus proches du périphérique.

Parfois, il faut reconstruire, c'est-à-dire d'abord détruire et nous n'hésitons pas à le faire, en concertation avec les riverains. 6 tours seront ainsi démolies, la première en juin prochain dans les quartiers Bédier à la porte d'Ivry. A leur place, comme dans l'ensemble des quartiers politique de la ville, une autre esthétique urbaine et une autre façon de vivre en ville devront l'emporter.

Et nous le faisons en lien étroit avec nos voisins, par exemple, à la porte de Vanves. De même, à la porte des Lilas, c'est non seulement le visage de la ville qui a changé depuis qu'un jardin surplombe le périphérique, mais c'est aussi un lien vivant qui unit désormais Paris à son agglomération.

Nous voulons en somme des quartiers mixtes à tous points de vue. Je parle de mixité sociale, générationnelle, mais aussi d'une diversité d'activités et de l'équilibre entre logements et emplois.

Plus de 900.000 mètres carrés seront ainsi dédiés dans le cadre du projet de renouvellement urbain à l'activité économique et commerciale, car celle-ci doit être répartie équitablement dans tout Paris.

Nous refusons, en effet, la logique qui prétendrait installer les bureaux et les commerces au Centre, et les logements à la périphérie.

D'autre part, nous veillons à créer des équipements et des services publics.

De nouvelles bibliothèques et médiathèques seront ainsi ouvertes dans les mois qui viennent, à la porte Montmartre, à Saint-Lazare et sur la Z.A.C. "Pajol".

3 nouveaux ateliers santé seront créés en plus des 5 qui existent aujourd'hui.

Bien entendu, ces opérations très vastes de rénovation urbaine sont conduites dans le respect strict du Plan climat, et avec le souci de s'inscrire constamment dans une démarche de développement durable.

Aux Batignolles, c'est ainsi un écoquartier que nous sommes en train de dessiner, c'est-à-dire une zone urbaine à bilan carbone nul.

Mais au-delà, le rôle de la Municipalité, c?est de faire vivre les quartiers populaires dans leur dimension humaine, c?est-àdire de rassembler les énergies des femmes et des hommes qui y habitent.

Pour cela, nous nous appuyons sur un tissu associatif dont je veux saluer la vitalité, la générosité, et l'extraordinaire créativité.

Nous faisons tout pour l?aider autant que possible.

Les 28 centres sociaux associatifs ont ainsi bénéficié d'un renforcement de leurs subventions à hauteur de 1,2 million depuis 2008.

Avec ces associations, nous coordonnons et soutenons des dispositifs multiples.

Je pense par exemple au projet "voisinage" lancé par les Petits Frères des Pauvres, qui permet à des bénévoles d'aller à la rencontre des personnes âgées isolées.

C'est par ce type d'initiative que la ville acquiert pleinement sa dimension humaine et qu'elle exploite toutes ses potentialités.

Car les quartiers "politique de la ville" sont très variés, y compris en termes d'origines, de nationalités, de cultures. Ce n'est d'ailleurs pas une faiblesse. C'est une chance, et nous avons tenu à ce que dans ces quartiers, notre politique culturelle saisisse pleinement cette chance.

Des événements comme le "Maghreb des films", "l?Afrique dans tous les sens" ou "la fête de la lune", à Belleville, permettent ainsi de recevoir de la diversité ce qu'elle offre de plus enrichissant : la rencontre, la découverte d'univers différents.

Faire participer tous les quartiers de la capitale à une dynamique commune tout en respectant, et même en favorisant leur caractère singulier, voilà le sens de notre politique de la ville.

Je tiens à remercier très chaleureusement Gisèle STIEVENARD, qui travaille avec courage et conviction sur cet aspect particulièrement identifiant de notre politique.

Je veux saluer aussi les maires d'arrondissement pour leur engagement quotidien au service du mouvement de leurs quartiers.

Et c'est avec une détermination toujours insatisfaite, comme dirait Michèle BLUMENTHAL, que l'équipe municipale continuera à ?uvrer pour une ville plus vivante et plus juste.

Je vous remercie.

Exprimez-vous et d'abord, Danielle FOURNIER.

Mme Danielle FOURNIER. - Merci, Monsieur le Maire.

La "politique de la ville" s'est constituée comme une réponse innovante au croisement de l'urbain et du social alors que les banlieues se dégradaient et que leurs habitants se révoltaient.

Plus largement, comme vous l'avez rappelé, elle questionne notre capacité à nous rassembler dans une ville solidaire et soucieuse de l'épanouissement de tous.

Quand la capitale affiche un réel dynamisme économique et culturel, aucun quartier parisien ne peut donner l'impression d'être laissé sur le bord de la route.

Réaliser cette ambition est un grand défi à Paris.

Après deux années de crise financière, sociale, et écologique, les quartiers les moins favorisés ont souffert bien plus que la moyenne, et l'État leur inflige la double peine en donnant toujours moins à ceux qui en ont le plus besoin.

Le Gouvernement fera ainsi fondre de 10 % d'ici 2013 la dotation à l'Acsé, l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances. Et en parallèle, pas le moindre plan d?envergure n?est prévu pour juguler la crise dans ces territoires en difficulté. Derrière l'affichage, un affichage permanent - Comité interministériel des villes, plan banlieue, déplacement express du président dans les quartiers populaires pour poser devant les journalistes -, c'est en réalité la politique de la chaise vide. Comme sur la politique du logement, c?est justement quand on a besoin de lui que le Gouvernement disparaît.

Cet abandon nous paraît d'autant plus scandaleux qu'il est associé à des politiques fiscales particulièrement injustes, en faveur des plus riches, à un assèchement durable du budget des collectivités locales et à une politique particulièrement agressive envers les citoyens immigrés.

Quelle est la conséquence de ce retrait du Gouvernement ?

C'est à notre collectivité qu'il revient de mettre les bouchées doubles dans les 14 quartiers "politique de la ville" de la Capitale où vivent 15 % des Parisiens.

Rénovation urbaine, solidarité, éducation, aide au logement, jeunesse, espaces verts, la Ville témoigne de son volontarisme et de sa proximité là où on la sollicite. Face aux défaillances de l'État, elle investit 266 millions d'euros chaque année.

Aider les entreprises innovantes, soutenir les familles monoparentales, réserver des emplois municipaux, lutter contre l'illettrisme, accompagner les adolescents dans leurs projets : les terrains d'action sont innombrables et font la richesse de cette politique transversale.

Les écologistes apportent tout leur soutien à cet engagement municipal absolument indispensable, et Fabienne GIBOUDEAUX prendra le temps de détailler dans son intervention ce qui est fait en matière de gestion de délaissés urbains et de création de jardins partagés.

Mais Paris pourrait faire encore plus pour ces quartiers en jouant davantage sur le caractère transversal de la politique de la Ville. Car les inégalités socio-économiques cachent bien d'autres difficultés importantes, qu'elles soient écologiques ou culturelles.

Prenons la culture, trop souvent réduite à Paris aux événements de prestige et à la création de gros événements. Avec une enveloppe annuelle de moins de 500.000 euros pour l?appel à projets annuel, et de 250.000 euros qui correspondent au soutien de la Direction des Affaires culturelles pour les associations ?uvrant dans les quartiers "politique de la ville", la culture se cantonne à un rôle de complément.

En réalité, elle devrait et pourrait être au coeur même de ces problématiques. En participant à l'épanouissement individuel de toutes et tous, en tissant du lien social et de la convivialité dans les quartiers, la culture est en effet le plus solide rempart contre l'isolement et l'insécurité.

Elle apporte par ailleurs une reconnaissance inestimable, à la fois à ces quartiers et à leurs habitants.

Alors oui, il faut soutenir les associations, ouvrir deux maisons de pratiques artistiques amateurs, conforter nos bibliothèques, mais peut-être aussi faire encore plus et systématiser les lieux de création et de diffusion, les fabriques, partout dans les quartiers de Paris, aidant comme ils le méritent les lieux intermédiaires existants qui font vivre ces quartiers. C'est aussi un moyen pour promouvoir la diversité culturelle et enrichir l'ensemble de Paris.

Par ailleurs, rappelons le encore une fois, la crise économique et sociale est intimement liée à la crise environnementale. Et ce constat est évidemment valable pour les quartiers ciblés par la "politique de la ville", qui subissent un environnement dégradé, souvent en bordure du périphérique, marqué par une forte pollution sonore et une qualité de l'air médiocre, au détriment de la santé et du cadre de vie des habitants. À ce titre, la démarche "nature plus" lancée dans le 20e, qui combine participation citoyenne et végétalisation de l'espace public, est une initiative remarquable, et il est urgent de multiplier ce type d'initiatives dans les arrondissements volontaires.

Comme il nous paraît également nécessaire de placer l'isolation thermique du logement social au coeur de nos politiques dans les quartiers ; urgence à la fois écologique, financière, sociale et sanitaire, comme nous le rappelle le contexte mondial actuel, particulièrement dramatique.

Notre plan climat prévoit ainsi de réduire de 30 % nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020, notamment en rénovant 4.500 logements par an. Nous nous réjouissons de voir que 76 % des logements rénovés l?année dernière l'ont été dans les 19e, 13e, et 20e arrondissements.

En conclusion, j'aimerais également dire un mot sur l'économie sociale et solidaire.

Quoi de plus efficace en effet pour dynamiser nos quartiers en difficulté et favoriser l'insertion qu'un tissu économique fondé sur l'entraide et le primat de l'utilité sociale plutôt que le profit individuel ?

Quoi de plus transversal par ailleurs qu'une économie qui favorise le service aux personnes, la préservation de l'environnement, la maîtrise des énergies, le commerce équitable, l'insertion par l'activité économique, le recyclage des déchets.

Aussi, nous nous réjouissons de l'ouverture de "la maison du canal", dans le 10e, qui assure la présence d?une régie de quartier dans nos territoires classés "politique de la ville".

Le développement de l'entrepreneuriat social, avec des initiatives tel que le salon de beauté solidaire Joséphine, à la Goutte-d'or, ou la réouverture du marché Riquet, est également important.

Nous espérons vivement que la nouvelle ressourcerie Paris-Centre verra bientôt le jour dans le 2e.

Comme vous le savez également, nous estimons indispensable de mettre en place un carré aux biffins dans le 20e, près de la porte Montreuil.

Culture, écologie, économie sociale et solidaire : les pistes existent donc pour enrichir notre politique de la ville.

L'une des richesses de cette politique, c?est qu'elle est efficace parce qu'elle est collective, et réalisée en étroite collaboration avec les citoyens concernés.

C'est ce nous souhaiterions voir évoluer au plan national.

Prendre appui sur les solidarités, favoriser les initiatives et les compétences qui existent dans les quartiers et les soutenir pour amorcer une dynamique de développement général alors que l'on est en train, à la fois, de les abandonner et de les stigmatiser.

Aussi, en ces temps de crise et de retrait scandaleux de l'État, nous nous réjouissons de voir la Ville de Paris agir avec détermination.

C'est toute la capitale qui bénéficie en retour de l'énergie et des idées nouvelles, mises en place dans ces lieux cosmopolites, culturellement très riches, particulièrement jeunes, puissants dans leur démographie et qui peuvent être sources de dynamisme, pour tous, dans toute la Capitale.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. Alain LHOSTIS.

M. Alain LHOSTIS. - Monsieur le Maire, tout d'abord une remarque sur l'organisation de ce débat.

La politique de la ville est une politique territoriale, basée sur les acteurs des territoires concernés. Aussi, nous regrettons le choix fait d'une communication, élaborée sans que les acteurs locaux soient associés.

J'ajoute : sans même les élus d'arrondissement en charge de cette question, je le suis dans le 10e arrondissement.

Enfin, s'agissant d'une communication du département, les Conseils d'arrondissement n'ont pas eu à en débattre. Vous avez dit démocratie participative ?

Le concept qui sous-tend la politique de la ville est né en 1982 sous le Gouvernement de Gauche. Il fallait tenter d'apporter des réponses à l'explosion des banlieues, résultant de plus de 30 ans de politique de Droite, consistant à éloigner les couches populaires du centre-ville et à les parquer dans les grands ensembles immobiliers, refermés sur eux-mêmes.

Il fallait tenter de réparer la "mal-vie" des grands ensembles ou îlots sensibles et retisser du lien social.

Aujourd'hui, on glose sur l'échec de la politique de la ville et on nous ressasse que la question essentielle est celle des tours, des barres qu'il faut continuer à faire disparaître.

Si, dans le cadre de l?A.N.R.U., de telles réorganisations urbaines semblent nécessaires, chacun voit bien que les petites maisons, côte à côte de la banlieue, habitées par les mêmes couches populaires que celles évoquées plus haut, toujours plus loin du centre, connaissent les mêmes problèmes, les mêmes difficultés que celles évoquées très brièvement et très schématiquement dans la communication que vous nous présentez, Monsieur le Maire : chômage massif, pauvreté, familles monoparentales, populations cumulant les difficultés de toutes natures.

Le Président de la République et son Gouvernement ont décidé de mettre fin à cette approche, dans l?esprit de celui qui a présidé à la liquidation de la police de proximité, remplacée par les compagnies de C.R.S., au prétexte que les policiers ne sont pas des animateurs sociaux, avec malheureusement les résultats que l'on constate aujourd'hui.

De la même façon, l'État supprime ou diminue fortement, ce qui revient au même, ses subventions, 20 % des crédits de la politique de la ville entre 2009 et 2010, et à nouveau 20 % de crédits en moins de 2010 à 2011, sans compter qu'à l'intérieur de ces crédits, tout ce qui est consacré à la politique du lien social, du lien culturel est, nous dit-on, recentré sur les politiques de l'emploi.

On rêve ! Chacun est à même de mesurer l?efficacité en matière d?emploi de cette approche.

Le Ministre de la Ville qui affiche volontiers sa médaille d'ancien communiste (il n?en reste pas grand-chose après son relookage dans les studios de PASQUA), n'a de regard que sur la question des infrastructures de transport.

C'est une question importante et la détermination du Maire de Paris et du Président de la Région Ile-de-France a permis d?obtenir sur ce point un accord très positif pour les Franciliens.

Nous, élus Communistes et du Parti de Gauche, aurions aimé que la même détermination se soit manifestée pour conserver et même amplifier les moyens consacrés à la politique de la ville "stricto sensu".

La communication très succincte que vous nous proposez aujourd'hui nous semble en deçà du véritable cri de révolte qu'il faut pousser face à cet abandon de l'intervention de l'État dans des quartiers les plus en difficulté.

Certes, le bilan depuis 2001 de la municipalité de Gauche parisienne est dans ce domaine de grande qualité. Les équipements dans ces lieux se sont accrus fortement. La structuration de la politique de la ville, lancée en 2001 par Martine DURLACH, votre adjointe à la politique de la ville dans votre première mandature, a donné l?élan nécessaire, poursuivi aujourd'hui avec détermination et talent par Gisèle STIEVENARD.

Mais je voudrais insister sur ce qui nous semble être l?essence de cette politique : rétablir du lien social pour que le communautarisme recule et que le vivre ensemble progresse.

La Ville de Paris ne doit pas baisser la garde. Pour cela, les associations, comme c?est relevé dans la communication, sont des atouts essentiels. Elles sont extrêmement nombreuses à intervenir dans ces quartiers.

Sans elles, sans leur travail au quotidien, avec peu de moyens, malgré les efforts de la Ville, on imagine ce que serait la vie des habitants de ces quartiers.

Et puis, il ne s'agit pas simplement de saluer le potentiel des jeunes de ces quartiers, les élus parisiens qui s'engagent auprès de ces populations le savent, c'est là que réside le plus grand potentiel d'imagination, de mobilisation, de développement de notre Ville.

Une grande partie de l'avenir de la Ville de Paris, ville monde, cosmopolite, fière de sa diversité, se joue là.

J'aimerais nommer ces quartiers : Sainte-Marthe, Porte-Saint-Denis et Saint-Martin, dans le 10e arrondissement, Fontaine-au-Roi dans le 11e arrondissement, quartier du Sud dans le 13e arrondissement, porte de Vanves dans le 14e, porte de Clichy, Pouchet, Saint-Ouen, porte Montmartre, Clignancourt, Moskowa, Simplons, Goutte-d?Or dans le 18e arrondissement, la Chapelle dans le 18e arrondissement, Riquet, Michelet, Danube Solidarité dans le 19e arrondissement, Belleville, Amandiers, Saint-Blaise, porte de Montreuil, Piton-Duvernois, Fougères dans le 20e arrondissement.

Les populations de ces quartiers nous attendent, sachons répondre à cette attente.

Attention à ne pas tomber dans un travers : nous les aiderions à se replier sur leurs quartiers dans lesquels nous amènerions de façon spécifique la culture, l'aide pour trouver un emploi, une formation, etc., à condition qu?ils se tiennent tranquilles et qu?ils y restent, dans ces quartiers, comme le souhaite la Droite qui refuse les logements sociaux, comme à Sainte-Périne dans le 16e arrondissement.

Au contraire, aidons-les à sortir de leur enfermement.

Jacques DONZELOT, historien du social et sociologue de l'urbain, comme il aime à se présenter lui-même, ce fondateur de la pensée moderne sur le social, que nous avions sollicité dans le 10e arrondissement pour une journée de travail sur la politique de la ville, a insisté longuement sur cette idée que la question essentielle est celle des flux, c'est-à-dire la possibilité pour ces populations, tout particulièrement les jeunes, de sortir de leurs quartiers, afin qu'ils se confrontent aux réalités de la société.

Pour lui, la question des flux est la question centrale sans laquelle toute réorganisation architecturale et urbaine ne ferait que reproduire les schémas mentaux et les difficultés actuelles qui en résultent.

Il écrivait en février 2010 (je vais faire une citation un peu longue) :

"On peut toutefois estimer que ces résultats décevants de la politique de la ville vont valoir remise en question, non pas tant des moyens que de l'orientation trop partiale donnée à cette politique, celle du retour à la moyenne, en matière de composition sociale qui en constitue l'horizon.

Cette manière de faire conduit à se préoccuper des lieux plus que des gens, ou alors de le faire de manière purement symbolique en extrayant une pincée d'élèves ou d'apprentis méritants, mais sans se doter des moyens d'une véritable emprise sur une population tellement déconnectée de la Ville qu?elle nécessite une remise en mouvement dans son ensemble.

Nous vivons à présent dans un autre modèle, celui de la Ville, des flux, de l'ère de la globalisation, un lieu n?y vaut plus tant pour lui-même qu'en tant que support de mobilités vers des ailleurs plus ou moins lointains.

Cela explique la revalorisation des centres qui permettent de relier la multiplicité de flux de toutes sortes, de fertiliser ces lieux par l'effet de leurs croisements.

La pauvreté des contacts de ces lieux avec le dehors y facilite les flux illicites [?] en raison des limitations rencontrées par cette voie de la responsabilisation."

Il développe une nouvelle thématique qui est mise en ?uvre en Europe du nord, en Grande-Bretagne et assez peu en France, qui consiste "à rechercher la connexion entre la Ville et ses quartiers en partant de ceux-ci, par une démarche de restitution à leurs habitants de ce pouvoir qu'ils ont visiblement perdu sur leur territoire, leur cadre de vie par une manière de tramer entre eux et les forces du dehors des liens nécessaires pour qu'ils profitent des opportunités de la Ville.

Comment permettre aux habitants de se réapproprier l?espace commun, suffit-il d?y faire circuler des unités de police, fussent-elles dites "de quartiers" ?

Avec celle-ci, les habitants gagnent en sécurité et le disent, mais pas vraiment en liberté puisqu'ils restent prisonniers du conflit entre ces policiers et les jeunes qui les prennent à témoin des contrôles qu'ils subissent."

Ces propos forts nous aident à réfléchir pour mieux élaborer des actions de qualité en matière de politique de la ville.

Bien évidemment, le travail sur le lien social au travers de l?approche politique de la ville ne règle pas le problème central de l?emploi, du niveau de vie, de la qualité de l'habitat, toutes questions primordiales.

Les solutions résident dans une audacieuse politique de développement durable, à l'inverse du libéralisme échevelé porté par le Gouvernement de Droite actuel.

Les élus Communistes et du Parti de Gauche partagent, d'une part, le constat de la communication du Maire de Paris quant aux abandons du Gouvernement actuel et, d'autre part, des propositions faites.

Mais ils trouvent que disparaît l'ambition originale de mener une grande politique pour une véritable dynamique de reconstruction du tissu social dans ces quartiers.

Les élus Communistes et du Parti de Gauche vous demandent, Monsieur le Maire, d'organiser une grande rencontre à l?Hôtel de Ville pour donner à voir la dynamique en ?uvre dans ces quartiers au travers de la vie associative.

Ce devrait être également l'occasion pour vous d'interpeller fortement l'État pour exiger non seulement le rétablissement des subventions à ces associations au niveau de 2009, mais aussi pour engager une augmentation de celles-ci.

Les élus Communistes et du Parti de Gauche présenteront des propositions dans le cadre budgétaire 2012 pour que la Ville de Paris accorde des moyens supplémentaires aux politiques menées dans ces quartiers.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur GIANNESINI, vous avez la parole.

M. Jean-Jacques GIANNESINI. - Merci, Monsieur le Maire.

Le 24 novembre dernier, le Premier Ministre, François FILLON, a rappelé dans sa déclaration de politique générale à l'Assemblée nationale sa volonté de renforcer la politique de la ville.

Le 18 février dernier, il a donc réuni le Comité interministériel des villes afin de définir précisément les orientations politiques qui guident l'action du Gouvernement en faveur des nombreux habitants de ces quartiers prioritaires.

Ces quartiers, en effet, cumulent encore trop d'inégalités par rapport aux autres quartiers, que ce soit notamment en matière d?habitat et de cadre de vie ou en termes d?accès à l?emploi, de développement économique, d?éducation, de formation et d?égalité des chances.

Revenons, si vous le voulez bien, aux principales mesures dans ces différents domaines, qui ont été arrêtées lors de ce comité.

Tout d'abord, en ce qui concerne le logement, il est prévu d?engager un programme de traitement des copropriétés dégradées. Les conditions d'exercice de la profession de gardien d'immeuble doivent être aussi confortées. Comme chacun le sait, le gardien d?immeuble est un personnage essentiel.

Des actions de formation pour les gardiens exerçant dans les quartiers prioritaires vont être mises en ?uvre, l?accession à la propriété va être favorisée lors des opération de mise en vente de logements H.L.M. pour les gardiens qui souhaitent devenir propriétaires, en veillant à ce que les conventions de gestion urbaine de proximité, signées localement, comportent un volet d?actions spécifique à la contribution des gardiens H.L.M. en matière d?amélioration et de qualité de service et d'action.

Enfin, la mobilisation des partenaires de la gestion urbaine de proximité, qui a pour vocation d'améliorer le fonctionnement global des quartiers, doit être confortée.

En matière d'accès à l'emploi et de développement économique, le comité a décidé de renforcer la territorialisation des politiques de l'emploi et le développement des entreprises. Il a demandé pour cela au ministre chargé de l?Emploi et au ministre de la Ville :

- de diffuser annuellement au Préfet des indicateurs territorialisés de pilotage des mesures de l'emploi ;

- d'inscrire l?accès des habitants des quartiers prioritaires comme objectif des acteurs locaux de l'emploi et comme objectif opérationnel de Pôle Emploi, dans le cadre des conventions annuelles régionales ;

- de renforcer le dispositif des contrats d'autonomie avec 7.000 contrats supplémentaires, afin d?atteindre un total de 15.000 contrats signés en 2011 ;

- enfin, de réduire l?écart d'accès à l?apprentissage entre les jeunes issus des zones urbaines sensibles et la moyenne nationale, avec un objectif de progression du nombre de jeunes de ces quartiers en contrat d'apprentissage et de professionnalisation plus élevée que la moyenne nationale.

Pour cela, des actions permettant de faciliter l'entrée et le maintien en alternance des jeunes des quartiers prioritaires vont être définies :

- en accentuant, par exemple, l'effort des missions locales et de Pôle Emploi pour renforcer l'accès à l'alternance des jeunes de ces quartiers ;

- en mobilisant plus intensivement l?action des développeurs de l'apprentissage au bénéfice des habitants des quartiers et des entreprises implantées dans ceux-ci ou à proximité ;

- en levant aussi les freins liés à l'hébergement, dans le cadre notamment de l'appel à projets "investir dans la formation en alternance" ou encore en améliorant l?accompagnement des jeunes pendant leur cursus ;

- en renforçant l?action du tutorat interne et en ayant recours à des actions de parrainage pour faire progresser de 20 % en trois ans la part des jeunes de zones urbaines sensibles parmi les bénéficiaires du parrainage vers l'emploi.

En matière d'éducation, de formation et d'égalité des chances, le comité a décidé d'accentuer la lutte contre l'absentéisme et le décrochage scolaire.

Pour cela, il a demandé au Ministre de l?Education nationale et au Ministre de la Ville de veiller à ce que les élèves décrocheurs des communes signataires d'un avenant expérimental au C.U.C.S. puissent accéder, lorsque cela se révèle nécessaire, à un dispositif relais.

En outre, afin de renforcer la cohérence du pilotage national, le Ministère de la Ville participera désormais au comité national de suivi des dispositifs de lutte contre le décrochage scolaire, piloté par le délégué à l'information et à l?orientation.

Enfin, le comité a insisté sur la nécessité de valoriser et mutualiser les bonnes pratiques en matière de lutte contre le décrochage, de poursuivre le développement des internats d?excellence et des résidences pour la réussite des jeunes étudiants boursiers issus des milieux défavorisés avec, s'agissant des internats d'excellence, une présentation d?un schéma national d'implantation d'ici avril 2011.

Le comité a demandé à la Ministre de l'Enseignement supérieur et de Recherche une meilleure concentration des moyens sur les quartiers prioritaires des C.U.C.S. Il a, par ailleurs, demandé aussi :

- de faciliter l'accès des jeunes des quartiers aux stages en entreprise et en administration ;

- de développer les "cordées de la réussite" avec l?abondement de 1 million d'euros supplémentaires pour 2011, pour un effort budgétaire total porté à 8,6 millions d'euros ;

- un meilleur ciblage du dispositif sur les jeunes issus des quartiers, sans que les autres publics en soient néanmoins exclus ;

- une plus grande mobilisation de l'ensemble des acteurs concernés, notamment les établissements d'enseignement supérieur et les entreprises ;

- enfin, de cibler davantage encore le dispositif du diplôme d'accès aux études universitaires sur les habitants issus des quartiers politique de la ville.

Voilà, mes chers collègues, comme vous pouvez le voir, il y a une véritable volonté de la part du Comité interministériel des Villes, à la demande de François FILLON.

Face à cette politique ambitieuse et dynamique, que nous proposez-vous dans votre communication ?

De manière générale, vous dites : "innover et inventer des solutions audacieuses pour garantir que chaque Parisien trouve dans la Capitale les conditions de son épanouissement". Très bien ! Je vous fais simplement remarquer que la classe moyenne est déjà partie s?épanouir au-delà du périphérique, incapable de se loger correctement intra-muros.

La présentation de votre communication révèle l'approche parisienne de la politique de la ville. Loin d'être une politique globale et pluridimensionnelle, votre politique de la ville n'est qu'un patchwork de politiques cloisonnées. Aucune interaction entre les domaines ne semble être opérationnelle. Pour palier ce problème, suivez l'exemple de la Ville de Marseille qui a mis en place une instance de pilotage présidée par l?adjoint au maire en charge de la politique de la ville.

Enfin, aucune évaluation des actions en cours n'est dressée. C'est pourtant le préalable à une politique efficiente.

En matière de logement et de rénovation urbaine, la communication annonce que 1,2 milliard d?euros sont consacrés au renouvellement urbain, sans préciser quelle est la part de la Ville ni celle de ses partenaires. Vous rappelez que les tours sont en voie de démolition. Pourtant, votre première adjointe n?est-elle pas favorable aux tours de logements sociaux de 50 mètres ?

La Ville dit souhaiter réintroduire dans les quartiers populaires une certaine mixité fonctionnelle. Il s'agit là d'un terrible aveu et d'un constat d'échec de votre politique. La densification en logements sociaux n?a pas été suivie des équipements publics indispensables : crèches, écoles, maisons de santé, équipements sportifs, etc.

Le parcours dans le logement social, avec pour finalité l'accession à la propriété, n'est pas du tout abordé. Les quartiers dits "politique de la ville" aspirent pourtant à redevenir des quartiers de droit commun. La densification de logements sociaux, voire de logements très sociaux, ne fait qu?exclure un peu plus les quartiers de la cité.

De plus, un entretien digne de ce nom n'est plus assuré.

Par ailleurs, dans votre communication, pas une seule fois, vous ne citez le terme A.N.R.U. Est-ce un oubli ou tout simplement de la mauvaise foi pour faire croire que l'Etat se désengage, alors que c'est tout le contraire ? Or, il s?agit d?un instrument qui fait l?unanimité chez tous les élus. Le député-maire socialiste de Sarcelles, François PUPPONI, a déclaré en tant que rapporteur d?une étude parlementaire sur le programme national de rénovation urbaine : "On l'a rêvé, l'A.N.R.U. l?a fait !"

Vous aussi, vous n'avez de cesse de saluer le rôle de l'A.N.R.U. en d'autres lieux. Alors, pourquoi ne pas en parler dans votre communication ?

Par ailleurs, contrairement à ce que vous dites, le budget de l?A.N.R.U. a été sanctuarisé dans le budget de l'Etat. Sur les 42 milliards d?euros au niveau national de la rénovation urbaine, les 12,5 milliards d?euros mis sur la table par l'A.N.R.U. sont financés. Il ne faut pas perdre de vue que la Ville de Paris est une ville riche grâce aux droits de mutation : 1 milliard d?euros, je vous le rappelle. Il n?était pas gagné à la base que Paris bénéficie du régime de la rénovation urbaine.

Des villes de banlieue ont des besoins supérieurs à Paris. L?A.N.R.U. a choisi de concentrer son action sur les quartiers prioritaires. Vous ne pouvez pas, d'un côté, parler de solidarité métropolitaine et, de l'autre, dire qu'il faudrait que Paris ait un traitement privilégié.

Il y a quatre opérations à Paris plus une isolée, pour lesquelles l?A.N.R.U. verse 90 millions d'euros sur les 345 millions d'euros du périmètre rénovation urbaine. Ainsi, sur l'opération Michelet, l'A.N.R.U. met 8 millions d'euros, quand le coût total est de 140 millions d'euros. Cependant, c'est bien vous qui avez ventilé et fléché les financements A.N.R.U. pour Paris. Vous avez choisi de prioriser le secteur de la Goutte d?Or qui absorbe 55 millions d'euros à lui seul sur les 90. Par ce geste, vous avez choisi de privilégier votre arrondissement d?élection au détriment des autres arrondissements, comme le 19e qui en a tant besoin.

La répartition des crédits de l'A.N.R.U. n?a pas été juste et équilibrée. Vous avez préféré favoriser uniquement votre ami M. VAILLANT. C'est votre choix et les autres maires de votre majorité doivent apprécier.

Dans votre communication, vous vous plaignez aussi d?un manque de mesures nouvelles et que le C.I.V. n?a fait que reconduire les C.U.C.S. Là encore, vous ne dites pas la vérité. Le Gouvernement a renforcé la politique de la ville par un ministère plein, l'organisation d'un C.I.V. en date du 18 février et les actions dont je vous ai parlé au début de mon propos. Comme vous le savez, le Gouvernement a souhaité offrir de la visibilité aux acteurs de la politique de la ville dans le cadre de ce C.I.V., avec :

- prolongation jusqu'en 2014 des C.U.C.S. ;

- renforcement des outils existants pour les améliorer et les rendre encore plus efficaces plutôt que d?en créer de nouveaux et brouiller les acteurs ;

- renforcement des acteurs de terrain de la politique de la ville, car c'est là qu?elle se met en ?uvre.

Pour terminer, il faut que chacun fasse des efforts pour rationaliser l'utilisation de l?argent public et l'utiliser là où c'est le plus pertinent, à savoir dans les quartiers les plus pauvres.

Vous dites aussi qu?il y a défaillance de l?Etat. Quelques chiffres pour Paris pour prouver le contraire.

Entre 2007 et 2010, l'Etat a apporté 133 millions d'euros pour les quartiers "politique de la ville", dont 40,5 millions d'euros de crédits Acsé, 47,5 millions d'euros de crédits de droit commun et 45 millions pour le logement des opérations A.N.R.U.

Sur la même période, pour le dispositif "réussite éducative", le soutien annuel est de plus de 1 million d'euros crédits Acsé, ce qui permet d'accompagner 1.000 enfants en situation de grande difficulté scolaire. En 2011, l'effort de l'Etat sera poursuivi sur les thématiques éducation, emploi, lien social, santé et prévention de la délinquance, et 1,2 million d?euros complémentaires sur le lien social pour financer les postes d'adultes-relais.

En réalité, il faut articuler humain et urbain, et sur le volet humain mettre l'accent sur l'emploi/développement économique, sur l'éducation et sur la sécurité/prévention de la délinquance. Ce sont justement des axes des expérimentations que lance le Gouvernement.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Mme BERTRAND.

Mme Geneviève BERTRAND. - Merci, Monsieur le Maire.

La politique de la ville menée par l'Exécutif parisien s'inscrit naturellement et de droit dans le dispositif national défini par les gouvernements successifs. Après que de nombreux ministres, de Droite, de Centre, comme de Gauche, flamboyants ou impuissants, se soient attelés à cette tâche titanesque, il revient aujourd'hui au Ministre Maurice LEROY, membre de notre famille politique, de faire la synthèse de sa double fonction : Ministre de la Ville et Ministre chargé du Grand Paris.

A cet égard, le Comité interministériel de la ville, qui s'est tenu le 18 février 2011, a tracé sa feuille de route et bien marqué l'exigence de résultats.

Il a été clairement décidé, comme l?a rappelé tout à l'heure M. GIANNESINI, de renforcer la politique en faveur des habitants des quartiers prioritaires. Tout d'abord, priorité absolue en matière d'emploi et de développement économique pour le contrat d'autonomie pour les jeunes de 16 à 25 ans, pour l'apprentissage et l'alternance, le parrainage vers l'emploi.

Ensuite, en matière d'éducation, vous l'avez vous même rappelé, Monsieur le Maire, c'est encore une priorité absolue, en accentuant la lutte contre le décrochage et l'absentéisme scolaires, en créant une dizaine de nouveaux internats d'excellence à la rentrée 2011, en précisant le programme de réussite éducative et l'accès des jeunes des quartiers à l'enseignement supérieur grâce aux "Cordées de la réussite".

Je ne vais pas détailler ce qui a été décidé en matière de mesures de sécurité, de prévention de la délinquance, un programme complémentaire de desserte des quartiers, un renforcement des contrats locaux de sécurité.

Je veux insister sur deux perspectives à moyen et long termes qui ont été tracées. D'abord, le renforcement de l'articulation entre, d'une part, les projets de développement du Grand Paris, et d'autre part les objectifs poursuivis dans le cadre des C.U.C.S., les Contrats urbains de cohésion sociale, prolongés jusqu'en 2014. L'espoir est que la dynamique du Grand Paris offre la chance de désenclaver les quartiers prioritaires d'Ile-de-France.

La deuxième perspective, et je m'étonne qu'elle n'ait pas été évoquée dans la communication, est de renforcer la place des questions urbaines dans la future politique européenne de cohésion, et dès à présent d?orienter davantage le Fonds social européen vers les quartiers en difficulté sur les dotations 20072013 qui existent.

Pour la seule Ville de Paris, les chiffres que vous nous communiquez sont énormes, tant pour les populations concernées (330.000 personnes, 15 % de la population parisienne) que par les crédits mobilisés (266 millions d'euros par an).

Les territoires de la politique de la ville sont, vous l'avez rappelé, 14 quartiers répartis dans 8 arrondissements, les 10e et 11e, les 13e et 14e, les 17e et 18e, les 19e et 20e arrondissements.

Ces 14 quartiers sont à mettre en perspective avec les 2.400 quartiers sensibles en France, de même qu'il convient de mettre en perspective les crédits accordés par l'Etat, qui sont effectivement de 17 euros par habitant à Paris contre 38 dans la moyenne nationale.

Mais il y a peut-être des quartiers encore plus prioritaires et la Seine-Saint-Denis vient d'être déclarée ultra prioritaire.

Comme élue du 6e arrondissement, je ne parlerai pas d'expérience, mais j'ai plongé parmi les salariés et les bénévoles, parmi les bénéficiaires aussi, du 13e arrondissement avec la régie de quartier "Tela 13" et du 14e arrondissement avec le centre social Didot de "Carrefour 14" qui m'ont éclairée sur l'engagement, le dévouement, l?amour des autres, de tant de personnes généreuses et efficaces.

Je ne me permettrai pas d'évaluer le travail réalisé ni ne m?engagerai dans un commentaire des multiples actions menées par la collectivité parisienne, Mme BRUNO reviendra sur ces points plus concrètement tout à l'heure.

Je veux seulement remarquer qu'à la priorité absolue de l'emploi et du développement économique, vous avez ajouté les objectifs culturels, comme l?a très bien rappelé Mme FOURNIER tout à l'heure, et auxquels j'adhère totalement, objectifs culturels, urbanistiques et sociaux.

La tâche des maires d'arrondissement est lourde, qui doivent décliner localement les innombrables dispositifs.

Vous dites dans la communication qu'il n'y a pas de mesures nouvelles, mais je crois qu'il y en a déjà énormément et c'est même la lisibilité de ces mesures qui peut poser problème à terme.

Les services publics sont là, non seulement ceux de la Ville mais aussi ceux de l'Etat, de la Région, de la Caisse d'allocations familiales, et bien entendu la richesse inestimable des 400 associations de proximité.

Pour conclure, dans la multiplicité des initiatives de la Ville et des associations, je veux retenir une lumière, qui apparaît dans la page 5 de la communication. C'est celle qui me conduit à penser que l'important est la prise de conscience que l'assistance ne peut se substituer à la responsabilisation de chacun. Et cette responsabilisation doit être soit individuelle, soit partagée.

Merci, Monsieur le Maire.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Mme Frédérique CALANDRA a la parole.

Mme Frédérique CALANDRA , maire du 20e arrondissement. - Monsieur le Maire, chers collègues.

S'attaquer aux inégalités sociales et territoriales est au c?ur de l'engagement de notre Municipalité et constitue un axe structurant de notre majorité à Paris depuis dix ans.

Le travail remarquable effectué par Martine DURLACH dans la mandature précédente est poursuivi avec pugnacité depuis 2008 - Gisèle STIEVENARD en témoigne - et doit rester au centre de nos préoccupations. Ce n'est pas qu?un simple compliment d'usage que je fais là, mais je remercie Gisèle d?avoir régulièrement organisé la mobilisation des élus des quartiers en difficulté, pour obtenir des choses, notamment de l'Etat. Et je vais y venir.

Dans le 20e arrondissement, nous sommes directement concernés avec les 40.000 habitants des quartiers Belleville-Amandiers, les 14.000 des portes de Bagnolet et de Montreuil et les 13.500 de Saint-Blaise, retenus depuis 2007 dans la géographie prioritaire du Contrat urbain de cohésion sociale. C'est plus du quart de la population de mon arrondissement qui habite dans l'un des quartiers dit politique de la ville.

Nous ne pouvons nous résoudre à accepter dans ces quartiers que le chômage soit de 5 points supérieur à la moyenne parisienne, que près de 20 % des ménages vivent en deçà du seuil de pauvreté et qu'un élève sur cinq prenne du retard dès l?école primaire.

C'est une différence fondamentale avec la Droite qui, derrière des discours ou des postures, se satisfait des inégalités et fait même fonds de commerce d'un entre-soi profondément injuste. Ce marqueur politique est fort.

Je veux illustrer, pour répondre au discours de M. GIANNESINI, les contradictions de la Droite, en rappelant notamment les positions de M. GOASGUEN qui, dans le même temps, reprend à son compte les conclusions du rapport de la Cour régionale des comptes sur le logement, et trouve quand même le moyen de refuser l'installation de logement social dans le 16e arrondissement pour loger des infirmières.

Comment comprendre en effet que la politique de la ville soit réduite d'année en année en peau de chagrin par les gouvernements successifs depuis la signature du C.U.C.S. ? Comment le comprendre alors que la crise économique et sociale impose plus que jamais de soutenir les initiatives dans ces quartiers populaires exposés en première ligne aux difficultés économiques et sociales ?

Le renoncement aux coupes budgétaires, c'est toute une dynamique associative mais aussi la dynamique du renouvellement urbain qui en viennent à être brisées malgré nos efforts.

Elus de cette majorité, nous devons rester mobilisés et vigilants. Ainsi, dans le 20e nous découvrons encore cette année une baisse catastrophique des crédits de 20 à 30 % au moins pour l?accès, pour la réussite éducative, pour les équipes de développement local et surtout pour les subventions aux associations.

Cela est d'autant plus choquant que les annonces de réorganisation des services déconcentrés de l'Etat, autour d'une Direction départementale de la cohésion sociale, pouvaient sembler positives, mais cette méthode employée par le Gouvernement dans de nombreux domaines est inadmissible.

Et cela vient bien sûr contrer les efforts sans précédent de la Ville de Paris pour l'Est parisien. Je pense bien sûr au tramway, aux aménagements des quatre G.P.R.U. du 20e arrondissement.

Je vais prendre un exemple, celui de Saint-Blaise. Le quartier Saint-Blaise est le quartier le plus dense d'Europe ; c'est un non-sens urbanistique et social. Ce quartier a été conçu et réalisé par la Ville de Paris, du temps où elle était dirigée par la Droite. Il est littéralement invivable pour les gens qui y habitent, parce qu?il a été construit en dépit du bon sens.

Je vous épargne aussi les économies qui ont été faites sur les matériaux employés pour construire les bâtiments, et que nous devons compenser par des investissements colossaux aujourd'hui, dans les huisseries et dans les isolations des immeubles.

Tandis que nous avançons, l'Etat restreint sans cesse ses interventions. M. GIANNESINI aime les chiffres, je vais lui en donner quelques-uns.

Dans le quartier Saint-Blaise, la Ville de Paris investit plus de 68 millions d'euros. L'Etat qui devait en investir 9 millions d'euros a réduit sa participation à 5 millions d'euros.

Il est clair que la prorogation du C.U.C.S. initialement prévu pour la période 2007-2010 jusqu'en 2014, n'est en fait que l?habillage d?une volonté d?en finir avec la politique de la ville, mise en place, je le rappelle, par les gouvernements de gauche dans les années 80. C'est encore pire d'avancer masqués plutôt que d'assumer politiquement ce détricotage.

J'ai d'ailleurs fait part, le mois dernier, par écrit au Préfet de Région de ma très réelle inquiétude.

Je voudrais profiter de ce moment pour mettre en avant quelques exemples des projets politiques de la ville qui nous paraissent utiles à nos quartiers et qui sont mis en danger par le désengagement de l'État.

A titre d'exemple, le projet de cartographie sociale porté par l'association "Quartiers du monde" à destination de la population chinoise, en lien avec les 10e et 11e arrondissements, et qui a pour vocation de mieux connaître les problématiques d'accès au droit de cette population et d?élaborer des propositions d'actions, pour répondre à leurs besoins.

Les projets d'aide à la parentalité, je rappelle qu'à la porte de Montreuil nous avons plus de 40 % de familles monoparentales. A Saint Blaise, nous sommes je crois à plus de 35 % et évidemment, les quartiers de la Goutte d'Or, certains quartiers du 10e arrondissement, le quartier de la porte de Vanve, qui a plus de 40 % également connaissent les mêmes soucis.

J'en viens aussi à l'accueil des enfants après l?école. Nous avons une remarquable association qui s'appelle "Mômegan" et qui accueille les enfants à la sortie de l'école pour les faire travailler sur des projets artistiques.

Toutes ces activités sont mises en danger par le désengagement de l'État.

J?attire aussi votre attention sur le remarquable travail des centres sociaux. Nous en avons sept dans le 20e arrondissement auxquels nous sommes extrêmement attachés parce qu'ils jouent un rôle fondamental.

J'ajoute que plusieurs quartiers vont connaître dans les mois à venir de très grandes transformations urbaines. Ainsi, le quartier Saint-Blaise va connaître un désenclavement sans précédent, nous sommes en train d?y percer deux rues. Nous allons également rénover une crèche, détruire une barre d'immeuble invivable pour la reconstruire complètement, rénover totalement l'autre barre d'immeuble, etc.

Je suis trop longue, je terminerai simplement en disant une phrase : nous attendons toujours le grand plan Marshall d'investissement dans les territoires politique de la ville qui marquerait l'investissement de la France dans l'avenir des hommes et des femmes qui les habitent.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - M. Georges SARRE a la parole.

M. Georges SARRE. - Monsieur le Maire, chers collègues. Une politique territoriale différenciée selon les quartiers va dans le bon sens, faisant de la lutte contre les inégalités face à l'emploi, à l'éducation, et à la culture, un enjeu municipal de première importance.

Je voudrais cependant attirer votre attention sur deux points. Le premier concerne l'accompagnement scolaire individualisé et préférentiel de jeunes issus de quartiers défavorisés.

Le principe est excellent, les modalités, diverses. Autant une politique volontaire de suivi éducatif me semble poursuivre l'objectif républicain d'émancipation intellectuelle pour tous, autant certains dispositifs fragilisent le mérite républicain auquel j'attache la plus grande importance.

La mise en place de conventions spéciales entre certains lycées et l?I.E.P. Paris, par exemple, vont dans le sens d'une discrimination positive et non plus d'une sélection des candidats les plus méritants qui doivent être jugés sur leurs compétences et non sur leur quartier d'origine.

Avec une bonne préparation, et celle-ci pourrait être renforcée pour ces quartiers, les jeunes des quartiers concernés pourraient parfaitement être reçus aux mêmes concours que les autres. Ils ont le droit à un surplus de formation, oui, mais aussi à démontrer, comme les autres, leur excellence au travers d'un concours unique et anonyme.

Cette politique est, pour Sciences Po, qui est le creuset de beaucoup d'élites politiques, économiques et sociales en devenir, un soutien à la perpétuation, par ailleurs, de l'entre soi et de la reproduction sociale qui y règne sans parler du formatage idéologique, mondialiste et néolibéral.

Le second point sur lequel je veux intervenir porte sur la promotion de la diversité culturelle et la programmation dans les équipements culturels municipaux de créations artistiques venues ou inspirés des cultures du monde entier.

A cet égard, nous soutenons notamment le festival "Maghreb et films", et la semaine, "l?Afrique dans tous les sens".

Je m'en réjouis.

Aussi, je formule le v?u que l'on puisse ainsi promouvoir l?apport de cultures étrangères à la culture française, c'est-à-dire à la construction civilisationnelle française par l'assimilation à une Nation en perpétuelle évolution.

Je souligne que cette conception n'est pas celle d'une juxtaposition de cultures, je le rappelle, la France républicaine étant, dans sa diversité, une et indivisible et non multi culturelle et communautaire.

Je ne doute pas que ce soit, Monsieur le Maire, cet esprit qui prévale dans cette politique culturelle et j'ajoute heureusement.

Merci beaucoup.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci bien.

Mme Fabienne GIBOUDEAUX a la parole.

Mme Fabienne GIBOUDEAUX, adjointe. - Les territoires politiques de la ville sont des territoires qui cumulent des difficultés sociales et économiques importantes. Ils sont aussi à Paris des territoires où germent des expériences innovantes. Expériences innovantes car elles croisent l?environnement, la culture, et le social dans des lieux inattendus tels les délaissés urbains. L'initiative locale du Jardin partagé, 56, rue Saint-Blaise a reçu un prix d'architecture européen en 2010, et l'association d'éducation à l?environnement "Multi'colors" a été récompensée avec sa présidente Sylvie FAYE par le prix "Terre de femme", attribué par la fondation Yves ROCHER sous l?égide de la Fondation de France.

Dans l'interstice urbain, a priori sans usage possible, des habitants du quartier Saint-Blaise, avec l'atelier d'architecture auto géré, ont su imaginer et réaliser un projet remarquable, une construction en bois joyeusement décalée dans l?univers bétonné de Saint-Blaise, un espace ouvert de rencontres, de projections, de fêtes de quartier, et un jardin partagé y ont ouvert un espace public singulier.

Dans le quartier Python-Duvernois situé près de l'échangeur de Bagnolet, Sylvie FAYE et son association "Multi'colors" proposent à des enfants, des adolescents en situation de grande précarité ainsi qu?à des personnes âgées touchées par la maladie d'Alzheimer de retrouver un lien avec la nature. A travers des activités artistiques et ludiques, la fabrication de refuges pour animaux sauvages, elle permet à ces personnes qui ont rarement l'occasion de sortir de leur quartier, de devenir des acteurs de la nature en ville.

Les bailleurs sociaux ont mis à disposition des terrains et des moyens pour que ces expériences puissent voir le jour. Je tiens à saluer leur implication croissante en faveur des initiatives locales et innovantes.

Fédérée par la démarche "Nature plus" initiée par la DPVI, la réussite de ces expériences nous encourage à reconnaître le potentiel social, artistique et écologique des délaissés urbains pour le généraliser à l'ensemble des quartiers politique de la ville.

Je tiens à remercier les équipes de la politique de la ville pour leur investissement et pour leur professionnalisme, qui leur permet dans ces territoires difficiles de faire coopérer des habitants, des artistes, des travailleurs sociaux, des éco-éducateurs et les autres services de la Ville de Paris.

Je conclus en évoquant dans la continuité de collaboration entre les espaces verts et la politique de la ville, la volonté partagée avec Gisèle STIEVENARD de développer de nouvelles filières d?insertion dans le domaine des jardins et des espaces naturels parisiens.

Une étude est en cours pour repérer les prestations supports d'insertion, et pour mobiliser tous les acteurs concernés dans la ville, et parmi les structures d'insertion. Elle devrait faire naître de nouveaux emplois pour des personnes en grande précarité, notamment issues des quartiers politique de la ville.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Madame TISSOT, vous avez la parole.

Mme Claude-Annick TISSOT. - Merci, Monsieur le Maire.

Je voudrais compléter ce qui a été dit par mon collègue, et je ferai une remarque sur cette communication, Monsieur le Maire.

Je trouve que le très grand nombre d'imprécisions et de flous lui retire tout intérêt, et à l'appui de cette affirmation je ferai deux observations. La première est que cette communication met l?accent sur le réseau d'environ 400 associations de proximité impliquées dans le dispositif de la politique de la ville sur nos 14 quartiers et qui ?uvrent dans les champs les plus divers tels que la santé, l'emploi, le soutien scolaire, ce dont nous nous félicitons. Toutefois, vous me permettrez de zoomer sur le manque total de bilan sur les actions menées et les subventions octroyées à cet effet.

La communication se limite à un encadré, des portraits d'associations sans d'ailleurs que l'on sache sur quels critères les 4 associations qui y figurent ont été choisies.

Nous pensons que cette communication aurait mérité un descriptif précis, tant budgétaire qu'opérationnel, et je rappelle que jusqu'en 2006, nous étions destinataires d'un rapport de synthèse des subventions votées. Ce rapport n?existe plus. En 2004, Mme de LA GONTRIE nous disait que ce rapport nous serait présenté annuellement pour compléter l?effort de transparence de la Municipalité pour rendre intelligible l?action publique à Paris. Force est de constater qu'il est tombé aux oubliettes depuis cette date.

Nous demandons donc une actualisation sur cinq ans de ce rapport, d'autant que la DPVI, je le rappelle, ne fait pas l'objet, au budget primitif, d'un contrat d'objectifs et de performance au même titre que les autres directions de la collectivité parisienne.

Ceci est la première observation à l'appui de mon affirmation mais j'en ai une seconde.

Je trouve que le rôle de la Préfecture de police est passé aussi à la trappe dans cette communication, et je voudrais rappeler que selon un sondage réalisé auprès des habitants de ces 14 quartiers qui regroupent 330.000 habitants, l?attente majeure de ces populations porte pour 35 % sur la sécurité.

On le voit, la Préfecture de police est un acteur de terrain essentiel en matière de politique de la ville et de prévention de la délinquance aux côtés des associations et de la Ville. Et je rappellerai donc ici un certain nombre de mesures prises dans ce sens.

D'abord, la Préfecture codirige à travers des contrats locaux de sécurité le Conseil de sécurité et de prévention de la délinquance dans 19 arrondissements, ce qui permet une étroite coopération avec les maires d'arrondissement.

Dix psychologues ont été récemment affectés dans les services de la Préfecture, dont six en commissariat, dans les 13e, 15e, 17e, 18e, 19e et 20e, ainsi qu'une intervenante sociale dans le 13e, bientôt rejointe cette année par trois autres dans les 15e, le 18e, et le 20e, dont l'action porte aussi sur l'assistance des victimes, notamment des violences intrafamiliales que sur la prise en charge des auteurs d'infractions.

Depuis plus d'une année maintenant, dans chaque commissariat, ont été créées des Brigades de protection des familles. Dans le cadre de l?action de prévention dans les établissements scolaires, ce sont 25.000 élèves sensibilisés aux dangers de la drogue et 30.000 à la problématique du racket.

Le dispositif "Vie-Vacances" de la Préfecture de police organise aussi 9.000 journées jeunes par an et 30 policiers tous titulaires du B.A.F.A. sont mobilisés chaque été pour encadrer les jeunes de 8 à 16 ans et leur faire partager des valeurs liées au respect d'autrui, à la vie en collectivité et à la citoyenneté.

Enfin, et c'est un dispositif dont je n'ai entendu que des éloges au dernier Conseil d'arrondissement par le maire du 11e, un dispositif a été mis en place par la Préfecture de police pour renforcer la lutte contre les ventes à la sauvette. À Belleville notamment, une Brigade spécialisée de terrain a été mise en place depuis le 17 janvier dernier, composée de 25 fonctionnaires ayant tous reçu une formation spécifique de deux semaines dans le périmètre d'action, et qui se situe au carrefour des 10e, 11e, 19e et 20e arrondissements. Même si la doctrine d?emploi de cette Brigade est de lutter contre toutes les formes de délinquance constatées sur le secteur, une action particulière est menée contre les ventes à la sauvette.

J'ajoute qu'aux puces de Montreuil, là aussi, des mesures ont été prises, à savoir la désignation d'un policier référent, interlocuteur privilégié des représentants des commerçants, le déploiement d'une section de C.R.S. les samedis, dimanches et lundis de 13 heures à 19 heures, et enfin la mise en place d?opérations ponctuelles conjointes avec les services de police judiciaire et des douanes, conjuguées à une action en profondeur sur l?identification des réseaux d'approvisionnement.

Voilà, Monsieur le Maire, pour démontrer mon affirmation selon laquelle, encore une fois, cette communication survolait très rapidement tout ce qui a été fait dans nos quartiers et avait en tout cas fait beaucoup de silence sur l'action de la Préfecture de police notamment.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Madame BRUNO, vous avez la parole.

Mme Catherine BRUNO. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, on ne peut échapper, à la lecture de votre communication, à votre critique récurrente d'une supposée démission de l'État en matière de politique de la ville.

Une démission qui laisserait Paris, à vous lire et à vous écouter, sans réels moyens dans ce domaine.

Une première remarque s'impose : Paris, comme certaines villes de banlieue d'ailleurs, est une ville riche qui perçoit d'importantes ressources propres et d'importantes dotations de l'État.

Je ne pense pas que la situation soit telle dans les 14 quartiers parisiens concernés par la "politique de la ville", que nous ne puissions agir en grande partie par nous-mêmes.

D'autre communes du Grand Paris ou d'autres métropoles françaises sont, elles, relativement plus pauvres et il ne me paraît pas absurde, au nom de la solidarité des territoires, que l'État se préoccupe davantage d?elles.

La seconde remarque, c'est que depuis le retour de la Droite et du Centre au pouvoir en 2002, de nombreuses lois et actions publiques ont vu le jour avec, je vous l'accorde, plus ou moins de succès.

Dès 2003 et 2004, les lois Robien et Borloo lançaient d'importants chantiers de renouvellement urbain.

Je voudrais maintenant souligner notre accord avec quelques-unes des actions de la Ville qui nous paraissent les plus efficaces au sein du catalogue que vous nous avez dressé au travers de cette communication.

Il est évident que les projets d'entrepreneuriat social menés dans ces 14 quartiers permettent de lutter contre la précarité et d'insérer des personnes sans emploi.

Je pense notamment à ceux menés conjointement avec des associations d'insertion renommées et reconnues comme Emmaüs.

De même, l'implication du Département de Paris dans l'aide à une cinquantaine de collèges parisiens parmi ceux accueillant les publics les plus fragilisés est essentielle.

Tout se joue à cet âge, et un jeune qui décroche avant la fin de la classe de troisième a toutes les chances de ne jamais remonter scolairement la pente.

Vous soulignez d'ailleurs que le dispositif de réussite éducative qui s'applique dès l?école primaire, voire maternelle, est mené en partenariat étroit avec l'État et la Caisse d'allocations familiales : voilà qui va dans le bon sens.

Enfin, nous sommes évidemment très attachés au soutien de la Ville à la dynamique associative, notamment par la mise à disposition de moyens aux associations regroupant des bénévoles auxquels je veux rendre hommage pour leur implication et leur dévouement, comme l?a fait avant moi ma collègue Mme BERTRAND.

Je souligne également dans ce domaine associatif le travail remarquable effectué par les 28 centres sociaux déjà aidés par la Ville, et je me réjouis que 6 nouveaux centres de ce type ouvrent prochainement dans 5 des 14 quartiers classés en "politique de la ville".

Il s?agit d'acteurs de proximité qu'il faut encourager et mieux faire connaître aux Parisiens.

Nous souhaiterions quand même que parmi les 400 associations subventionnées dans le cadre de la "politique de la ville", un minimum de contrôle s'exerce sur leurs activités ; les récents déboires de l'association "Macaq Troubadours" étant à même de semer quelque peu le trouble parmi les contribuables parisiens quant au bien-fondé de l'utilisation de leurs impôts.

Je conclurai, Monsieur le Maire, en renouvelant notre adhésion au principe même de la "politique de la ville", qu'elle soit nationale ou locale, notre adhésion à la plupart des dispositifs mis en place à Paris, qu'ils soient ou non aidés par l'État. Souhaitons surtout que la précarité ne soit pas une fatalité pour les Parisiens qui en sont encore les victimes.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.

Mme Marinette BACHE a la parole.

Mme Marinette BACHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Voici désormais dix ans que les Parisiens nous ont confié le devoir de résorber la fracture sociale et économique béante entre l'Est et l'Ouest de notre ville.

Je me félicite donc de ce projet de délibération, symbole de la priorité de notre Municipalité, priorité pour laquelle les efforts ont dû être redoublés du fait de la crise et de la volonté délibérée du Gouvernement d'assécher les finances des collectivités locales, des associations, et de détruire toute solidarité nationale.

Alors que le Gouvernement n'a de cesse de précariser des emplois, la Ville tente de lutter contre cette politique par le développement économique des quartiers populaires, les missions locales, la lutte contre l'insalubrité, la rénovation des commerces locaux, le développement d'outils d'insertion, etc.

Je tiens à saluer l'effort exceptionnel de la Ville contre l?illettrisme. C?est non seulement une des conditions d'accès à l'emploi, mais c'est aussi une condition d?insertion sociale et d?épanouissement personnel. C'est, pour les femmes, la possibilité d'une vie sociale en dehors de leur famille ou d'une communauté donnée. Nous saluons donc l'augmentation de 50 % d'ici 2014 des cours de français.

Bien entendu, au-delà de la lutte contre la précarité et pour l'insertion sociale, existe la question de l'éducation.

Voici 10 ans que notre Municipalité tente de faire de l'égalité des chances une réalité parisienne ; voici 8 ans que l?État détruit les postes qui pourraient le permettre.

Nous sommes attachés à l'école pour tous. Il faut permettre à chacun d?étudier dans les meilleures conditions possibles, faire que ceux qui ne souhaitent pas ou ne peuvent suivre une voie d?excellence ne soient pas laissés sur le bord de la route. Or, c'est l'inverse que fait le Gouvernement en détruisant les moyens de l'enseignement général, en réduisant les filières techniques, allant même jusqu'à supprimer dans la capitale 27 postes pour les R.A.S.E.D.

On marche sur la tête ! Cela n?aura qu?une seule conséquence, accentuer le schisme qu'avait dénoncé le sociologue Emmanuel TODD entre les élites et le peuple.

Nous savons hélas historiquement ce que cela engendre et nous en vivons, ces jours-ci, une illustration.

La Ville, elle, a conscience qu'une des clefs de voûte de l'enseignement pour tous passe par une action directe sur l'environnement familial, car comment apprendre correctement lorsque l?État se soucie comme d'une guigne que les enfants vivent dans un logement exigu ou insalubre ? Lorsque l?instituteur, le professeur, n?a plus le temps, dans les classes surchargées, de finir le programme et de consacrer du temps aux élèves en difficulté ? Lorsqu?on élève seule son enfant et que l?État ne fait rien pour concilier travail et vie familiale ? Lorsque le souci prioritaire des parents est soit de chercher un emploi, soit d'être corvéables à merci afin de le garder ?

Alors, bien sûr, la Ville éradique l?habitat insalubre, rénove les quartiers populaires, construit des milliers de logements sociaux en priorisant mixité sociale et économique, mène une politique sociale de grande ampleur, tant pour les personnes désocialisées, les familles monoparentales, les familles en difficulté que pour les classes dites "moyennes". La Ville dépense un million d'euros pour les collèges, permet par les ateliers bleus et les ateliers de lecture d'élargir l'horizon des petits élèves et tente, par la mise en place des réseaux de voisinage, d?apporter l?aide aux devoirs. Elle facilite au maximum l'insertion sociale.

Mais je tiens à le dire solennellement ici : malgré tous nos efforts, la solidarité locale ne peut se substituer à la solidarité nationale.

Les enfants en échec scolaire, la fin de l?école et des soins pour tous, l'accentuation de la loi du plus fort, ce n?est pas la modernité. Nous ne pouvons plus supporter que l?État détruise jour après jour toutes les solidarités qu?ont créées nos aînés, parfois au prix de lourds sacrifices.

Où cela s'arrêtera-t-il et jusqu'où la Ville pourra-t-elle aller dans son rôle de bouclier social ?

Même si notre Municipalité, sous la houlette exigeante de Gisèle STIEVENARD que je veux saluer ici, fait de la solidarité et de l?emploi une priorité, dans ces tâches si nécessaires, jusqu'où pourrons-nous aller ?

En tout cas, pour l'instant, dans cette politique, elle a droit à tout notre soutien.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Très bien.

La parole est à Mme Léa FILOCHE.

Mme Léa FILOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, la politique de la ville, comme cela a été beaucoup dit dans les interventions précédentes, est un axe majeur de l'intervention municipale dans les quartiers situés principalement aux portes de Paris.

Par nos choix en matière de subventionnement, d'actions importantes pour le vivre ensemble mais aussi par les grands projets de rénovation urbaine, la Ville a permis à 15 % de Parisiens qui vivent dans ces quartiers de voir leur quotidien se modifier très sensiblement.

Le dynamisme porté par les associations de ces quartiers et les services de la Ville présents et investis ont permis à quelque 22.000 jeunes d'être accompagnés par les missions locales, par exemple, à 50 % des chômeurs suivis par les P.L.I. de retourner vers l'emploi, d?ouvrir sept nouveaux centres sociaux et d?en prévoir six nouveaux à venir, de suivre plusieurs centaines d'enfants dans le cadre de la réussite éducative.

La liste serait longue, je ne vais pas la continuer, beaucoup de choses ont été dites, mais les actions menées par la Ville, directement ou au travers des associations, ont une implication très forte.

Le principe de la politique de la ville est un travail diagnostiqué, commun et partagé avec tous les acteurs. Ensemble, nous coordonnons nos actions afin d?augmenter sérieusement les chances de réussite des actions menées.

Ce travail est fait au niveau des arrondissements et l'Hôtel de Ville, par l'intermédiaire de Gisèle STIEVENARD - je me joins à tout ce qui a été dit concernant Gisèle, qui vraiment travaille beaucoup pour cette politique de la ville -, largement disponible et investie pour assurer la visibilité de nos actions.

Mais c'est aujourd'hui une coordination avec l'État qui manque. Certes, l'État a prolongé le C.U.C.S. jusqu'en 2014, mais en ne prenant pas vraiment le temps ni de faire un bilan avec les arrondissements et avec les acteurs concernés, ni de tirer de conclusions sur le plan "Espoir Banlieues", ou de chercher à associer les collectivités sur la construction de futurs nouveaux projets, ou de réfléchir à faire évoluer éventuellement nos actions, nos engagements.

C'est l'État qui cumule des dispositifs incohérents, illisibles, et comme le dit très bien d'ailleurs M. GIANNESINI, dans un objectif très clair : la concentration et le ciblage.

Ces termes ne trompent personne, M. GIANNESINI, c?est bien une restriction financière que cachent ces termes-là, par laquelle l?État aujourd'hui envisage la politique de la ville.

Nous avons donc fait cet exercice de bilan collectif dans le cadre des atouts quartiers en 2010. Nous continuons à travailler en 2011, à nous projeter dans l'avenir et à faire évoluer nos actions, nos engagements ; elles continuent à permettre au vivre ensemble d?être toujours le moteur de notre investissement, tant financier qu'en termes d'actions.

Ainsi, contrairement à ce qui a été indiqué, non seulement le 19e arrondissement n?est pas sous-doté (je suis élue de cet arrondissement, donc je peux intervenir) par rapport à son voisin du 18e, nous ne sommes pas des arrondissements en concurrence, il y a bien une cohérence parisienne, mais en plus il est dynamique avec l'ouverture de nouveaux services par la Ville seule, notamment un centre de santé au rez-de-chaussée de la résidence Michelet. On parlait tout à l?heure du désengagement de l'État au niveau de l?accès à la santé et aux soins, évidemment nous sommes les seuls aujourd'hui à ouvrir un centre de santé dans cet espace.

Une crèche, de nouveau aussi sans l'État, mais aussi des locaux associatifs, rénovés, de qualité, qui viennent se joindre à un centre de planification, à un centre médicosocial pour les enfants.

Tous ces projets sont cohérents, en lien avec le tissu associatif et social et sont travaillés, évalués et développés avec les acteurs du quartier, qui pourraient très bien vous le dire, Monsieur GIANNESINI, si vous alliez les voir.

Malgré les désengagements successifs de l'État, la Ville a continué à investir dans ces quartiers où les jeunes, avenir de notre capitale, représentent près de 30 % des habitants, je vous le rappelle.

Malheureusement, nous constatons, ne serait-ce qu?au niveau du financement des appels à projets, cela a été dit, que l'État ne voit l?avenir que dans une baisse scandaleuse des enveloppes qu?il attribue aux associations : 20 % en 2010, 20 % en 2011 en moins pour toutes les actions, alors que nous constatons malheureusement que les besoins, eux, ne sont pas en baisse.

La Ville tient à ses quartiers politique de la ville, la métropole de l'avenir ne se fera pas sans eux et nous devons être garants que la capitale permette à tous de vivre dans les meilleures conditions possibles.

Nous n'avons pas vocation à nous substituer au désengagement de l'État, je l?ai déjà dit ici, d?autres l?ont dit, mais nous souhaitons de nouveau affirmer, et nous espérons être enfin entendus, que tous les quartiers politique de la ville ont besoin de toutes les forces vives et de tous les moyens conséquent pour résister la pauvreté croissante, au chômage et à la précarité, à l'échec scolaire organisé par le Gouvernement, mais aussi pour continuer à faire tout ce que nous avons d?ores et déjà entrepris et qui est une force pour Paris.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Madame Gisèle STIEVENARD, sous les encouragements de l'Assemblée quasi-unanime, ce qui me fait très plaisir ?

Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe, au nom de la 5e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.

Je remercie l'ensemble des oratrices et orateurs de la Majorité et de l'Opposition.

Mes collègues de la Majorité ont, à juste raison, souligné combien Paris est très réactive depuis 2001, pour apporter du bien-être, des équipements de qualité, du développement économique, urbain et culturel dans les quartiers populaires parisiens.

Nous agissons en effet en impliquant les habitants, le service public parisien et les associations de proximité, avec la ferme volonté de réduire les écarts existant entre les différents quartiers de Paris.

Nous le faisons aussi avec l'État et nous avons un rendez-vous prochain pour dialoguer sur ce qu'il est prêt à faire avec nous jusqu'en 2014 dans nos quartiers.

Un effort de rattrapage a été opéré, depuis 10 ans, qui est bien visible et apprécié par les habitants concernés.

Cependant, mes collègues viennent à juste titre de rappeler combien l'État méconnaît, néglige la souffrance sociale bien réelle vécue dans ces quartiers, dans lesquels se posent des problèmes d'emploi, de pouvoir d'achat, d'éducation, de logement ou de santé. Vous l'avez dit, les uns et les autres.

Or, ces sujets relèvent, pour beaucoup, de l'État et les collectivités locales apparaissent de plus en plus comme un rempart, loin des discours de division tenus au niveau national qui cherchent à dresser les Français les uns contre les autres.

Nous attendons en effet du Gouvernement, au plus haut niveau, qu'il remette la priorité sur ces quartiers, mais, jusqu'ici, il n'a pas pris la mesure des conséquences néfastes de la crise dans ces territoires et des dégâts provoqués par la casse des services publics au plan national.

Je réponds à M. LHOSTIS, qui m'interpellait sur la méthode pour lui rappeler tout de même, et il le sait, que nous avons dans le courant de l'année 2010 organisé 10 rencontres de quartier, dont une fort réussie dans le 10e arrondissement et une réunion parisienne à la Maison des Métallos, où nous étions 400.

Toutes ces rencontres, organisées dans les huit arrondissements concernés par la politique de la ville, ont très largement inspiré notre communication d'aujourd'hui. Je lui rappelle aussi que les grands axes forts de notre politique sont ensuite déclinés dans des projets de territoire, quartier par quartier.

Donc, nous avons le souci de la proximité en permanence.

Certes oui, traditionnellement, les communications du Maire de Paris ne sont pas présentées devant les Conseils d'arrondissement. Pour autant, le travail d'échanges, de dialogue, très nourri a bien été conduit.

La Ville, vous l'avez compris, est bien déterminée à amplifier ses actions dans les quartiers. Vous l'avez relevé, en ce qui concerne l'insertion professionnelle, et il y aura le 31 mars, un forum "Diversité premier emploi" à la Cité des métiers, comme chaque année qui en est une illustration.

Bien sûr, nous voulons mettre l'accent sur l'apprentissage du français et la lutte contre l'illettrisme, favoriser la réussite éducative, généraliser la démarche "Nature plus", comme l?a indiqué Fabienne GIBOUDEAUX pour tous les quartiers, rénover les commerces de proximité, développer la convivialité, l'entraide de voisinage, avec l'expérimentation inédite et originale des accorderies pour des échanges de services entre les habitants.

Assurément, nos quartiers ont de réels atouts à faire valoir. Ils sont une ressource, un vivier pour la ville toute entière, et ils sont placés au c?ur de la métropole, comme cela a été dit.

Je répondrai rapidement à nos collègues de Droite, dont j'ai perçu quelques nuances dans l'expression. D'abord, M. GIANNESINI joue le petit télégraphiste du Gouvernement et nous dit : Dormez tranquilles, tout va bien !

Non, Monsieur GIANNESINI, tout ne va pas bien. Je prendrai un seul exemple, celui de l'éducation. En effet, quand on constate les fermetures de classes, les suppressions de postes dans les réseaux d'aide aux enfants en difficulté, que l'on fait sauter le verrou de la carte scolaire, cela ne va pas, et les quartiers en souffrent.

Mme BERTRAND s'est faite l'interprète de M. Maurice LEROY, qui décide avec une très grande humilité de tenter quelques expérimentations dans 33 quartiers sur 2.200. Il faut dire que le budget national de la politique de la ville, le budget de l'Agence nationale pour la Cohésion sociale et l'Egalité des chances, celui de l'A.N.R.U. ont fondu, ont été rognés, contrairement à ce que vous dites à Droite.

Mme TISSOT a oublié de dire que nous mettons à disposition des travailleurs sociaux dans les commissariats de police, cela lui a échappé.

Je réponds à la critique consistant à dire qu?il n'y a pas de transparence, pas d'évaluation de la politique de la ville. Je vous renvoie à une déclaration du directeur général de l'ACSE, M. Rémi FRENTZ, magistrat de la Cour des comptes, qui affirme que la politique de la ville est l'une des politiques les plus analysées et contrôlées dans le pays.

Je tiens à votre disposition trois documents très fournis sur l'évaluation du Contrat urbain de cohésion sociale sur l'Observatoire des quartiers, dont les indicateurs de l'A.P.U.R. qui ont été actualisés en 2010, et le bleu budgétaire produit chaque année. Bref, nous sommes parfaitement transparents sur l'ensemble de ces sujets.

Donc, je dis simplement à mes collègues de Droite, laissez tomber les ?illères, soyez lucides : les fractures sociales sont hélas bien présentes dans la société d'aujourd'hui, une société éclatée, dans laquelle le pessimisme, la désespérance n'ont jamais atteint de tels sommets.

Alors, faites preuve d'audace. Refusez l'inacceptable de cette société fragmentée, atomisée, précarisée. A nos yeux, le rebond républicain viendra de la capacité à faire vivre et prospérer la cohésion sociale dans ces quartiers.

Pour ma part, j'ai l'intime conviction que la République a un rendez-vous avec l'histoire dans ces quartiers, en termes d'égalité des chances et de fraternité. Je souhaite sincèrement que l'Etat en soit conscient.

C'est un défi à relever, qui ne s'embarrasse pas de vaines polémiques et qui est à notre portée, pourvu qu'on le veuille vraiment, dans la durée. Sinon, je crains la montée des périls dans une société inquiète, dans un monde profondément instable, avec des gens qui sont en quête de repères et de sens.

Enfin, j'attire votre attention sur le fait que nous avons de nombreuses délibérations inscrites à cette séance, qui concernent notre action concrète dans ces quartiers. Depuis le début de l'année, plus d'un million d'euros de subventions ont été présentés au vote du Conseil de Paris.

En conclusion, je remercie d'abord les maires d'arrondissement et leurs adjoints, pour leur forte implication et pour l'attention qu'ils portent à la politique de la ville, et l'intervention de Mme CALANDRA en était l'illustration vivante.

Je voudrais de même remercier les nombreux adjoints au Maire de Paris qui m'apportent leur concours actif, au premier rang desquels je citerai Anne HIDALGO, pour le renouvellement urbain intense qu'elle conduit dans nos quartiers.

Je salue aussi les nombreuses directions de la Ville et du Département, ainsi que le Secrétariat général qui déploient beaucoup d'énergie et de projets dans nos quartiers. C'est-à-dire que nous travaillons véritablement en transversal.

Enfin, j'adresse un message appuyé de remerciement aux équipes de la Délégation politique de la ville et intégration, et à notre délégué général, M. Claude LANVERS, qui est parmi nous, dont les qualités professionnelles sont reconnues et appréciées à Paris mais aussi bien au-delà.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Gisèle, y compris d'avoir montré à quel point ce sujet implique tout le monde, est transversal et exige beaucoup de compétences et de motivation.

Gisèle STIEVENARD a cité beaucoup, les adjoints, les équipes d'arrondissement, les collaborateurs.

J'ajouterai que c'est une chance pour Paris d'avoir eu deux adjointes, Martine DURLACH dans la première mandature et Gisèle STIEVENARD dans la deuxième, extrêmement motivées par ces sujets.

Je l'éprouve, je le ressens et donc je crois que la question est l'unité de la société. C'est pour cela que j'ai commencé mon intervention tout à l'heure là-dessus. Gisèle STIEVENARD a eu raison de dire que, dans la crise que nous vivons, qui a des aspects divers, ou on casse, ou on divise, ou on essaye de rassembler et on ne peut rassembler que par l'esprit de justice, et dans l'esprit de justice notamment la justice sociale.

C'est pourquoi, même si je trouvais certaines des critiques d'Alain LHOSTIS, un peu sévères peut-être, je serais assez intéressé par une de ses propositions. C'est un grand moment qui serait dédié à tous les acteurs de la politique de la ville, ici à l'Hôtel de Ville, chez eux, et où nous pourrions unir dans une même détermination les acteurs les plus divers, d'ailleurs que Gisèle STIEVENARD a cité tout à l'heure, les associations dédiées à ce mouvement d'unité de Paris par la justice sociale, notamment par la justice territoriale.

Voilà, mes chers collègues, ce que je voulais dire en conclusion.

Nous passons au sujet suivant.