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4 - 2011, Condoléances suite à la disparition de M. Gantier, ancien conseiller de Paris et ancien adjoint au Maire de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2011



 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, nous avons appris avec tristesse la disparition, le 16 février 2011, de Gilbert Gantier. Son nom et son souvenir restent avant tout attachés au 16e arrondissement, dont il fut élu pour la première fois en 1971. Gilbert Gantier fut par ailleurs adjoint au Maire de Paris, chargé de la propreté de 1977 à 1983, puis des transports et de la voirie de 1983 à 1989.

(Les Conseillers se lèvent).

Il fut élu à huit reprises à l'Assemblée nationale où il siégea pendant vingt-neuf ans. Gilbert Gantier mena parallèlement une carrière dans le secteur privé et fut notamment secrétaire général de la Chambre syndicale du raffinage du pétrole. Il enseigna également à l'Institut d'études politiques de 1965 à 1971 en qualité de maître de conférences.

Ses obsèques ont été célébrées en l'église Saint-Vincent dans le Département des Pyrénées-Atlantiques. Au nom du Conseil de Paris et en mon nom personnel, je veux exprimer à sa famille et à ses proches les condoléances de notre Assemblée.

(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).

Je suggère qu'on laisse le temps à M. l'Ambassadeur du Japon de sortir.

Deux conseillers m?ont demandé de dire quelques mots à propos de Gilbert Gantier. J'attends simplement quelques instants.

Monsieur POZZO di BORGO ?

M. Yves POZZO di BORGO. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, Gilbert Gantier était un homme de conviction, habité par une profonde créativité, avant tout soucieux de ses responsabilités familiales et du bien commun. Proche du centre démocrate et d?Alfred Coste-Floret, ancien MRP, il convainquit, aux lendemains des événements de Mai le général Paul Stehlin de se présenter aux élections législatives dans le 16e arrondissement, lui-même devenant son suppléant.

En 1971, il fut élu, toujours à son initiative, conseiller de Paris sur la liste du Professeur Lépine, incarnant la tradition centriste dans cet arrondissement. Devenu député en 1975 après la mort du général Stehlin, il devait siéger au groupe de l'U.D.F. à l'Assemblée nationale.

En 2007, en compagnie de Geneviève BERTRAND et de moi-même, il co-fondait le groupe Nouveau Centre, dont est issu notre groupe Centre et Indépendants. Ainsi, il reflétait à lui tout seul l'esprit de l'U.D.F. tel qu?il avait été conçu par Valéry Giscard d?Estaing et Jean Lecanuet, qui tous deux l'appréciaient.

Mais peu importent les sigles, Gilbert Gantier était tout sauf un homme d'appareil, un élu parisien au service de ses concitoyens qui le lui rendirent bien, puisqu'il fut réélu huit fois à l'Assemblée nationale, dont trois fois meilleur élu de France avec des scores dépassant les 70 % des voix.

Pourtant, son siège était convoité et par deux fois, il dut affronter ses propres amis politiques dans sa circonscription. Il leur avait pardonné, sachant qu'il s'agit d'une loi intangible de la vie politique, et il avait eu l'intelligence de préparer sa succession et de choisir lui-même son candidat en la personne de notre collègue Bernard DEBRÉ qui va me succéder.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Monsieur Bernard DEBRÉ, vous avez la parole.

M. Bernard DEBRÉ. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, j'ai eu l'honneur, et j'ai l'honneur de saluer la mémoire de notre ancien collègue Gilbert Gantier, disparu le 16 février dernier.

Gilbert était un ami que je voyais régulièrement, un peu moins ces derniers temps, du fait de sa maladie. Dans le 16e arrondissement ou vers Cochin nous nous rencontrions fréquemment. Nous aimions passer du temps ensemble, discuter et échanger nos points de vue qui souvent étaient convergents.

Il était venu me voir en 2003 pour me faire part de son souhait de démissionner, fait rare dans les annales politiques, car il n'y était pas contraint par d'autres circonstances que sa seule volonté et le souhait de passer le relais. Parisien depuis toujours, Gilbert était né dans le 13e arrondissement le 28 novembre 1924. Ses études furent brillantes. Après avoir obtenu son baccalauréat à Henri IV, Gilbert avait fait une année de prépa à Louis le Grand, puis passé quelques années dans les facultés de lettres et de droit à Paris, et à Harvard, où il côtoya Henry Kissinger. Diplômé de Sciences Po, il devient journaliste à la Libération et fit une première carrière dans le pétrole.

Candidat aux législatives de 1968 puis de 1973 comme suppléant du général Stehlin, c'est en 1975 que commence vraiment sa carrière politique nationale.

Pour préparer cet hommage, comme en 2004, quand il m'avait offert cet adieu à la politique, je me suis à nouveau plongé avec délices dans "30 années au Palais Bourbon", ce livre qui commence par une émouvante dédicace à son épouse Irène.

Je salue ici ses enfants et toute sa famille. Sa carrière a commencé par : "Cela ne va pas être commode", et pour cause? Gilbert n'avait pas du tout prévu d'être ainsi officiellement nommé, à la suite du décès du général Paul Stehlin, ancien chef d'état-major de l?armée et député du 16e arrondissement.

Comme il le disait si bien, une nomination de député en plein milieu d'une législature ressemble un peu à un changement d?école en cours d'année pour un enfant.

C'est avec un complet désintéressement que Gilbert est entré dans la carrière politique. Il a alors démissionné de ses fonctions, et largement diminué ses revenus comme il le racontait avec humour, ceci par fidélité envers celui dont il était le suppléant.

Fidélité, voici un terme qui qualifie bien Gilbert Gantier. Septième de la liste du Pr Lépine "Liberté de Paris" en 1971, il devint alors conseiller de Paris. Mais à cette époque, le Conseil de Paris était composé de 90 conseillers soumis au statut préfectoral qui ne laissait qu'une vingtaine de compétences d'attributions, un peu comme les maires d'arrondissement de nos jours.

L'un des premiers combats de cette liste sera la création d'un maire de Paris, fonction qui n'avait existé que sous la Révolution et connu de brèves apparitions sous les IIe et IIIe Républiques.

En 1975, Gilbert devenait donc député au cours de la deuxième session du mois d'octobre. Il faut vous raconter cette anecdote que certains ne connaissent pas. La première proposition de loi rédigée par Gilbert Gantier portait sur la réforme du Code pénal pour aggraver les sanctions en cas de prises d'otages, qui se multipliaient alors. Le jour de son dépôt sur le bureau de l'Assemblée nationale, en 1975, un braquage avait eu lieu dans une agence bancaire du 7e arrondissement avec prise d'otages. Dans la soirée, la voiture des gangsters en fuite percuta celle de Gilbert, qui venait de quitter la séance. Il ne fut pas blessé, mais un bandit fut tué, le deuxième ceinturé, et les deux femmes otages réconfortées, comme quoi on peut avoir parfois un résultat immédiat quand on dépose une proposition de loi.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur le député, j'apprécie beaucoup l'hommage que vous rendez à M. Gantier. Si vous voulez bien le faire selon nos habitudes.

M. Bernard DEBRÉ. - Je voudrais dire ici qu?il a toujours été honnête et d'une grande discrétion. Il a conduit plusieurs fois des listes. Il était opposé à Jacques Chirac, puis s?est rallié comme conseiller de Paris et adjoint au Maire.

Je voudrais simplement lui dire qu'il nous manque ; nous le regrettons, et nous saluons ici sa famille.