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22 - 2011, V - Question d'actualité posée par le groupe E.E.L.V.A. à M. le Préfet de police relative aux mesures de sécurité en cas de situation d'urgence radiologique à Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2011



 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question de Sylvain GAREL pour le groupe "Europe Écologie - Les Verts".

M. Sylvain GAREL. - Merci, Monsieur le Maire.

C'est une question d'actualité à M. le Préfet de police sur les mesures de sécurité en cas de situation d'urgence radiologique à Paris.

Aujourd'hui encore, les réacteurs de Fukushima Dashi continuent de rejeter des éléments radioactifs dans l'environnement. Cette pollution est pour l?heure encore principalement locale et touche de manière dramatique les abords de la centrale.

Cependant, des doses radioactives non négligeables ont été détectées bien au-delà du périmètre de sécurité prévu initialement. En deux jours, la population a été évacuée sur trois kilomètres, puis dix kilomètres, puis vingt kilomètres autour de la centrale, là où les Etats-Unis préconisent une évacuation de quatre-vingt kilomètres autour d'un réacteur endommagé.

Rappelons que la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine a fortement contaminé une vaste zone rendue inhabitable, y compris à plusieurs centaines de kilomètres de la centrale, notamment en Biélorussie, le pays voisin.

Au Japon, ce sont plus de 100.000 personnes qui ont été évacuées, sans garantie de retour chez elle, le territoire étant certainement contaminé pour plusieurs dizaines d'années, voire même plusieurs dizaines de milliers d'années dans le cas d?une contamination au plutonium 239.

En effet, la situation du réacteur n° 3 nous fait craindre le pire. Il est particulièrement fragilisé et contient du combustible Mox, un mélange d?uranium appauvri et de plutonium, élément radioactif particulièrement nocif, vendu par la France au Japon.

La radioactivité menace directement les activités économiques de la région qui vit principalement de l'agriculture et de la pêche. Les conséquences de l?accident de Fukushima se sont étendues jusqu'à Tokyo, où l'eau du robinet a présenté un taux de radioactivité supérieur aux limites admises pour les nourrissons. De nombreux Tokyoïtes ont d?ores et déjà quitté la ville ou envisagent de le faire. Je rappelle que 35 millions de personnes vivent dans le grand Tokyo.

Même en France, où pourtant les retombées radioactives sont pour l?instant négligeables, mais sans doute plus élevées que ce que l?on veut bien nous dire, les mensonges de Tchernobyl ont laissé des traces et la population doute des informations officielles et exprime son inquiétude, d'autant plus que, jusqu'à aujourd'hui, les mesures effectuées n?ont pas encore été rendues publiques.

L'accident dramatique de Fukushima démontre clairement à quel point les risques liés au nucléaire sont sous-estimés et combien les mesures de sécurité se sont révélées inadaptées.

En France, la situation n'est pas meilleure puisque les plans particuliers d'intervention, qui sont des plans de secours spécifiques à chaque installation nucléaire, ne concernent qu'un périmètre de 10 kilomètres autour des centrales.

En dehors de cette zone, les habitants ne sont absolument pas informés des risques liés au nucléaire et n?ont aucune information sur la conduite à tenir en cas d?accident.

Le cas de la centrale de Nogent-sur-Seine est particulier. Situé en lisière du département de l?Aube, à 100 kilomètres de Paris, le plan particulier d'intervention de cette centrale inclut des communes du département voisin, la Seine-et-Marne, mais rien n'est prévu pour notre ville où aucun document sur les risques majeurs ne cite le risque nucléaire.

En tant que Préfet de police, Préfet de zone de défense et de sécurité de Paris, vous êtes responsable pour Paris de la gestion des risques majeurs et des situations d'urgence radiologique, mais également de l'activation des dispositifs de secours.

Prévoyez-vous de compléter le dossier départemental des risques majeurs de Paris, pour y inclure un volet concernant le risque nucléaire ?

Pouvez-vous informer les élus parisiens et les élues parisiennes sur le risque nucléaire encouru par les habitants de l'agglomération parisienne, ainsi que sur les dispositifs de secours prévus en cas d'accident nucléaire grave, survenant dans une centrale proche de l'Ile-de-France, telle que celle de Nogent-sur-Seine ?

Pouvez-vous informer les élus parisiens et les élues parisiennes du niveau des mesures radiologiques effectuées jusqu?à aujourd'hui à Paris et de la manière dont la population sera informée en temps réel de la situation radiologique du territoire dans les semaines, les mois et les années à venir ?

Merci.

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci.

Monsieur le Préfet de police ?

Je vous demande de baisser vos affiches, nous allons entendre la réponse.

Monsieur GAREL, vous avez posé une question, maintenant, écoutez la réponse.

S'il vous plaît, Monsieur DESTREM, laissez parler M. le Préfet de police.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les conseillers.

Cette fois - aujourd'hui, c'est vraiment l'éventail complet c?est en qualité de Préfet de zone que je vais vous répondre, Monsieur GAREL. Vraiment, j'ai l'impression d'être dans une situation de toute-puissance !

A l'instar des autorités nationales, la Préfecture de zone de défense d'Ile-de-France suit en temps réel la situation liée à l'accident nucléaire de Fukushima afin de délivrer au public une information et une analyse aussi précises que possible.

Les plus hautes autorités de l'État ont d'ores et déjà annoncé que tous les enseignements seraient tirés de ce qui se passe actuellement au Japon, une fois la situation stabilisée et les enchaînements parfaitement décryptés.

Un exemple de cette vigilance quotidienne : l'opérateur Aéroports de Paris a mis en place un mécanisme de contrôle de la radioactivité des aéronefs, en provenance de la zone, afin de détecter tout écart qui serait anormal par rapport à la radioactivité ambiante habituelle. A cette heure, et c?est heureux, aucune anomalie n'a été détectée.

Aucune centrale nucléaire n'est implantée en Ile-de-France. Le risque nucléaire à Paris n'est donc pas un risque de voisinage, mais un risque potentiel qui serait lié à l'arrivée d'un nuage radioactif non dilué, suite à un accident sur une centrale nucléaire française ou européenne.

Deux périmètres de l?Essonne et des Hauts-de-Seine sont cependant classés en zone sensible, dans la mesure où le C.E.A. possède des installations utilisant de l'uranium enrichi en toute petite quantité à Saclay et à Fontenay-aux-Roses.

Le risque nucléaire est d'abord pris en charge par un dispositif national composé de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, l?I.R.S.N., et de l'Agence de sûreté nucléaire, l?A.S.N., dont on entend - et c?est heureux - beaucoup parler actuellement, totalement indépendant des opérateurs nucléaires.

Ces institutions appliquent le principe de transparence, s'agissant de la mesure des niveaux de radioactivité. Ainsi, un réseau de 170 capteurs, dont 18 installés en Ile-de-France, mesure en continu le niveau de radioactivité dans l'atmosphère.

Ces données, comme vous le souhaitez, sont disponibles en permanence sur le site Internet de l'I.R.S.N., la presse s'en fait d'ailleurs l'écho, elle l'a fait à plusieurs reprises (on le comprend, ces derniers jours) et cela vaudra naturellement pour les semaines et les mois à venir.

Seules des traces infinitésimales de radioactivité, liées à l'accident japonais, ont été à ce jour trouvées.

La surveillance du niveau de radioactivité est un objectif présent dans nos actions. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle - j'insiste sur ce point -, tout à fait indépendamment de ce qui se passe au Japon, une expérimentation de recours au vecteur "dirigeable" a été faite dans le ciel parisien la semaine dernière, pour mieux détecter les niveaux de radioactivité anormaux, en tenant compte des différentiels de radioactivité ambiante.

En cas d'accident très grave et d'échec des dispositifs de sécurité redondants déployés par les exploitants, le risque principal pour les habitants de la capitale consisterait dans la contamination interne par voie respiratoire d'éléments radioactifs, sous forme de gaz ou d'aérosols.

Dans cette hypothèse, les deux mesures les plus pertinentes consisteraient, d'une part, dans le confinement des personnes pour réduire le risque d'inhalation des iodes nocifs et, d'autre part, dans la prise préventive d'iode stable au moment de l'alerte ou particulièrement chez certains publics pour limiter l'impact sanitaire à long terme.

L'activation immédiate des moyens d'information et de communication serait la meilleure manière de rendre le confinement rapide et effectif et, pour les pastilles d'iode, le Code de la Santé publique prévoit leur distribution à titre préventif auprès des populations, dans un périmètre de 10 kilomètres autour des centrales, et sur décision gouvernementale expresse au-delà.

Des plans départementaux prévoyant la constitution et le prépositionnement de réserves dans les pharmacies, les armées et les officines ont déjà été élaborés par les D.D.A.S.S. et sont désormais à la charge de l?A.R.S.

Une circulaire Santé-Intérieur, qui était en préparation, prévoit d'inclure ces plans révisés dans un volet du plan d'organisation des secours "Orsec", national et départemental.

Pour votre information, je dois préciser que, sur les 87 millions de doses disponibles au niveau national et qui seront très prochainement portées à 110 millions, 13,6 millions sont prépositionnées au sein de la zone de défense Ile-de-France sous la responsabilité de l?E.P.R.U.S., l?établissement public de réponse aux urgences sanitaires.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet.

Est-ce que Myriam veut rajouter quelque chose, brièvement ?

Mme Myriam EL KHOMRI, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Préfet, la question de la sûreté nucléaire ne doit pas être un tabou en France, particulièrement depuis le drame japonais.

Ce que ce drame nous montre, c?est que le risque d'une catastrophe nucléaire majeure est actuel et non hypothétique. Il est donc aujourd'hui du devoir le plus absolu de l'État d'anticiper ce risque.

Malheureusement adossés au drame japonais, nous serons particulièrement vigilants à l'évaluation réelle et indépendante du risque et à la mise en place d'un véritable plan de gestion de crise (vous en avez cité quelques éléments) qui organiserait les secours, l'information et éventuellement l'évacuation des populations.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Un mot rapide ?

M. Sylvain GAREL. - Tout d'abord, merci pour ces précisions, bien que vous ayez très peu parlé de la centrale de Nogent-sur-Seine et des conséquences éventuelles d'un accident qui serait dramatique pour la région parisienne.

Vous dites que tous les enseignements vont être tirés, mais lorsque l?on voit les conséquences de l'accident de Fukushima, les conséquences humaines, mais aussi les conséquences financières, qui vont être absolument gigantesques (je vous rappelle qu'on estime les conséquences de Tchernobyl à 1.000 milliards de dollars, là ce sont quatre réacteurs, vous pouvez peut-être multiplier cela par quatre ou cinq), des terres stérilisées pendant des milliers d?années, voire des dizaines de milliers d'années s'il y a du plutonium.

La seule conclusion à tirer de cela, c?est la sortie la plus rapide possible du nucléaire.

Nous proposons de le faire en l'espace d'une génération, en arrêtant immédiatement les centrales les plus anciennes et en particulier la plus vieille d'entre elles, celles de Fessenheim qui a été construite malheureusement sur une faille sismique, et en arrêtant la construction de l'E.P.R. de Penly, qui va nous relancer pendant des dizaines d'années dans le nucléaire.

Il faudra absolument faire cela très rapidement. J'espère en tout cas que, dès 2012, ces décisions seront prises et que nous pourrons léguer à nos enfants ou à nos petits-enfants une terre où la terreur nucléaire ne sera plus une menace pour eux.

Merci.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur GAREL, la question, telle que vous l?avez posée, était tout à fait de notre responsabilité : la sécurité des Parisiens. C'est ainsi que le Préfet de police a répondu. Vous avez raison, la centrale de Nogent-sur-Seine est bien en Ile-de-France.

En revanche, ce que vous venez de dire en rebond, qui est tout à fait un sujet sérieux : sortir ou ne pas sortir du nucléaire ? C'est un débat national qui dépasse de loin le nombril des Parisiens. Il faut qu'il soit mené dans le pays, mais certainement pas seulement au niveau d'un Conseil municipal ou de la Préfecture de police.