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Fevrier 2011
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86 - 2011, Vœu déposé par le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés relatif à un soutien au peuple tunisien. Vœu déposé par le groupe Communiste et élus du Parti de gauche relatif à la révolution de Jasmin en Tunisie. Vœu déposé par le groupe E.E.L.V.A. relatif à la dénomination d’un lieu parisien en hommage à Mohamed Bouazizi. Vœu déposé par le groupe Communiste et élus du Parti de gauche relatif à la dénomination d’un lieu parisien en hommage à Mohamed Bouazizi.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2011



 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, d?abord merci à tous les présidents de groupe d?avoir accepté que, entre le rendez-vous - tout à l?heure, j?allais remettre un prix à Lilian THURAM avec le Recteur de Paris -, je puisse être présent au moment où on vote mon débat et où on vote quatre v?ux importants.

Donc, il s?agit d?un v?u proposé par le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés, le v?u n°88.

Il y a deux v?ux du groupe Communiste et élus du Parti de gauche, les v?ux nos 89 et 91, et un v?u du groupe E.E.L.V.A., le v?u n° 90.

Je vais donner la parole pour une minute à chacun des auteurs de v?ux, puis à M. SCHAPIRA et je crois qu?il y aura une explication de vote.

D?abord, Pascal CHERKI. Où est Pascal ?

Hermano SANCHES RUIVO ? Vous avez changé depuis? !

M. Hermano SANCHES RUIVO. - Légèrement, Monsieur le Maire !

M. LE MAIRE DE PARIS. - C?est au nom de la Révolution des ?illets, peut-être ?

M. Hermano SANCHES RUIVO. - Exactement !

Laissez-moi vous parler de cette belle révolution : la Révolution de Jasmin.

Par une révolution politique et sociale exemplaire, le peuple tunisien, et en premier lieu sa jeunesse, a su s?émanciper de la tutelle que lui faisait subir le régime dictatorial de Zine el-Abidine BEN ALI depuis de trop longues années. A la privation de liberté, au chômage, aux inégalités sociales et à la corruption, le peuple tunisien a préféré la démocratie et le progrès, montrant par là assurément le chemin aux autres peuples de la région.

Nous ne pouvons que saluer le courage et la détermination du peuple tunisien, de ses forces démocratiques et progressistes, de l?U.G.T.T., sa centrale syndicale, et de ses mouvements de défense des droits de l?Homme. Plus que jamais, tout doit être fait pour garantir aux Tunisiens les libertés et la transition démocratique et sociale pour lesquelles ils ont lutté.

Le Gouvernement français n?aura pas été à la hauteur de cet enjeu historique, allant jusqu?à donner le sentiment de soutenir le régime de BEN ALI et de renvoyer dos à dos celui-ci et le peuple manifestant pour sa liberté.

La Révolution de Jasmin mérite mieux.

Monsieur le Maire, voilà pourquoi nous émettons le v?u que la Ville de Paris :

- apporte, par une adresse solennelle au peuple tunisien, la solidarité de tous les Parisiens et le témoignage de leur grande admiration devant la révolution pacifique qu?il conduit ;

- renforce son action de coopération internationale en direction des villes tunisiennes pour accompagner le changement en matière de gouvernance locale.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Monsieur Ian BROSSAT, vous avez la parole.

M. Ian BROSSAT. - Merci, Monsieur le Maire.

Tout le monde a effectivement en tête la révolution survenue en Tunisie, porteuse à la fois de valeurs de justice sociale et de valeurs de liberté, de démocratie. Liberté et démocratie dont le peuple tunisien avait été privé au cours des dernières années.

Le moins que l?on puisse dire, c?est que le gouvernement français s?est comporté d?une manière scandaleuse pendant toute cette période, scandaleuse absolument, et vous le savez aussi bien que moi.

Nous voudrions précisément que notre ville, que la Ville de Paris se montre exemplaire. C?est la raison pour laquelle nous avons déposé deux v?ux :

- le premier pour que notre ville témoigne de sa solidarité au peuple tunisien ;

- le second pour que nous attribuions le nom d?une rue ou d?une place à Mohamed Bouazizi, ce jeune homme qui s?est immolé. Cet événement, vous le savez, a été un des événements déclencheurs de la révolution survenue en Tunisie.

Ce serait une belle manière de témoigner notre solidarité.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Yves CONTASSOT.

M. Yves CONTASSOT. - Merci, Monsieur le Maire.

Effectivement, Mohamed Bouazizi restera sans doute dans l?Histoire, comme d?autres sont restés, même s?ils n?ont pas été les seuls, évidemment, et loin de là, à être à l?origine de cette révolution. Il n?empêche qu?il restera comme un beau symbole, ayant payé de sa vie une situation absolument inadmissible, insupportable. Hélas, je dirais qu?il a fallu qu?il y ait d?autres morts avant que la situation n?évolue favorablement en Tunisie. On voit qu?en Egypte, il faut, malheureusement, des événements tragiques, là encore, pour permettre des transitions démocratiques permettant la justice sociale.

Alors, notre proposition, effectivement, rejoint d?autres qui pensent qu?une personnalité comme Mohamed Bouazizi mérite que la Ville de Paris lui rende hommage sur une place, une rue, un bâtiment. Il faudra voir la meilleure façon de le faire, en lien probablement avec à la fois sa famille et les mouvements qui ont participé à l?émancipation et à la libération de la Tunisie, pour qu?un véritable hommage solennel puisse lui être rendu.

Merci.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Au nom de l?Exécutif, la parole est à M. Pierre SCHAPIRA.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint. - Oui, Monsieur le Maire.

Rapidement parce que  beaucoup de choses ont été dites et dites justement.

Sur les deux premiers v?ux concernant le soutien au peuple tunisien, bien évidemment, l?Exécutif municipal y est tout à fait favorable. Nous avons été choqués par les réactions des forces de police dirigées par l?ancien régime, qui ont usé de la force, ont tué des manifestants, souvent très jeunes.

J?ajoute, parce que beaucoup de choses ont été dites, que sur la coopération avec les villes tunisiennes, sachez que, par l?intermédiaire de l?Association Internationale des Maires Francophones, la Ville de Paris a eu évidemment des liens avec les villes tunisiennes. Nous avons eu un certain nombre de coopérations mais extrêmement faibles, car souvent les maires tunisiens n?obtenaient pas les visas pour venir travailler avec nous.

Sachez que, dans nos organisations des associations internationales, nous faisons souvent le point sur nos relations avec les différents pays. Cela s?appelle des assises de la coopération décentralisée.

Avec la Tunisie, ces assises n?ont pas eu lieu depuis 16 ans, ce qui est absolument absurde parce qu?avec les autres pays, c?est tous les deux ou trois ans.

Je veux dire qu?il y a une volonté, évidemment, de pouvoir renouer avec les villes tunisiennes, de manière que nous puissions retravailler ensemble et nous répondrons, bien évidemment, puisque c?est la façon dont nous gérons la coopération décentralisée, à toutes les demandes des villes tunisiennes avec lesquelles nous sommes en partenariat.

Concernant Mohamed Bouazizi, puisque je réponds aux deux v?ux, je crois que tout a été dit : il symbolise un combat. Je pense que ce geste ultime, il ne pouvait pas imaginer, lui, ce que cela entraînerait, mais ce geste ultime a été un moment extrêmement important pour les Tunisiens mais je crois aussi dans la région toute entière.

L?Exécutif municipal ne peut que s?associer à ces deux v?ux et nous verrons les moyens appropriés pour rendre hommage à ce résistant.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

J?ai une demande d?explication de vote de M. LELLOUCHE.

M. Pierre LELLOUCHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, comme le Maire de Paris, j?ai quelques attaches affectives avec ce pays, ami de la France, qu?est la Tunisie. J?ai donc l?honneur de présenter, au nom de mon groupe, les explications de vote sur ces v?ux n° 88, n° 89 et n° 90 que nous avons étudiés avec beaucoup d?attention, qui sont respectables dans leur intention.

Permettez-moi de vous dire d?abord que je voudrais évacuer de notre débat, si c?est possible, tout esprit de polémique politique ; j?ai vu des attaques contre le Gouvernement : je laisse le soin à chacun de se livrer à ce genre d?exercice. Je ne polémiquerai pas, ni sur l?attitude de tel ou tel parti, ni sur les internationales, ce n?est pas mon sujet.

Ce que je veux dire ici, c?est que nous tenons, élus de l?opposition parisienne, à saluer la mémoire de cet homme qui s?est immolé et qui a symbolisé l?esprit de liberté. Il serait bon que la Ville lui fasse un hommage - je ne sais pas si c?est sous la forme d?une rue. Il n?y a pas de rue Jan Palach et pourtant, il a tout déclenché en Europe de l?Est, mais sur le principe d?un hommage, bien entendu, nous soutiendrons.

Sur le fond, je voudrais simplement dire ceci : nous saluons le courage, la dignité et la maturité du peuple tunisien depuis le début de cette révolution, essentiellement pacifique depuis le 14 janvier. Nous souhaitons une démocratie durable dans ce pays, et nous souhaitons que l?esprit de tolérance, de responsabilité qui a toujours été celui de la Tunisie depuis son indépendance, quels que soient les présidents successifs, et profitant de l?existence de réformes dans ce pays, quoi qu?on en dise, notamment de libération de la femme, de l?éducation, de l?existence d?une classe moyenne, amène ce pays à une transition démocratique dans la paix.

Quant à nous, Français, il me semble indispensable, au-delà des querelles politiques que l?on peut comprendre, justifier non, mais comprendre, certainement, je voudrais dire que notre rôle est d?accompagner cette transition démocratique.

Nous l?avons fait, nous le faisons. En tant que responsable du commerce extérieur, j?ai demandé à nos entreprises? Nous avons 1.200 entreprises en Tunisie. 100.000 personnes vivent de la présence française en Tunisie. Que ces entreprises restent. Que nous accompagnions le mouvement démocratique. Je sais, Monsieur le Maire, que vous vous rendrez bientôt en Tunisie.

Je crois qu?il est important que tous ensemble, au niveau des partis politiques, des institutions, de l?économie de ce pays, nous soyons à côté de la Tunisie. C?est tout ce que je voulais dire : je ne veux pas rentrer dans des polémiques.

Sur les attaques contre le Gouvernement français qui figurent dans ces v?ux, vous comprendrez qu?il nous soit impossible d?approuver ces v?ux, même si leur esprit, à savoir la solidarité du peuple de Paris dans ce moment important de l?histoire de la Tunisie et peut-être de l?histoire de la liberté à l?intérieur du monde arabe que nous souhaitons naturellement, nous convient.

Nous accompagnons naturellement tous ces v?ux de notre faveur, à l?exception de ces attaques politiciennes qui n?ont franchement pas lieu d?être et que je regrette pour ma part.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Ce sera au procès-verbal, ce qui vous permettra, quel que soit le vote que vous émettrez, qu?il soit bien clair dans le procès-verbal que vous êtes d?accord sur l?esprit, notamment de l?hommage à Mohamed Bouazizi.

M. Pierre LELLOUCHE. - Nous sommes obligés de voter contre les v?ux qui comportent des attaques envers le Gouvernement. Pour le reste, sur l?hommage à M. Bouazizi et le soutien au peuple tunisien, je veux qu?il soit clair, naturellement, que nous sommes? à moins que vous ne retiriez ces considérants.

M. Yves CONTASSOT. - Il n?y en a pas.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Yves, c?est pourquoi j?ai bien dit que dans le procès-verbal, il serait, bien sûr, mentionné vos propos pour qu?on comprenne bien votre position, notamment sur l?esprit et sur Mohamed Bouazizi.

Monsieur POZZO di BORGO, vous avez demandé la parole pour une explication de vote, je crois ?

M. Yves POZZO di BORGO. - En ce qui concerne les trois v?ux, notamment les v?ux présentés par ?Les Verts? et le parti Communiste, je n?ai rien vu, rien contre le Gouvernement, et nous partageons cette émotion et l?expression des v?ux. J?ai bien relu, et je n?ai rien vu.

Je voudrais juste vous dire, Monsieur le Maire, sans polémique, mais je crois qu?il faut un peu de décence.

Sur le premier v?u, le v?u n° 88, nous le voterions, mais vous ne pouvez pas, vous, les socialistes, mettre l?alinéa 4. Vous savez très bien que vous faisiez partie de l?Internationale socialiste, qu?à chaque congrès du R.C.D., votre représentant, M. SUEUR, était présent à ces congrès au nom du parti socialiste.

Nous sommes prêts à voter ce v?u n° 88, mais pour que se soit dans un bon état d?esprit, la phrase au procès-verbal n?est pas suffisante. Je crois qu?il faut que vous retiriez ce quatrième considérant. Nous ne le ferons pas, mais je crois qu?il y a un problème de décence de la part du parti socialiste. Parce que dans cette affaire, on sait très bien qu?il y a des relations avec ce pays. On sait très bien? Je voudrais aussi que vous intégriez dans votre réflexion que depuis le 1er janvier, la diplomatie européenne remplace de plus en plus la diplomatie de chaque pays de la Communauté, et que l?Europe, pour cela, était assez précise dans le rappel des principes sur les droits de l?homme en Tunisie.

C?est pour cela, Monsieur le Maire, que je regrette, dans l?esprit qu?on sait chez vous, que les membres de votre parti aient fait un v?u avec cette phrase. Je trouve qu?elle est de mauvais aloi. Elle est malhonnête et en plus de cela, ce n?est pas vous, le parti socialiste, qui pouvez dire cela. Excusez-moi de dire cela, sans polémique, il faut vraiment que nous soyons unanimes.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Chers collègues, d?abord, les auteurs des v?ux me diront s?ils modifient quelque chose. S?ils ne modifient pas, vous ferez comme vous le sentez et je vérifierai qu?au B.M.O. votre état d?esprit soit bien connu.

Je ne veux pas revenir sur la politique gouvernementale puisque j?ai eu l?occasion de m?exprimer, notamment vendredi matin sur France Inter. En revanche, je veux donner quelques précisions. La Ville de Paris, depuis que j?en suis Maire, s?efforce d?avoir des relations avec le peuple tunisien et les maires tunisiens. Notamment via l?A.I.M.F., nous avons quand même fait un certain nombre de choses, notamment dans une ville tunisienne, la rénovation simultanée du cimetière musulman, du cimetière juif et du cimetière chrétien, ce qui n?est pas sans signification.

En revanche, il faut rappeler aujourd?hui qu?il y a 15 mois, les villes tunisiennes ont quitté l?A.I.M.F. pendant quelques mois, à la demande du président BEN ALI parce que j?avais été amené à dire plus fortement que d?habitude, et surtout très publiquement, qu?il fallait un respect strict des droits de l?homme en Tunisie.

La réaction, malheureusement, du pouvoir tunisien, a été de demander aux cinq maires, et ils en étaient tous marris, de quitter l?A.I.M.F. Je n?ai pas reculé et quelques mois après, les maires tunisiens sont revenus dans l?A.I.M.F.

Si je vous le dis, c?est parce qu?à cette occasion-là, j?ai eu beaucoup d?échanges avec les maires des autres pays de l?A.I.M.F. et avec Abdou DIOUF. Avais-je eu tort ? Avais-je eu raison ? Je n?avais pas dit que c?était en qualité de Président de l?A.I.M.F., mais je ne peux pas ne pas dire un certain nombre de choses. De la même manière que pour un certain nombre d?opposants, dont un était tout à l?heure dans mon bureau, dont je ne partage pas nécessairement les opinions... Je pense à Mme BEN SEDRINE, à Kemaïs CHAMNARI, à Moncef MARZOUKI. Certains sont d?extrême gauche. Il est vrai que j?ai plaidé leur libération et que cela m?a été reproché.

Donc, sur novembre 2009, qui a provoqué le départ des maires tunisiens de l?A.I.M.F., j?ai eu des échanges avec de nombreux maires. Je me souviens de Nicéphore SOGLO, l?ancien Président de la République du Bénin, maintenant maire de Cotonou ; je me souviens de Simon COMPAORÉ, le maire de Ouagadougou, et tous se sont demandés : ?Nous faut-il réparer d?éventuelles erreurs de Bertrand ?? Ils ne m?ont pas fait de reproches : je vous le dis tout de suite. Et avec Abdou DIOUF, parce que nous voulions que les maires tunisiens reviennent dans l?A.I.M.F? Et moi, je n?avais pas l?intention de retirer une seule virgule de mes propos.

Maintenant que la révolution tunisienne a eu lieu, je constate que les maires francophones que j?ai vus, notamment à Auschwitz mardi dernier, me disent à quel point, finalement, pour l?A.I.M.F., malgré cette crise de quelques mois, ils se réjouissent que j?ai porté au nom de la famille francophone quelques valeurs universelles.

La deuxième chose que je voudrais vous dire est que le peuple tunisien a été représenté depuis l?Indépendance, d?abord par le Président Bourguiba, puis par le pouvoir du Président BEN ALI.

Nous avons déjà honoré un grand tunisien, qui est le Président Bourguiba, et je ne m?en excuse pas, même si le Président Bourguiba, qui a été le décolonisateur, l?auteur du Code du statut personnel, donc l?égalité femmes-hommes, l?éducation, la santé, c?était aussi un régime autoritaire.

Lorsque nous appelions en Tunisie, avant même que BEN ALI soit Président, les téléphone étaient écoutés.

Je veux juger avec modestie et honnêteté l?Histoire. Simplement, ce que je veux dire aussi, pour avoir été aux côtés de la Ligue tunisienne des Droits de l?Homme et l?Association des femmes démocrates et avoir toujours entretenu avec tout le monde des dialogues francs, et notamment avec les opposants, je pense que ce qu?a fait le peuple tunisien au mois de janvier 2011 est unique. Ce petit peuple de 10 millions d?habitants, qui n?est pas riche, contrairement à certains de ses voisins, a renversé un régime très fort, très policier - d?ailleurs, on l?a vu dans les semaines qui ont suivi et on l?a encore vu ce week-end -, et il l?a fait sans aucun acte de violence.

Il y a eu des morts, il y a eu des violences, il n?y a pas eu un coup de poing donné par un Tunisien qui se révoltait. C?est quelque chose, au regard de l?Histoire, que je crois exceptionnel et, effectivement, peut-être serais-je un peu chauvin, qui a un rapport avec l?âme tunisienne.

Je pense que cette révolution a toutes les chances de réussir ; comme nous disent les Tunisiens : ?faites-nous confiance?. Elle est aujourd?hui encore très fragile. Ce week-end, au Kef, quatre personnes sont mortes, tuées par les forces de police, et c?est encore une situation extrêmement chaotique.

Il y a consensus dans la société tunisienne sur les trois commissions qui ont été mises en place autour de la réforme démocratique, autour de la lutte contre la corruption et autour de notre thème : les responsabilités dans ces événements. Là-dessus, il y a un consensus total, quelles que soient les opinions.

Pour le reste, comme je le dis à mes amis tunisiens qui, parfois, ne sont pas d?accord entre eux : ?ne vous inquiétez pas, c?est la démocratie?, mais c?est fragile et je pense qu?il faut que nous soyons aux côtés du peuple tunisien, que le Conseil de Paris dise au peuple tunisien que nous l?aimons, que nous l?admirons et que sa révolution est certainement majeure pour la liberté non seulement en Méditerranée mais peut-être, on verra, au-delà.

Je pense qu?il faudra que nous soyons extrêmement actifs dans notre coopération avec aussi des O.N.G. ; j?ai déjà parlé avec Christian SAUTTER de ?Paris Pionnières?, cette association de femmes chefs d?entreprise dont je suis sûr, j?en ai parlé à la Présidente des femmes démocrates, Mme BEN ACHOUR, et il y a des O.N.G., notamment dans les régions du centre, qui veulent agir pour la solidarité, pour la justice, n?oubliez pas, et Ian BROSSAT a eu raison de le dire, que cette révolution est aussi partie sur une revendication de justice sociale et qu?il faut aussi qu?on soit à leurs côtés dans ce domaine-là.

De ce point de vue, je crois que c?est très important pour le peuple tunisien que le Conseil de Paris lui exprime aujourd?hui sa solidarité, son amitié, son admiration, mais aussi son soutien et je crois que le fait de donner le nom de Mohammed Bouazizi, qui est devenu le symbole de la révolution tunisienne, à un lieu ou une place de Paris est tout à fait important ; c?est déjà, en Tunisie, apprécié. Je voudrais même vous demander qu?on aille vite pour trouver cette rue ou cette place, car je crois que son inauguration sera un moment que les Tunisiens ressentiront comme un vrai moment de fraternité du peuple de Paris pour le peuple tunisien.

Voilà ce que je voulais vous dire.

Je crois que c?est important, au-delà de nous, que dans certaines circonstances, où les valeurs sont vraiment en cause et le mouvement des peuples, que nous sachions, nous, les Parisiens, porter ce message que nous avons reçu, peut-être notamment de la Libération de Paris le 25 août 1944 : la liberté, la démocratie, les Droits de l?Homme ; ce n?est pas réservé à tel ou tel peuple, à telle ou telle race ou à telle ou telle religion, la liberté, la démocratie, les Droits de l?Homme, l?égalité femmes/hommes, c?est pour tous les peuples de la planète !

Je mets aux voix le v?u n° 88?

Y a-t-il des modifications ? Oui.

Monsieur CAFFET ?

M. Jean-Pierre CAFFET. - Merci, Monsieur le Maire.

Je voulais souligner, pour que les choses soient claires, que la volonté de mon groupe, pour l?essentiel, était évidemment de manifester sa solidarité avec le peuple tunisien dans la lutte qu?il a engagée contre l?injustice et pour la liberté et la démocratie.

A cette occasion, mon groupe a voulu également porter l?appréciation qu?il avait sur la manière dont le Gouvernement s?était comporté pendant cette crise.

Je comprends, je peux comprendre, que, pour l?opposition, le quatrième considérant, comme le notait notre collègue Yves POZZO di BORGO, soit gênant, étant donné qu?il y a, dans vos rangs, dans les rangs de l?opposition, un certain nombre de Ministres dont un qui a des responsabilités internationales, même si elles ne portent pas sur le Maghreb.

Dans ces conditions, moi, ce que je souhaite, c?est que l?unanimité la plus large se fasse dans ce Conseil pour apporter notre solidarité et notre fraternité, comme vient de le dire le Maire, au peuple tunisien.

Dans cette condition, mais à cette condition, si le retrait du quatrième considérant de notre v?u permet que le Conseil exprime cette solidarité de manière unanime, je suis parfaitement d?accord pour le supprimer et ne laisser que les trois premiers considérants qui portent essentiellement sur des faits.

J?ajoute que, à la lecture des deux autres v?ux, celui qui a été déposé par notre collègue Ian BROSSAT et celui qui est signé par le groupe E.E.L.V.A., ce sont des considérants qui ne devraient pas gêner l?Opposition puisqu?ils ne portent pas d?appréciation sur la manière dont le Gouvernement a géré cette ?crise?.

A partir de ce moment-là, je ne vois pas pourquoi, sur l?ensemble de ces trois v?ux, il ne pourrait pas y avoir unanimité de notre Conseil.

Je crois que l?enjeu est suffisamment important pour que, ma foi, sur cette question, celle de la liberté, de la démocratie et de la justice sociale, nous puissions exprimer une position commune et unanime.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Très bien.

Monsieur LELLOUCHE, une brève réaction ? C?est normal.

M. Pierre LELLOUCHE. - Très brièvement, Monsieur le Maire, je voulais vous dire que je soutenais totalement l?analyse qui était la vôtre de la situation en Tunisie et notamment de la fragilité de la situation, de la nécessité d?accompagner cette transition démocratique au mieux.

C?est exactement dans cet esprit que je remercie M. CAFFET de comprendre la difficulté et l?obstacle que représentait ce considérant.

Dès lors que la Majorité municipale veut bien l?ôter, naturellement, mon groupe le votera et nous aurons donc une unanimité de solidarité au peuple de Tunis, aux Tunisiens dans cette transition démocratique.

J?ajoute que, comme je l?ai dit tout à l?heure, nous n?avons rien, bien au contraire, contre un hommage à M. Bouazizi. Les v?ux présentés par M. CONTASSOT et M. BROSSAT ne comportant pas d?attaque politique particulière au Gouvernement, nous nous associons bien évidemment à ces hommages.

Le Maire de Paris et cette Assemblée décideront de la forme à y apporter.

Voilà, très brièvement, quelle est notre position.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Monsieur POZZO di BORGO, vous avez la parole.

M. Yves POZZO di BORGO. - Je ne peux que me réjouir de la position du Président du groupe socialiste.

Evidemment, nous voterons en faveur de cette unanimité parce que je pense qu?elle est nécessaire. Si je puis me permettre, Monsieur le Maire, je vous rejoins entièrement sur la nécessité d?aller vite pour montrer que Paris accompagne ce mouvement.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, avant le vote, puisqu?il y avait dans le v?u du groupe socialiste une phrase qui dérangeait, si nous votons, c?est pourquoi je le dis avant, à l?unanimité les quatre v?ux, je crois que ce sera particulièrement apprécié par le peuple tunisien.

Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition de v?u référencée n° 88, déposée par le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés, amendée par l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée à l?unanimité. (2011, V. 44).

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u référencée n° 89, déposée par le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche, assortie d?un avis favorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée à l?unanimité. (2011, V. 45).

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u référencée n° 90, déposée par le groupe E.E.L.V.A., assortie d?un avis favorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée à l?unanimité. (2011, V. 46).

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u référencée n° 91, déposée par le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche, assortie d?un avis favorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée à l?unanimité. (2011, V. 47).

Je ne peux pas vous parler au nom du peuple tunisien, mais je crois que le peuple tunisien est très content que le Conseil de Paris, unanime, ait décidé de ce soutien, de cet hommage et de cette solidarité.

Je vous en remercie très chaleureusement.