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Fevrier 2011
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95 - 2011, DAC 76 - Attribution de la dénomination “Louise Michel” à la bibliothèque située 29-35, rue des Haies (20e).

Débat/ Conseil municipal/ Février 2011



 

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Nous passons, en 9e Commission, à l?examen du projet délibération DAC 76 relatif à l?attribution de la dénomination ?Louise Michel? à la bibliothèque située 29-35, rue des Haies, dans le 20e arrondissement.

La parole est à M. Julien BARGETON, pour cinq minutes maximum.

M. Julien BARGETON. - Monsieur le Maire.

Taille : 1,64 mètre, cheveux et sourcils bruns, front haut, nez gros, bouche moyenne, menton rond, visage ovale, teint ordinaire. Tel est le portrait de la bagnarde n° 2182, Louise Michel.

Louise Michel est née en 1830, fille d?une jeune servante et d?un père inconnu. Elle est élevée dans un vieux château de la Haute-Marne, où travaille sa mère. Les châtelains, ses probables grands-parents paternels, lui assurent une solide instruction voltairienne : lettres, sciences, musique, dessin et laissent sa personnalité s?épanouir librement.

A la mort de son grand-père, Louise, qui n?a pas manifesté le désir de se marier, décide de devenir institutrice. Ayant obtenu son diplôme, elle ouvre une école dans son département en 1852 et vient enseigner à Paris où elle s?établit en 1856. C?est alors qu?elle s?affirme comme pédagogue et militante féministe. Elle participe activement à la Commune, comme ambulancière mais aussi comme combattante, les ?pétroleuses? comme on disait à l?époque. Elle est condamnée à dix ans de déportation par le Tribunal militaire.

Envoyée en Nouvelle-Calédonie en 1873, elle s?y affirme comme anticolonialiste. En janvier 1880, on lui accorde une remise de peine mais elle attend pour rentrer en France l?amnistie totale de tous les condamnés, c?est-à-dire en juillet 1880. Elle connaît de nouveaux procès, en particulier en 1883 où elle est de nouveau emprisonnée. Elle est morte au cours d?une tournée de conférences à Marseille en 1905.

C?était d?abord une excellente pédagogue, dont la qualité était reconnue par Clémenceau dès son arrivée à Paris. Elle enseigne avec des méthodes qu?elle invente et dont certaines seront reprises par la pédagogie moderne, avec comme principe : enseigner avec des mots toujours compréhensibles, faire appel aux facultés visuelles, elle invente les grands tableaux représentant les principaux événements historiques, elle développe également l?intelligence des enfants et une morale laïque sans récompense ni punition. Elle s?intéresse à tous les enfants, même ceux que l?on qualifie d?idiots ou de fous. Elle estime qu?on peut toujours les éduquer et éveiller en eux l?intelligence.

C?était ensuite une militante féministe. Vers 1856, elle s?engage dans le groupe du droit des femmes qui réclame l?égalité de l?instruction entre les hommes et les femmes, et une rémunération suffisante du travail des femmes. Sous la Commune, elle réclame la création d?écoles professionnelles féminines.

C?était enfin une militante anticolonialiste. A son arrivée en Nouvelle-Calédonie, elle s?intéresse aux Algériens déportés et les considère sur un pied d?égalité avec les déportés français, et l?un d?eux El Mokrani deviendra son ami.

Elle essaye de comprendre les Canaques à la manière d?une ethnologue, une discipline qui n?existait à l?époque pas. Quand éclate la grande révolte canaque en 1878, qui terrifie la colonie, même les Communards déportés, elle prend seule le parti des Canaques, y voyant le même combat que celui de la Commune.

En 1879, elle peut s?installer comme institutrice à Nouméa. Sa réputation bien établie, le maire la paye pour enseigner dans une école communale de filles. Le dimanche, elle se consacre à l?éducation des Canaques, et pour eux elle invente des méthodes nouvelles.

Il y a bien une actualité de celle qu?on a appelé la Vierge rouge, la pétroleuse, la grande citoyenne, la bonne Louise, dont Victor Hugo, avec lequel elle a correspondu a dit : ?Tu glorifiais ceux qu?on écrase et qu?on foule? dans le poème ?Viro major? composé pour elle.

Verlaine, dont elle connaissait le beau-père, un inspecteur des écoles, a écrit une balade en son honneur : ?Elle est la faucille dans le blé mûr pour le pain blanc?, etc. Plus inattendu, Barrès, à l?extrême opposé de l?échiquier politique, lui rend hommage : ?Ne la battez pas, agents, soyez respectueux. Juges, taisez-vous. Cette vieille folle vaut mieux que vous qui dites la femme Michel. Si vous insistez, je vous ferai connaître qu?elle est une sainte. Pourquoi ? Elle a la flamme?.

Cette flamme, nous l?entretenons en donnant son beau nom à une nouvelle bibliothèque du 20e, dans un quartier populaire, où chacune et chacun, en particulier les plus jeunes, pourront découvrir la beauté des mots, l?émerveillement devant la littérature, et la transmission du savoir qui lui était si cher.

Je vous remercie.

(Mme Fabienne GIBOUDEAUX, adjointe, remplace M. Pierre SCHAPIRA au fauteuil de la présidence).

Mme Fabienne GIBOUDEAUX, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur BARGETON.

La parole est à M. GIRARD pour vous répondre.

Je vous invite à maîtriser le temps de vos interventions, si nous voulons finir à 20 heures 30, sinon nous allons dépasser cet horaire car nous avons pris beaucoup de retard.

Je vous remercie.

M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Saluant le dynamisme et le professionnalisme de l?équipe de Marguerite Duras, rue de Bagnolet dans le 20e arrondissement, c?est évidemment une joie et une fierté qu?une nouvelle bibliothèque, située dans le quartier Réunion, soit inaugurée le 31 mars prochain par le Maire de Paris et la Maire du 20e arrondissement, Frédérique CALANDRA.

Implantée au c?ur du vaste chantier de réhabilitation urbaine, que connaît le quartier Réunion, la nouvelle bibliothèque s?adressera à un public large, familial, intergénérationnel, parfois peu familier de ce type d?équipements et de services.

Conçue comme une ruche, la bibliothèque fera la part belle aux médias autres que le livre et développera un accueil personnalisé. C?est en accord avec l?équipe de préfiguration de la bibliothèque que nous avons proposé que ce nouvel équipement de lecture publique porte le nom de Louise Michel, rendant ainsi hommage à la mémoire de l?illustre figure de la Commune de Paris, mais également à la femme de lettres que Julien BARGETON vient de décrire et raconter avec beaucoup d?acuité et de lyrisme.

Cette dénomination s?inscrit également dans la commémoration du 140e anniversaire de la Commune de Paris, et je salue le travail engagé par notre collègue Catherine VIEU-CHARIER. En effet, la nouvelle bibliothèque se trouve à proximité du cimetière du Père-Lachaise, qui porte la mémoire de l?un des épisodes les plus tragiques de la Commune de Paris, avec le tristement célèbre Mur des Fédérés, devant lequel 147 combattants de la Commune ont été fusillés par les troupes versaillaises en mai en 1871. Et je vous invite à relire, évidemment, Victor Hugo.

Mme Fabienne GIBOUDEAUX, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur GIRARD.

La parole est à M. GAREL pour une explication de vote, mais très rapide, s?il vous plaît.

M. Sylvain GAREL. - Très rapide. C?est simplement pour dire, bien sûr, que nous allons voter avec enthousiasme ce projet de délibération, que Louise Michel est vraiment une figure extraordinaire du mouvement ouvrier. Mais je suis toujours surpris par la capacité de nos camarades socialistes à parler de Louise Michel, sans prononcer le mot d?anarchiste. C?était une militante anarchiste. Ce n?est pas un gros mot, et vous pouvez l?employer : c?est une tradition du mouvement ouvrier.

A chaque fois, c?était la même chose. Dans le 18e, au sujet du square Louise Michel : c?est une militante féministe, c?est la Commune de Paris et tout, mais personne ne rappelle que surtout cela a été une des grandes leaders du mouvement anarchiste français et c?est tout à son honneur.

Mme Fabienne GIBOUDEAUX, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur GAREL, pour ce complément d?information.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 76.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l?unanimité. (2011, DAC 76).