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Fevrier 2007
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2007, Vœu déposé par MM. ESPINOSA et REY relatif à la dénomination d’un lieu dédié à Pasquale di Paoli.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2007


 

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous passons au v?u relatif à la dénomination d?un lieu dédié à Pasquale di Paoli.

Monsieur ESPINOSA ?

Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - Je m?exprimerai pour le M.R.C.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - En plus ! Bon !

Monsieur ESPINOSA, vous avez la parole.

M. José ESPINOSA. - Merci.

Monsieur le Maire, Pasquale di Paoli, ou d?autres l?appellent Pasquale Paoli, ou d?autre d?ailleurs l?appellent Pascal Paoli, mais c?est du même bonhomme que nous parlons.

Il naît en 1725 dans le hameau de Morasaglia en Haute-Corse. A 14 ans, il doit s?exiler avec sa famille pour fuir le despotisme génois. Il revient en Corse le 29 avril 1755 et débarque à Aléria.

Le 14 juillet de la même année, il est élu ?général des Corse? et regroupe les partisans de l?indépendance face aux diverses royautés et monarchies.

Paoli devient un des grands hommes politiques qui vont marquer l?esprit du Siècle des lumières. Précurseur des idées généreuses et émancipatrices de la Révolution française, Pasquale di Paoli a des contacts fructueux et admiratifs avec tous les grands penseurs européens, à l?instar de Jean-Jacques Rousseau et de Voltaire, pour n?en citer que quelques-uns des plus célèbres.

S?inspirant du projet de constitution élaboré par la bourgeoisie avancée de l?époque, dont le préambule déclare ?les hommes naissent libres et égaux en droits?, Pasquale di Paoli dote l?île d?une constitution, institue la séparation des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. Il instaure le vote des femmes - déjà à l?époque -, relance l?économie agraire, fait frapper mon-naie, organise l?école primaire et fonde l?université de Corte. En donnant le droit de vote à tous les citoyens, il le donna aux Juifs qui subissaient la répression dans les autres Etats européens.

Il jeta les premières bases d?un appareil d?Etat moderne. Allié à la famille POZZO di BORGO, dont un descendant siège dans notre Assemblée, il reçut le soutien de grands monarques éclairés ou plus réfléchis, comme Frédéric II de Prusse, Catherine II de Russie, le Bey de Tunisie. Soutien très conditionnel, cela va de soi !

James Boswell écrit un ouvrage qui connaît un succès considérable pour l?époque en Grande-Bretagne, en Ecosse, en Irlande et dans les colonies anglaises d?Amérique du nord. Georges Washington, Thomas Jefferson, Benjamin Franklin s?inspirent de l??uvre de Pasquale di Paoli et enclenchent un processus révolutionnaire, jetant ainsi les bases de la Constitution de ce pays en 1787.

Pasquale di Paoli combat avec héroïsme les soldats et les turpitudes de la royauté française déclinante, ainsi que la République génoise, au nom de la liberté et de l?indépendance de la Corse. Battu, il est exilé à nouveau.

C?est en 1789 que Mirabeau demande l?amnistie et le retour des Corses pour exercer leurs droits de citoyens français.

Le 3 avril 1790, il est reçu comme un héros par les Parisiens. Lafayette, Robespierre et Bailly l?accueillent avec enthousiasme.

En 1793, il est dénoncé par Marat comme traître et tyran. Comme quoi, on peut être un grand bonhomme et connaître des mouvements divers ! A nouveau, c?est l?exil en Angleterre où il décédera le jeudi 5 février 1807 à Londres.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Vous avez épuisé votre temps de parole.

M. José ESPINOSA. - Presque jour pour jour, nous commémorons le bicentenaire de sa disparition. De nombreux pays lui rendent un hommage appuyé.

Avec mon collègue Gérard REY, nous proposons que le Conseil de Paris émette le v?u que soit attribué le nom de Pasquale di Paoli au petit espace jardin situé devant le 31 allée Vivaldi dans le 12e.

Je vous demande donc un consensus pour ce lieu qui conviendrait pour honorer cette grande personnalité historique contrastée mais qui marque l?histoire de France.

Je conclurai, comme Pasquale di Paoli aurait pu le faire, en vous disant : ?Pace e salute a tutti !?.

Je vous remercie.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Madame CHRISTIENNE, vous voulez ajouter encore quelque chose ?

Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - Je voudrais répondre à cela et je prendrai quand même autant de temps que notre collègue pour m?exprimer.

Nous avons voulu débaptiser une rue, lui retirer le nom d?Alexis Carrel, mort à Paris, prix Nobel. Il avait pourtant contribué, par d?importants travaux scientifiques, en particulier sur les greffes de tissu, la culture des tissus d?embryon, à la réalisation de progrès, en médecine.

Cela prouve qu?il n?est pas pour nous suffisant, quelle que soit la nature des travaux d?un homme célèbre, pour que lui soit attribuée la dénomination d?une place ou d?une rue dans notre ville en vertu de ceux-ci. Ainsi, nous semble-t-il, pour Pascal Paoli.

Pascal Paoli, homme de droit, père de la Constitution américaine, certes, et qui, reconnaissons-le, a peut-être fait avancer, comme le disait une collègue, les pays démocratiques en matière de constitution.

Car, nous avons d?autres exigences.

Pascal Paoli ? Pourquoi avez-vous ajouté une particule à son nom ? A-t-il été anobli par les Anglais ? Quelle fut son attitude au cours des temps ?

Peut-on parler, comme vous, de turpitudes de la royauté française, alors que c?est Sampiero Corso, de la Famille d?Ornano, qui a fait appel au Roi de France en lui suggérant de venir en Corse pour rétablir la paix pour les Corses ?

(Rires et applaudissements dans l?hémicycle).

Plus tard, en 1752, après quatre ans d?administration française, très appréciée des insulaires, les Français, qui ne tenaient pas à rester en Corse, rembarquent. Aussitôt, l?insurrection reprend.

Et comme dit Xavier-Gabriel Culioli Historien de la Corse : ?Les Corses, qui acceptaient l?autorité française, ne supportaient plus le joug génois?.

Ils firent alors appel à Pascal Paoli. Certes, Pascal Paoli, sur une partie du territoire, parce qu?il n?avait pas la mainmise sur l?ensemble, donna à la Corse l?aspect et les institutions d?un Etat policé, la Nation corse, avec son Conseil suprême auprès du dictateur, sa consulte, son université.

Les combats ne s?arrêtèrent pas pour autant, entraînant une autre intervention française qui aboutit au rattachement définitif de la Corse à la France par une cession sanctionnée par la Constituante de 1768 et que la quasi-totalité des Corses accueillit avec satisfaction.

En revanche, contre cette majorité, Pascal Paoli prit le parti de l?Angleterre contre la France. Battu, il embarqua pour l?Angleterre.

Quand, en raison des excès de la Révolution, une partie importante de la population réagit, non contre la France mais contre les abus de la Révolution, Pascal Paoli prit la tête des opposants et fit appel encore aux Anglais !

Cela nous valut une lamentable occupation anglaise, véritable colonisation, cette fois, qui suscita une large hostilité des habitants, les Anglais ayant visiblement peu d?estime pour les insulaires et, du reste, Pascal Paoli lui-même se vit préférer, pour gouverner la Corse, Eliott, pour le poste de vice-roi qu?il revendiquait.

Seules les victoires italiennes de Bonaparte mirent fin définitivement à l?occupation anglaise et les Anglais partirent de l?île en emportant dans leurs bagages Pascal Paoli.

Rappelons qu?au cours de son histoire, comme le dit Gabriel Xavier Culioli, ?le lien de la Corse avec le continent est né d?un acte conscient et de la seule volonté de ses habitants d?être Français?.

Cela fut confirmé par le serment des Corses prononcé à la mairie de Bastia avant la deuxième guerre mondiale, ?face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires et sur nos tombeaux, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir Français, nous le jurons?.

Nous avons honoré à Paris, depuis 2001, Jean-Baptiste Ferracci, Gabriel Péri et bien d?autres Corses résistants et morts pour la Libération de Paris ou dans notre ville pour des faits de Résistance.

Nous, les Corses, nous apprécions sur le monument ajaccien, hommage aux Résistants de 1939-1945, le texte qui proclame que nos martyrs sont ?morts pour une Corse libre et française?.

J?en appelle à Babonnu, à Minanna, à Zio Bachjolu, à Tutti, à la grande majorité des Corses de l?île et du continent, ils comprendront qu?il n?est pas bien venu de donner un avis favorable à ce v?u.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le v?u assorti d?un avis défavorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le voeu est repoussé.