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Fevrier 2007
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2007, DASES 14 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer deux conventions et un protocole en vue de la mise à disposition de l’association “Mains Libres” de locaux situés dans le Forum des Halles pour qu’elle y implante à titre expérimental une bagagerie pour des personnes sans domicile fixe.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2007


 

M. Yves CONTASSOT, adjoint, président. - Nous passons maintenant à l?examen du projet de délibération DASES 14 : autorisation à M. le Maire de signer 2 conventions et un protocole en vue de la mise à disposition de l?association ?Mains libres? de locaux situés dans le Forum des Halles pour qu?elle y implante, à titre expérimental, une bagagerie pour des personnes sans domicile fixe.

Monsieur LE GARREC, vous avez la parole.

M. Alain LE GARREC. - Merci, Monsieur le Maire.

Ce projet de délibération est l?aboutissement d?un long travail mené par plusieurs associations du 1er arrondissement et la Ville de Paris.

Le sujet est difficile et déjà dans le 4e arrondissement, une approche a été tentée mais elle n?est peut-être pas suffisante.

De quoi s?agit-il ? Nombre de nos concitoyens sans domicile fixe, n?ont pas de lieu pour stocker leurs affaires car contrairement à ce que pourraient penser certains, être S.D.F. ne veut pas dire que l?on ne possède pas de vêtements, d?ustensiles, ainsi que des objets qui ont autant de valeurs sentimentales dans un baluchon que sur une cheminée. A une différence : ce que nous avons sur nos cheminées, nous n?avons pas à les trimbaler avec nous, jour et nuit. Mais leur perte, leur fauche, leur casse sont quelquefois plus dures à supporter quand ils font partie de ce que vous transportez, jour après jour. Ce sont souvent les seuls liens avec un passé, une histoire que nous ignorons mais qui existent quand même.

Quand une personne même ?propre sur elle?, comme on dit, rentre dans un café ou se présente pour une embauche avec un énorme sac sur le dos, et depuis quelques années une parabole, c?est-à-dire une tente sous le bras, l?accueil est à la hauteur de ce que nous connaissons, assez froid, brutal. Et je reste poli.

Alors, l?idée de la bagagerie est donc de donner à ces S.D.F. la possibilité de déposer le matin ce qu?ils ont utilisé lanuit, pour prendre ce dont ils auront besoin dans la journée. Et l?inverse le soir. Nous le faisons, nous, tous les jours dans nos appartements sans y penser. Eux y pensent sans pouvoir le faire. Voilà en quelques mots le problème que la bagagerie va essayer de résoudre.

De plus, cela évitera les vols, les bagarres et les astuces pour planquer son sac, la police d?ailleurs ayant compris, il y a bien longtemps que pour en débarrasser certaines rues ou plutôt pour les déplacer, il suffisait de trouver les caches des sacs. Si la police l?a compris, d?autres moins bien intentionnés aussi. Et s?il est de plus possible que ces affaires soient en sécurité, certains lieux n?auront pas à être gardés.

L?association ?Mains libres? qui s?est montée pour gérer cette bagagerie est strictement bénévole. Il est d?ailleurs remarquable que des S.D.F. aient accepté de participer à la gestion de cette association.

Depuis plusieurs mois, les services compétents de la Ville ont travaillé sur ce dossier. L?association ?Mains libres? avait, de son côté, cherché des partenariats, du moins des aides, des conseils auprès d??Emmaüs?, ?La Clairière? ?Aux Captifs, la Libération?.

En effet, il est important pour la Ville, qui a décidé de participer à cette bagagerie, que tout ceci rentre dans un parcours.

Depuis 2001, la Ville de Paris refuse la fatalité de la vie dans la rue pour cause de manque de logements appropriés, de suivi suffisant.

Je vais dire ici quelques mots sur la responsabilité institutionnelle de l?Etat en la matière.

Chacun a pu voir pendant les vacances de Noël et après dans tous les journaux télévisés en boucle les tentes sur le canal Saint-Martin. Depuis, l?Etat s?est engagé à régler du moins ces cas urgents. Merci pour les autres ! A ma connaissance, c?est toujours en cours et c?est surtout la Ville de Paris qui met à disposition des appartements, des suivis et son imagination, l?Etat se contentant de faire sa promotion additionnée de quelques rafles devant les Restos du Coeur.

Les larmes et les promesses aux funérailles de l?abbé Pierre n?auront duré que le temps d?une couronne de fleurs. Il est nécessaire pour un très grand nombre de mettre en place un suivi, une écoute, de tisser un lien, d?aider et de prendre le temps. On tombe très vite, on se relève plus lentement.

Cette bagagerie n?a pas la prétention de tout régler mais avec l?aide des 3 associations professionnelles qui vont l?encadrer car ce travail ne s?improvise pas, des personnes vont essayer de mettre en pratique ce que beaucoup disent devoir faire et ne font pas.

Il faudra tisser ces liens pour amener ces personnes à des solutions.

Cette bagagerie ne devrait pas dépasser une cinquantaine de casiers, une douzaine de casiers pendant quelques mois, puis il y aura montée en charge.

Un protocole de suivi va être mis en place et dans un an, la Ville verra si cette expérience est en cours de réussite.

Je ne cache pas que je suis très favorable à cette bagagerie mais je me suis interrogé sur sa taille, sur sa gestion par des bénévoles, ce qui avait été imaginé avec beaucoup de c?ur et de détermination.

Mon interrogation portait aussi sur le lieu.

En effet, nous savons que Les Halles est l?endroit apprécié mythique des S.D.F. C?est là qu?a été inventé le mot ?clochard? certes, mais je crois qu?il ne faut pas que nous additionnions les étages du S.D.F. En bas, le métro. Au milieu, un centre commercial avec ses rues et ses petits boulots. En haut, un jardin et des espaces pour dormir. Et maintenant, une bagagerie. Nous savons qu?aux Halles, tout ceci existe. Je crois même que c?est en expansion.

Cette opération sera un succès et remplira son contrat si c?est une aide pour que certains puissent commencer ou continuer cette réinsertion. Cette bagagerie doit être une porte de sortie. Si ce n?est qu?une nouvelle étape pour mieux vivre la rue pour une catégorie de la population, ce sera un échec et nous rentrerons dans une spirale de ghettoïsation supplémentaire.

Je souhaite donc que les services et les élus qui vont suivre attentivement cette expérience unique aient tout ceci en mémoire. Et si, je le souhaite vivement, cela va dans le bon sens, c?est-à-dire, je le répète, d?une porte de sortie, nous aurons alors à imaginer comment mettre en place des bagageries comme celle-là dans autres arrondissements de Paris pour que chacun puisse remonter ses manches puisque cette délibération sera votée à l?unanimité hors préjugés politiques, ou du moins je le crois.

Enfin, dans le futur, il faudra, je crois, la déplacer de quelques centaines de mètres pour en faire un lieu vers lequel on va, ce que je souhaitais au départ mais nous n?avions pas trouvé l?endroit.

Je profite de ce projet de délibération juste pour dire que les S.D.F. sont aussi des femmes et des femmes de plus en plus jeunes. Il y a urgence à y travailler et je sais qu?une autre association du 1er a un projet en cours de finalisation.

Je crois que pour le moment, cette bagagerie n?est pas mixte du moins dans son fonctionnement prévu. Je crois qu?il faut, ici ou ailleurs, l?envisager.

L?augmentation des femmes et des jeunes femmes S.D.F., on en parle assez peu aux Halles ou ailleurs, doit nous interpeller fortement car nous pouvons imaginer ce que vivent les hommes et combien c?est insupportable. Ce que vivent les femmes est maintenant insoutenable.

Nous voterons ce projet de délibération et je ferai, moi, en tant qu?élu local tout mon possible pour qu?elles réussissent pleinement.

Je vous remercie.

M. Yves CONTASSOT, adjoint, président. - Merci.

Je donne la parole à M. BOUTAULT.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. Merci, Monsieur le Maire.

Depuis 2002, la politique des gouvernements successifs de précarisation du travail entraîne l?émergence des travailleurs pauvres.

Cette politique associée à la diminution constante des aides aux associations d?insertion conduit de plus en plus de nos concitoyens à se retrouver à la rue. Mais lorsqu?on n?a pas de toit, on n?a pas d?autre choix que de transporter partout ses affaires. Comment faire, alors, des démarches de recherche d?emploi encombré que l?on est d?un caddy ou de sacs surdimentionnés ? Comment aussi, tout simplement, fréquenter des lieux de socialisation ou être admis là où on reçoit le public ? Le principe de la bagagerie est donc une consigne permettant aux sans domicile fixe d?avoir les mains libres pour toutes les actions de la vie quotidienne. D?être moins stigmatisés.

Je tiens à saluer les associations du Centre de Paris qui ont identifié ce problème et qui ont travaillé sur cette question pour que la bagagerie ?Mains libres? puisse voir le jour. Je tiens aussi particulièrement à saluer le travail qu?a effectué Mylène STAMBOULI pour sa réactivité et son écoute, afin de permettre à ce projet, qui a été présenté aux élus du Centre de Paris à l?au-tomne, de voir le jour aussi rapidement.

J?ajoute pour terminer que ce projet est un véritable projet participatif, puisqu?il associe les A.D.F. (avec domicile fixe) aux S.D.F. qui ont participé à ce projet ambitieux qui va mobiliser 70 bénévoles 365 jours par an, 2 heures le matin et 2 heures le soir, pour que les sans domicile puissent être accueillis, déposer leurs affaires, utiliser des casiers, boire un café et tisser du lien social dont ils sont le plus souvent dépourvus.

Je voudrais encore une fois remercier tous les acteurs, qu?ils soient associatifs ou institutionnels, notamment le cabinet de Mylène STAMBOULI, qui ont permis à ce projet d?exister.

M. Yves CONTASSOT, adjoint président. - Merci, Monsieur BOUTAULT.

La parole est à M. LEGARET pour une intervention en tant que Maire du 1er arrondissement.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Juste un mot très rapidement. Je ne m?étais pas inscrit, mais en tant que maire je voulais vraiment remercier tous les élus qui vont délibérer, remercier les orateurs précédents, M. LE GARREC et M. BOUTAULT, de leurs interventions. Le seul reproche que l?on puisse peut-être me faire, c?est d?avoir eu le tort d?avoir raison trop tôt puisque lorsque j?avais déposé un voeu en ce sens la majorité l?avait rejeté.

? Si, la majorité l?a rejeté au mois de décembre ! Passons un grand coup d?éponge et félicitons-nous de l?aboutissement de ce projet qui va marcher dans de bonnes conditions. Et je me permets simplement de rappeler que pour que cela marche, il faut beaucoup de bonne volonté et beaucoup de bénévoles. Et en tant que maire, en tant qu?élu, je crois qu?on aura un rôle à jouer pour essayer de mobiliser un grand nombre de bénévoles car il n?y a que comme cela que ça marche. Donc, on aura certainement l?occasion d?en parler.

Je crois pouvoir dire à M. LE GARREC que sa crainte de voir les femmes exclues n?est pas fondée ; il n?a jamais été question d?exclure les femmes de cette bagagerie. Je pense que c?est un beau projet et il est à l?endroit qui est certainement le moins mal adapté. Rien n?est idéal mais c?est la localisation que j?avais proposée dès le départ et je pense que cela va marcher dans de bonnes conditions et que cela apportera pour les S.D.F., qui sont très nombreux comme on le sait dans le centre de Paris, un plus considérable.

Merci à tout le Conseil de Paris pour ce bon aboutissement ce soir.

M. Yves CONTASSOT, adjoint président. - Merci.

Mme STAMBOULI a la parole pour finir en beauté ces félicitations.

Mme Mylène STAMBOULI, adjointe, au nom de la 6e Commission. - Oui, j?ai le plaisir effectivement de présenter ce projet de délibération : la deuxième bagagerie à Paris qui ouvre - mais je sais que d?autres arrondissements travaillent sur d?autres projets - l?implantation au Centre de Paris, au c?ur de Paris, au sein du Forum des Halles, d?un projet issu de cette association qui est composée à parité de personnes sans domicile et de personnes avec domicile.

La situation marquée par la présence de nombreux sans domicile en plein coeur de Paris est insupportable pour les habitants qui refusent de passer à côté d?eux sans se soucier de leur sort. Et c?est de ce sentiment là qu?est née l?association mains libres et le projet de bagagerie.

Vous avez noté dans la délibération que nous avons souhaité que l?objectif d?une sortie de la rue soit clairement exprimé et qu?en fait ce projet, soutenu par la Ville, qui permet la mise à disposition de ce local Porte Lescot au Forum, soit vraiment pour les personnes concernées une aide à s?en sortir. Que ces cinquante casiers, avec la participation de trois associations partenaires, ?Emmaüs?, ?La Clairière?, ?Les Captifs?, permettent de mobiliser autour de ces personnes l?ensemble des moyens pour que ces personnes puissent sortir de leur situation.

Alors les questions posées par M. LEGARET ont été bien sûr les nôtres, et lorsque nous avons eu ce débat il y a deux mois, je crois, au Conseil de Paris, nous étions alors en pleine interrogation sur les conséquences du choix de tel ou tel local et nous étions à l?époque - et je l?avais dit et c?est pour ces raisons que nous avions émis un avis défavorable - encore dans une attente pour voir quel était le lieu le plus adapté pour implanter cette bagagerie.

Depuis, nous avons avancé avec les associations et nous avons établi qu?effectivement nous pouvions tenter, de façon expérimentale pour un an, une implantation sur le Forum des Halles, tout en étant extrêmement vigilants et extrêmement conscients des risques que pouvait comporter l?implantation. Il y a un comité - vous l?avez noté - trimestriel qui se tiendra en présence des représentants des élus concernés, des associations naturellement et nous pourrons donc très régulièrement disposer d?un bilan du fonctionnement de ce lieu.

Voilà pour les questions qui sont soulevées. Je crois qu?effectivement il faut mobiliser beaucoup de bénévoles autour de ce projet et nous avons le souci qu?il réussisse et que dans un an nous puissions confirmer l?implantation de cette bagagerie au sein du Forum des Halles.

M. Yves CONTASSOT, adjoint président. - Merci, Madame STAMBOULI.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 14.

Qui est favorable ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2007, DASES 14).