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Fevrier 2011
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Conseil Municipal
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Déliberation

Vœu relatif à la dénomination d’un établissement parisien en hommage à Jacqueline de Romilly.

Déliberation/ Conseil municipal/ Février 2011 [2011 V. 39]



 

Délibération affichée à l?Hôtel-de-Ville

et transmise au représentant de l?Etat le 17 février 2011.

Reçue par le représentant de l?Etat le 17 février 2011.

 

Le Conseil de Paris, siégeant en formation de Conseil municipal

Le 18 décembre 2010, disparaissait l?helléniste Jacqueline de Romilly.

Jacqueline David est née à Chartres en mars 1913 ; orpheline de guerre un an plus tard, c?est à Paris que débute un cursus aussi brillant que précurseur. A 17 ans, elle connaît son premier succès public au Concours général, l?année même de son ouverture aux filles.

A vingt ans, une rencontre décide de sa carrière : Thucydide d?Athènes, ?l?homme de sa vie? dont le livre, l?Histoire de la guerre du Péloponnèse, l?éblouit par la fermeté de la pensée, par l?ambition de conquête intellectuelle qu?elle recèle et par son interprétation de l?Histoire qu?éclaire la notion de nécessité. L?historien grec lui donnera plus tard le sujet de sa thèse d?Etat, Thucydide et l?impérialisme athénien, publiée en 1947 ; elle lui offrira en retour l?édition et la traduction de son oeuvre dans la collection des Universités de France, aux Belles Lettres.

En 1941, elle est suspendue de ses fonctions de professeur en raison des lois raciales de Vichy : son père, mort en 1914 pour la France, était juif.

Après la guerre, différents postes distinguent son remarquable parcours, mais du secondaire à la Sorbonne, c?est la même ferveur pour l?enseignement et la même passion pour la littérature antique qui animent ses cours. Son combat pour l?école, son plaidoyer pour les langues anciennes naissent de cette foi en la transmission des savoirs, mais aussi en la richesse intemporelle du grec et du latin: c?est en 1969 le livre Nous autres professeurs et en 1984 L?Enseignement en détresse.

Ses essais explorent les conditions de la naissance et de l?essor d?une pensée collective au siècle dit de Périclès, saisissent comment se sont formés des concepts moraux et politiques qui ont pris valeur universelle. A côté d?une oeuvre scientifique qui lui vaut la reconnaissance internationale de ses pairs, elle écrit pour un auditoire moins spécialisé, mais ses livres; surtout à compter des années 1960 soulignent tous, le ?sens de l?humain dans la littérature grecque?, ils attestent aussi de la vigueur et de la modernité de cette pensée antique.

Dans ses écrits figurent : Homère, bien sûr, les tragiques, Eschyle, Sophocle et Euripide auxquels elle consacre une partie importante de ses travaux, des sophistes, et nombre de ceux qui ont pris part à l?invention de la poésie.

En 1973, Jacqueline de Romilly est la première femme élue au Collège de France, elle est aussi en 1975 la première femme à l?Académie des Inscriptions et Belles lettres avant d?être élue en 1988 à l?Académie Française, après Marguerite Yourcenar. ?J?ai eu la chance, disait elle, d?être de la génération de celles pour qui tout s?ouvrait?. Même en cela, elle n?a pas suivi la recommandation de Thucydide qui voulait que l?on parlât le moins possible des femmes parmi les hommes.

Jacqueline de Romilly associa à une exigence aiguë de la pensée, une très belle écriture.

En l?honorant, le Conseil de Paris saluera le rayonnement international de cette femme exceptionnelle.

Sur la proposition de M. Jérôme Dubus, de Mme Geneviève Bertrand et des élus du groupe Centre et Indépendants,

Emet le voeu :

-qu?un hommage soit rendu à Jacqueline de Romilly en donnant son nom à un établissement scolaire ou culturel.